Enfin, des élections

ÉDITORIAL / Pour une seconde fois en moins d’un an, une circonscription électorale du Saguenay-Lac-Saint-Jean sera le point de mire du monde politique canadien, journalistes, analystes et observateurs y compris, faisant de cette élection partielle une mesure de la popularité du premier ministre Justin Trudeau.

En septembre et octobre dernier, Lac-Saint-Jean a vu défiler les chefs et la presse nationale à plusieurs reprises, tout comme Sturgeon River-Parkland, en Alberta, de l’ancienne ministre Rona Ambrose. À cette époque, tout le vernis de Justin Trudeau brillait aux éclats. Comme quoi, en politique, six mois, c’est une éternité !

Depuis, le capital politique du premier ministre s’est dilué suivant quelques dossiers chauds : refus de taxer les grands du monde numérique, comme Netflix, un voyage en Inde catastrophique et un projet de loi sur la légalisation de la marijuana poussé à la hâte, sans compter son invitation à entrer au Canada aux sans statut pris aux États-Unis. C’est dans ce contexte que l’élection partielle dans Chicoutimi-Le Fjord se tiendra le 18 juin.

Le portrait politique a changé au pays; pourrait-il avoir un impact dans Chicoutimi-Le Fjord ? Les conservateurs se relèvent plus vite que prévu, le NPD de Jagmeet Singh traîne de la patte et l’étoile du premier ministre pâlit.

Le conseil général de l’aile québécoise du Parti conservateur, en fin de semaine, à Saint-Hyacinthe, a été marqué par la présence de Michel Gauthier, ancien chef du Bloc québécois. En une seule journée, samedi, Michel Gauthier a trouvé plus de qualités au Parti conservateur qu’il ne l’avait fait pendant 21 ans de vie politique, soit de 1981 à 1988, alors député péquiste, et de 1993 à 2007, pour le Bloc québécois !

L’ancien entraîneur de hockey Richard Martel a donné des poignées de main et a assisté à de nombreux événements, depuis décembre, mais à partir d’aujourd’hui, le rythme va changer pour lui. Les électeurs vont l’entendre parler du programme conservateur et vont être à même de mieux mesurer sa performance. 

Une des premières questions à laquelle il devra répondre : comment s’organiserait le projet de déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois qui serait gérée par le gouvernement du Québec ? Si, pour plusieurs, ça tombe sous le sens, pour le millier d’employés (en haute saison) du Centre des données fiscales de Jonquière, ça créera de l’incertitude tant que les contours ne seront pas dessinés.

La vraie campagne commence et, bizarrement, c’est le parti traditionnellement le plus militant, le Bloc québécois, qui n’est pas prêt, étant empêtré dans une lutte de pouvoir entre la chef, Martine Ouellet, et une grande partie de sa base. Qui de la chef ou de l’exécutif local choisira le candidat du Bloc, quand et comment ? En tout cas, la date limite pour présenter un candidat est le 28 mai, alors que le vote de confiance des membres du Bloc aura lieu quelques jours plus tard !

Le NPD, sous Thomas Mulcair, a été détrôné aux dernières élections dans Chicoutimi-Le Fjord, ne concédant que 600 votes aux libéraux. Est-ce que ce capital est encore disponible pour le syndicaliste Éric Dubois ? Ça reste à voir. 

Les libéraux, maître de l’« agenda » politique, ont tenu leur investiture il y a une semaine. C’est la femme d’affaires Lina Boivin qui aura la mission de répéter l’exploit de Denis Lemieux, mais sans l’aura de son chef. Hier, Mme Boivin a indiqué aux journalistes, par message texte, qu’elle accordait la priorité à célébrer la fête des Mères. Tout aussi importante que soit cette journée, disons qu’il s’agit d’un départ pour le moins curieux.

Le principal atout de la libérale est que le parti qu’elle représente gouverne le pays, un pari que pourrait être tenté de prendre l’électorat, de plus en plus volatile, même dans une région fortement souverainiste.

En tout cas, ça prendra plus qu’un chef, en chemise bleue, manches relevées, prêt pour toutes les demandes d’égoportrait, pour l’emporter cette fois-ci.