Encore remis aux calendes grecques

ÉDITORIAL / C’est à se demander si les enfants de nos enfants auront le privilège de rouler sur une autoroute régionale qui reliera enfin les deux principales villes de la région. Jamais un chantier routier n’a semblé si complexe ; tellement qu’après plus de quatre décennies, les automobilistes sont encore accueillis au Lac-Saint-Jean par une route qui se rétrécit à la hauteur de Saint-Bruno et où les risques de collisions frontales, notamment en saison hivernale, sont accrus.

Après des années de discussions, de compromis et de négociations avec les agriculteurs pour en arriver à un consensus quant au tronçon jeannois de l’autoroute, le ministère s’apprête à amorcer un « travail de réactualisation » du dossier, pour reprendre les termes du député de Lac-Saint-Jean à l’Assemblée nationale, Éric Girard. Concrètement, il faut comprendre que les travaux sont, une fois de plus, repoussés aux calendes grecques.

Le reportage signé par notre journaliste Annie-Claude Brisson, dans l’édition de mardi, ne donne pas lieu d’être enthousiaste, bien au contraire. Les plus cyniques diront même que le ministère cherche à gagner du temps en évoquant des ajouts au projet, dont la mise en place d’aires de stationnement pour les tempêtes de neige.

Pourtant, en mai 2008, l’ancien maire d’Alma, Gérald Scullion, en compagnie de son homologue de Dolbeau-Mistassini, Georges Simard, et du représentant de Saguenay, Serge Simard, qui était alors conseiller municipal, sont revenus enchantés de Québec au terme d’une rencontre avec la ministre des Transports de l’époque, Julie Boulet. Lors de l’entretien, ils ont déposé le tracé final de l’autoroute régionale, lequel avait été endossé par l’ensemble des membres de la défunte Conférence régionale des élus.

Des manchots nageant dans une piscine du zoo de Belgrade, en Serbie. Les autorités du pays ont alerté la population quant à des températures extrêmement chaudes à venir, alors que la vague de chaleur qui frappe l’Europe de l’ouest se déplace vers l’est du continent.

Pour Alma, il s’agissait d’une rupture avec la position historique de la capitale jeannoise, laquelle avait toujours privilégié un tracé aboutissant directement dans la deuxième ville en importance au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais contourner Saint-Bruno par le sud, en direction de Roberval, était un sacrifice ayant pour dessein d’obtenir l’appui des élus du Haut-du-Lac. Gérald Scullion avait d’ailleurs été critiqué par certains citoyens pour avoir ainsi plié devant l’adversité. Il affirmait alors qu’en acceptant ce compromis, l’autoroute serait complétée en 2024. « Pendant toutes ces années où nous nous sommes opposés, nous avons retardé le projet », disait-il alors.

À cinq ans de l’échéancier fixé par l’ex-maire d’Alma, il faut être extrêmement optimiste pour croire que sa prédiction se réalisera.

Or, quiconque a emprunté le tronçon entre Saint-Bruno et Alma un jour de tempête hivernale dira sans hésiter que la sécurité des automobilistes est compromise dans le secteur. Il serait dommage que les nombreux usagers de ce lien routier soient pénalisés en raison d’autres travaux sur le territoire régional. En 2008, c’était la route à quatre voies divisées dans la Réserve faunique des Laurentides qui était évoquée ; aujourd’hui, c’est la voie de contournement d’Isle-Maligne, un projet de plus de 80 millions de dollars, qui est sous-entendue par différents élus pour justifier la mise sur la glace du tronçon jeannois de l’autoroute.

Il ne suffirait que d’une véritable volonté ministérielle pour accélérer les étapes et, ultimement, exécuter les travaux dans un horizon acceptable. La Coalition avenir Québec est bien en selle au Saguenay-Lac-Saint-Jean, étant représentée par quatre députés, dont une ministre. Ces élus seront-ils suffisamment influents au sein de leur caucus pour obtenir davantage ? Les prochaines années nous le diront. Mais une chose est certaine, sans pression de la part des élus et de la population, les années d’attente continueront de s’accumuler dans l’indifférence.

Et les gens du Lac continueront d’attendre en vain leur tronçon d’autoroute, bien au-delà de 2024.