Encore en campagne

ÉDITORIAL / Ce n’est pas le fruit de votre imagination si vous avez l’impression qu’il y a une odeur permanente d’élection au Saguenay–Lac-Saint-Jean, depuis deux ans. Avec l’élection fédérale le 21 octobre prochain, il y aura eu pas moins de six appels au vote, incluant les partielles et les élections provinciales et municipales !

Et toutes ces élections ont démontré qu’il ne faut jamais tenir pour acquis l’électorat jeannois et saguenéen, plus volage que jamais, autant dans les partielles que dans les élections générales.

Les trois élections partielles, qui ont suivi autant de démissions, soit celles de Denis Lebel, en juin 2017, de Denis Lemieux, en novembre 2017, et de l’ancien premier ministre Philippe Couillard, en octobre dernier, ont donné des sièges à des parties adverses.

Ainsi, Richard Hébert, l’ancien maire de Dolbeau-Mistassini, a mis fin au règne des conservateurs fédéraux dans la circonscription de Lac-Saint-Jean. Dans Chicoutimi–Le Fjord, les libéraux fédéraux, d’anciens locataires de la circonscription – les plus jeunes diraient dans la préhistoire même si ce n’est que dans les années 70 et 80 –, n’ont pas tenu le coup longtemps. La démission surprise de Denis Lemieux a conduit à la victoire du conservateur Richard Martel, en juin 2018. Puis, le 10 décembre dernier, Nancy Guillemette a ravi Roberval pour le compte de la Coalition avenir Québec.

Et en l’espace d’un an, il y a eu deux grands balayages au Québec. D’abord, celui des élections municipales de novembre 2017, qui a porté au pouvoir une multitude de nouveaux maires et conseillers. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’a pas échappé à cette volonté de changement. Puis, ce fut le tsunami caquiste en octobre dernier, après un long règne libéral.

Il demeure que les plus étonnants bouleversements politiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean lors de cette courte période ont eu lieu lors des élections provinciales d’octobre dernier. Les défaites du Parti québécois dans les circonscriptions de Chicoutimi (détenue depuis 1973) et de Lac-Saint-Jean (depuis 1976) confirment la volatilité de l’électorat et du défi immense des partis politiques à répondre à ses préoccupations très terre à terre au lieu de chercher à « inoculer » un programme électoral.

S’il y a un fil conducteur dans cet état de fait, c’est que les électeurs n’ont pas peur du changement et que leur impression du moment peut faire foi de tout. En tout cas, assez pour faire réfléchir les libéraux de Justin Trudeau qui chercheront à se faire réélire en octobre prochain.

Si l’on tire une leçon de ce qui s’est produit au Québec, qui a expérimenté, pour une première fois, les élections à date fixe, la campagne électorale fédérale risque de commencer tôt, soit dès la semaine prochaine, après la trêve de la période des Fêtes.

Il ne serait pas surprenant que les stratèges de tous horizons cherchent déjà des slogans, d’une part, pour calmer les inquiétudes de l’électorat, et, d’autre part, pour amplifier ses craintes.

Le gouvernement Trudeau aura à répondre de son bilan, notamment de la nouvelle entente commerciale avec nos partenaires américains et mexicains, de la légalisation du cannabis, du véritable poids politique du pays sur la scène internationale et de l’écart entre ses promesses électorales liées à l’environnement et ses décisions.

Comme l’image et l’impression comptent beaucoup en politique, est-ce que l’électorat refera confiance à Trudeau eu égard à ce qu’ils ont vu ou jettera-t-il son dévolu sur un chef, Andrew Scheer, du Parti conservateur, qui est encore plus près du pétrole de l’Ouest que l’autre et qui esquive les questions environnementales? Il y a d’autres partis, direz-vous, mais les sondages démontrent, jusqu’à maintenant, qu’ils ont un immense défi devant eux. La bonne nouvelle est qu’ils disposent de 10 mois pour se démarquer.

Autre question : est-ce que les enjeux régionaux, environnementaux comme économiques (incluant l’agriculture et la main-d’oeuvre) pèseront dans la décision des électeurs ? Avant la réponse, il reste 10 longs mois !