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Daniel Côté
Le Quotidien
Daniel Côté

Écouter pour comprendre

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Éditorial / La mort de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette. La découverte des restes de 215 enfants à Kamloops, près d’un ancien pensionnat autochtone. Deux histoires d’une tristesse infinie et qui, au fond, disent la même chose. La majorité des habitants de ce pays vivent sur une terre qui, à l’origine, n’était pas la leur. Ils l’ont modelée à leur image, imposé une version du passé qui les arrangeait, adopté une constitution, voté des lois sans se soucier de l’opinion des Premières Nations, reléguées dans l’angle mort de la conscience collective.

L’indifférence étant mère du mépris, il était inévitable que les relations entre les deux communautés soient minées. Enivrée par sa prospérité, contrôlant les outils de communication, sans parler des valeurs véhiculées dans ses écoles, la majorité triomphante a fait ce que font les majorités. Elle a intégré une vision de l’autre pétrie d’arrogance, au point de souhaiter lui enlever la dernière chose qu’il lui restait: sa culture. Telle était la logique derrière les pensionnats, ces machines à acculturer dont on découvre avec horreur l’étendue de la cruauté.

Impossible d’invoquer le passage du temps pour se dédouaner, lorsque des milliers de survivants témoignent de ce qu’ils ont subi. Le voudrait-on que l’autre drame mentionné plus haut, le décès de Joyce Echaquan, nous replacerait les yeux en face des trous. Le racisme auquel sont confrontés les membres des Premières Nations dans le réseau de la santé n’est pas différent de celui des autorités civiles et religieuses qui, jadis, séparaient des enfants de leurs familles. La même condescendance. La même inhumanité.

Tout le pays s’est senti interpellé, comme les États-Unis le sont depuis la mort de George Floyd. Là aussi, on espère que cette fois sera la bonne, qu’il y aura un avant et un après. Mais quoi changer? Et comment? Vaste programme qui, au fond, commence par une prise de parole. Pour une fois, la voix de la communauté noire se fait entendre. Elle témoigne de sa réalité, de la crainte viscérale qu’ont les parents d’adolescents, par exemple, dans l’éventualité où un contact avec des policiers tournerait au drame. Combien de Blancs savaient ça, il y a quelques années encore?

C’est là que le Canada est rendu, à l’étape où il faut tendre l’oreille pour mieux comprendre, ce qui vaut également pour notre région. Après tout, il y a eu un pensionnat à Mashteuiatsh et l’actualité récente nous a montré qu’il existait des points de friction au sein du réseau de la santé. Nous aimerions croire que par miracle, nous avons été irréprochables depuis l’arrivée des 21 sur ce territoire, mais ce serait trop beau pour être vrai. À des degrés divers, nous avons intégré le discours dominant, agi en fonction de lui. Ça ne fait pas de nous des monstres, juste des citoyens ordinaires qui, sur les bulletins scolaires d’antan, recevraient la mention: Peut mieux faire.

Et justement, l’entrevue que le chef Clifford Moar a accordée à Radio-Canada, cette semaine, constitue un excellent point de départ. Lui qui a vécu dans un pensionnat a été ébranlé par le drame de Kamloops. Il est d’accord pour que des fouilles soient menées à Mashteuiatsh, tout en craignant qu’elles ne soient fructueuses. «Ça doit être dévastateur pour les familles, a-t-il avancé. On l’a vu avec des enquêtes qu’on a vécues dernièrement. Il y a beaucoup d’enfants qui sont disparus. Font-ils partie des enfants qui ont été dans les pensionnats?»

Tournant son regard vers l’avenir, Clifford Moar estime que les membres de sa communauté doivent accepter ce qui s’est produit, tout en se mobilisant afin de «réparer ces éléments du passé». C’est pourquoi le chef demande aux Québécois - donc à nous aussi - d’admettre que le racisme systémique constitue une réalité. «La journée où on va le reconnaître, on va réellement entamer un processus de réconciliation», dit-il. Aurons-nous la sagesse de l’écouter?