Le projet d'implantation d'un service complet de douanes à l'aéroport de Bagotville est bloqué sur la scène politique. Le ministre fédéral Denis Lebel a de nouveau réitéré, samedi dernier, en nos pages, qu'un tel projet ne figurait pas dans les cartons dans un horizon prévisible.

Douanes : faire front commun

Le projet d'implantation d'un service complet de douanes à l'aéroport de Bagotville est bloqué sur la scène politique. Le ministre fédéral Denis Lebel a de nouveau réitéré, samedi dernier, en nos pages, qu'un tel projet ne figurait pas dans les cartons dans un horizon prévisible.
De nouveau, la balle se retrouve donc dans le camp de Saguenay. C'est à l'administration municipale de continuer à mettre de la pression, dans ce dossier, sur Ottawa. Dans cette perspective, une belle fenêtre se profile. Les prochaines élections fédérales auront lieu en 2015. Il reste encore du temps pour les élus de la capitale régionale pour peaufiner leur dossier, pour étoffer leurs arguments et pour convaincre le gouvernement en place de changer sa position avant les élections. Sinon, il sera alors temps de faire du dossier des douanes permanentes un enjeu électoral en cours de campagne... Ce serait de bonne guerre dans les circonstances.
Front commun
Ce délai avant le prochain scrutin permet aussi aux administrateurs de l'aéroport de Bagotville et aux responsables de l'Agence des services frontaliers du Canada de continuer le projet pilote actuellement mené à l'aérogare baieriverain. Ce projet, dont peu de résultats ont coulé jusqu'à maintenant, permet le dédouanement en sol régional des passagers d'avions de moins de 30 passagers en provenance de l'étranger.
Saguenay devrait également profiter des prochains mois pour rallier à son projet un large front commun d'intervenants touristiques, économiques et industriels susceptibles de profiter de l'implantation d'un service de douanes permanentes à La Baie, comme l'évoque justement aujourd'hui avec justesse en nos pages le maire Jean Tremblay.
L'un des arguments régulièrement évoqués par le ministre Lebel à l'encontre du projet porte sur son absence de retombées économiques concrètes pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et pour le Canada. Notamment, parce que jusqu'à maintenant, la majorité des vols internationaux qui transitent par Bagotville concernent des touristes de la région qui se rendent dans le sud, ce qui représente donc une forme d'exode des capitaux et des retombées...
Pour contrer cet argument, Saguenay doit démontrer comment, au contraire, la présence de douanes et donc de vols directs entre la région et l'étranger peut au contraire servir à attirer des investissements. C'est à cet égard que la région a une démonstration de force à faire. Il revient au milieu socioéconomique saguenéen et jeannois à présenter des projets, des stratégies, des analyses, des études détaillées démontrant comment la présence de douanes à l'aéroport de Bagotville permettrait d'attirer des touristes et des gens d'affaires, comment cela servirait les intérêts économiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il y a sans doute à cet égard du maillage à faire avec le Zoo sauvage de Saint-Félicien, Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, le Centre d'excellence des drones d'Alma ou des géants comme Rio Tinto Alcan, de même qu'avec des grossistes en voyage. Plus la région sera unie et appuiera ce dossier, plus il deviendra difficile de l'écarter du radar pour le gouvernement fédéral. D'un autre côté, si le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne démontre pas d'appétit pour des douanes, cela légitimera le refus et le scepticisme d'Ottawa.
Du reste, il est plausible de croire que le projet de douanes à l'aérogare de Bagotville rencontre, en coulisse, de fortes oppositions. L'aéroport Jean-Lesage, à Québec, qui caresse d'importants projets de développement, et où se posent normalement pour les formalités douanières les avions en transit de Bagotville, verrait ainsi ses statistiques d'achalandage affectées...
À travers ce jeu politique, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où l'on compte déjà des douaniers en raison de la présence de son port de mer, dispose de cartes dans son jeu pour obtenir un service de douanes, à l'instar de celui déployé à Cranbrook, en Colombie-Britannique, dans un aéroport régional similaire à Bagotville. Il reste à les utiliser à bon escient et à faire du projet un dossier d'envergure régionale. À cet égard, la position de Jean Tremblay et de Promotion Saguenay est pertinente et constructive pour l'avenir.