Développer un réflexe région

ÉDITORIAL / Les électeurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont de quoi s’inquiéter en cette journée de déclenchement de la campagne électorale provinciale, qui culminera le 1er octobre. Les chefs et leurs lieutenants viendront bien faire leur tour pour esquisser de beaux sourires, mais s’il faut se fier aux enseignements du passé, les promesses s’évaporeront aussitôt qu’ils auront repris la 175 !

Pourtant, les enjeux sont grands pour les régions, notamment le Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui peine à transformer son économie. Encore « classée » dans les régions ressources, elle a pourtant les infrastructures pour se diversifier, accueillir et servir plus de personnes et créer de nouvelles filières.

Bien sûr que la production de l’aluminium et du bois d’oeuvre ainsi que l’agroalimentaire demeurent des piliers et qu’ils doivent continuer à tirer l’économie en s’adaptant aux changements de règles des marchés, mais d’autres vocations doivent être encouragées par un système pensé pour les régions.

La perte d’influence du Saguenay-Lac-Saint-Jean est facilement observable et la dilution des pouvoirs publics, ceux des élus locaux et des organisations régionales comme l’ancienne Agence de la santé, commence à coûter cher. Sans l’effet Philippe Couillard, qui est député de Roberval et premier ministre, la voix de la région aurait été encore plus faible.

C’est justement ce dont la région a besoin : une structure qui lui permettra d’exprimer ses priorités au-delà du canal politique, qui est mis systématiquement sur la touche quand il est dans l’opposition ou asservi à la ligne de parti. Ça commence à être une vieille histoire, mais la disparition des Conférences régionales des élus, lesquelles ont remplacé le Conseil régional de concertation et de développement, a créé ce que le gouvernement cherchait : une harmonie.

Une harmonie suspecte, qui ne sert pas les besoins des régions. Dans ce contexte, il ne faut pas se surprendre que les actions ne suivent pas les discours et que ce ne soit pas les politiciens qui mènent les vraies affaires. Plus ils promettent des pouvoirs aux régions, moins il y en a. D’ailleurs, au cours des derniers jours, la Fédération québécoise des municipalités a exigé de Québec de développer un réflexe région.

S’ils veulent une preuve, qu’ils entrent dans les entreprises qui attendent de la main-d’oeuvre étrangère pour réaliser que les règles ne changent pas et ne sont pas faites pour répondre à une urgence économique, qui devient vitale pour plusieurs. Entre-temps, c’est devenu une bonne « business » pour les agences spécialisées dans l’importation de main-d’oeuvre parce que les démarches ont tout pour décourager la plus tenace des personnes d’affaires.

Si seulement les régions avaient le loisir, en collaboration avec leurs institutions d’enseignement, d’aménager le calendrier scolaire afin d’étirer la saison de travail des élèves et des étudiants, ce serait déjà un bon pas. Ce n’est sûrement pas aussi facile à faire qu’on le dit et une savante explication venant de Québec vous en convaincra…

Et que vont proposer les partis pour corriger la courbe démographique de la région, dont la population est vieillissante ? Sans décentralisation des pouvoirs et sans déconcentration de la fonction publique, c’est un voeu pieux. Les grands centres, comme Montréal et Québec, surchauffent ; le moment est donc propice pour faire un « tout petit » effort.

Ubisoft a bien compris les enjeux du marché du travail, aux prises avec une concurrence coriace dans les grands marchés.

Comme la région s’est bâtie sur ses ressources naturelles avec la force de travail de ses jeunes, elle doit envisager l’avenir avec le cerveau de sa jeunesse dans des secteurs tendance, qu’ils se nomment numérique ou autre.

Ce n’est pas sans importance, et au contraire, mais on va entendre parler des CHSLD, de bavures, de garderies, d’écoles, d’hôpital, en fait de tout notre « collectif », c’est-à-dire ce qui devrait nous rendre fiers et nous unir, et qui, plutôt, divise plus que jamais !