Le Zoo sauvage de Saint-Félicien.

Deux zoos au Royaume ?

Avec l'émergence du Centre d'observation de la faune et d'interprétation de l'agriculture de Saint-David-de-Falardeau, les instances politiques, économiques et touristiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean seront confrontées, avant longtemps, à un épineux problème qui nécessitera beaucoup de finesse, et qui les obligera à faire preuve de vision et de maturité.
<p>Centre d'observation de la faune et d'interprétation de l'agriculture de Saint-David-de-Falardeau.</p>
Comment, en effet, concilier, dans la région, la présence de deux attraits touristiques consacrés aux animaux, le Zoo sauvage de Saint-Félicien et le Centre d'observation? Comment assurer la survie des deux sites? Leur développement à court, moyen et surtout à long terme? Comment les positionner au sein de l'offre touristique de la région, auprès des clientèles de l'extérieur? Les réponses à ces questions ne sont pas simples à trouver. Mais elles sont cruciales pour l'industrie touristique.
Ce qui donne un caractère explosif au dossier, c'est qu'il touche à une corde sensible, qu'il fait écho à un vieux fond de rivalité toujours latent chez certains entre le «Lac» et le «Saguenay». C'est à ce titre que les décideurs et les élus de la région devront se montrer à la hauteur des enjeux et être visionnaires. Jusqu'à maintenant, l'essor du «zoo» de Falardeau n'a pas généré de polémique ni de guerre ouverte. Tant mieux. Mais il faut agir avant, justement, que cela n'arrive. L'attrait falardien a de multiples projets dans ses cartons. Il reçoit de plus en plus de visiteurs. Cela a sans doute un impact direct auprès de la clientèle régionale habituée à fréquenter le zoo félicinois et est susceptible d'en avoir encore davantage à plus longue échéance. Ne serait-ce que parce que Saint-David-de-Falardeau est plus près de la capitale régionale et de son vaste bassin de visiteurs potentiels, des simples touristes aux clientèles scolaires.
Le Zoo sauvage de Saint-Félicien et le Centre d'observation falardien visent, à la base, des objectifs différents. Le zoo s'est donné une mission axée sur la boréalie, ses écosystèmes et ses animaux. Avec les Sentiers de la nature, il s'est doté d'un créneau unique en son genre. De plus, le site doit composer avec des règles de gestion et des standards très stricts qui obligent la présence d'une armada de vétérinaires, de techniciens et de spécialistes. À Falardeau, l'objectif premier du site consiste à récupérer et à préserver des animaux en tout genre blessés ou incapables de survivre dans la nature. Le Centre récupère ainsi des bêtes qui n'ont parfois rien à voir avec le climat de la région. Mais, en pratique, cette complémentarité dans les collections et dans les missions n'engendre pas moins une concurrence directe et qui ira croissante pour attirer des visiteurs et générer des retombées.
D'ailleurs, si la région avait vent de l'implantation d'un nouveau zoo ou d'un nouveau centre dédié à la faune dans Charlevoix, sur la Côte-Nord ou à Québec, on assisterait alors au Royaume à une importante levée de boucliers. Surtout si des fonds publics étaient en jeu. Ce fut d'ailleurs le cas lors de la campagne électorale de 2012, lorsque la CAQ a émis la possibilité de relancer sous une forme ou une autre le défunt Jardin zoologique de Québec... Évidemment, on ne peut exiger la fermeture d'un site sous le simple prétexte qu'il faille en préserver un autre. De même, on ne peut empêcher le fondateur du Centre d'observation d'aller au bout de son propre rêve, ni refuser à une municipalité de chercher à dynamiser et diversifier son économie ou à créer de l'emploi, surtout que jusqu'à maintenant, le Centre d'observation n'a reçu aucune subvention publique.
Par contre, il serait tout aussi impensable pour une région de ne pas soutenir à sa juste valeur un attrait touristique qui constitue, statistiques à l'appui, un véritable produit d'appel qui attire des visiteurs de partout sur le globe. D'autant plus que le Zoo sauvage de Saint-Félicien met présentement la touche finale à un plan de développement que l'on promet ambitieux et qui pourrait nécessiter l'appui de toute la région et des deux paliers de gouvernement.
Comme quoi un rendez-vous important se dessine pour les élus et les intervenants de l'industrie touristique régionale. À cet égard, pour éviter tout affrontement stérile et pour assurer la pérennité d'emplois et de précieuses retombées économiques, une bonne réflexion stratégique s'impose. Et devrait démarrer rapidement.