Vincent Duguay

Des propos inacceptables

ÉDITORIAL / Vincent Duguay aurait eu 25 ans, jeune diplômé en droit, et l’histoire aurait à peine effleuré l’actualité. La mise en demeure dans laquelle il plaide que la saisie d’un téléphone cellulaire par les autorités scolaires est inconstitutionnelle aurait sans doute interpelé quelques personnes, mais jamais elle n’aurait fait écho au-delà de la Réserve faunique des Laurentides.

Ce n’est pas tant le sujet abordé qui a suscité l’attention, mais plutôt l’âge de son instigateur. Car à 15 ans, Vincent Duguay incarne ce qu’une société moderne doit attendre de sa jeunesse. 

Le jeune homme a-t-il raison ? A-t-il tort ? Ses arguments tiennent-ils la route? Était-ce même légal d’entamer de telles procédures pour une tierce personne, sans être épaulé par un juriste ? Toutes ces questions méritent d’être posées et il est manifeste qu’au terme de l’exercice, l’argumentaire de l’étudiant fonderait tel un bloc de glace en plein désert. Quoi qu’il en soit, il reste que ladite mise en demeure a été rédigée dans un français impeccable, par un adolescent ambitieux, qui affirme avoir consulté de son propre chef des plateformes spécialisées tel le site CanLII pour étoffer son document.

Et c’est tout ce qu’il faut retenir de cette saga.

Vendredi, la journaliste Laura Lévesque reprenait certains commentaires répertoriés sur nos plateformes électroniques, en regard de cette nouvelle. Notamment, elle mettait en relief les critiques les plus virulentes et irrespectueuses qui ont été exprimées contre Vincent Duguay. À l’ère des médias sociaux, la vindicte populaire se propage à une vitesse ahurissante et, comme ce fût le cas cette semaine, la situation devient vite incontrôlable. 

Or, Vincent Duguay méritait-il un tel traitement ? Absolument pas. 

Au contraire, toujours en faisant abstraction des erreurs commises par le jeune dans sa démarche, ce dernier aurait dû être applaudi pour avoir tenté de remuer les choses grâce à son potentiel intellectuel, de façon pacifique. 

Non, cette affaire ne méritait pas une telle couverture médiatique, mais Vincent Duguay méritait encore moins d’être ainsi attaqué, simplement pour avoir osé.

Parfois, un seul mot suffit

Parallèlement à cette histoire de cellulaire, une légende de la lutte professionnelle, Jacques Rougeau, était en tournée au Saguenay-Lac-Saint-Jean afin de poursuivre sa lutte contre l’intimidation. Au cours de sa carrière, le « Fabuleux » Rougeau a incarné de multiples personnages, dont celui du Mountie, une caricature grotesque des agents de la GRC qui n’hésitait pas à utiliser un « taser gun » pour terrasser ses adversaires. 

Derrière ce rôle de vilain, il a remporté la prestigieuse ceinture intercontinentale de la WWF (aujourd’hui WWE) dans les années 90. Or, il s’est aussi fait cracher dessus, il s’est fait invectiver, il s’est fait asperger de bière par des spectateurs ivres, incapables de faire la différence entre le spectacle et la réalité. 

C’est toutefois derrière les rideaux, parmi ses pairs, qu’il dit avoir subi l’intimidation, nous racontait le chroniqueur Roger Blackburn dans l’édition de mardi. 

Et souvent, il a failli tout laisser tomber ; quitter le ring pour toujours. 

Un seul mot est parfois suffisant pour éteindre une flamme. Cependant — et heureusement—, Vincent Duguay ne semble pas trop s’en faire avec les insultes qui lui ont été adressées. « Quand je lis que je suis un ‘‘enfant roi’’ ou que des ‘‘coups de pied se perdent’’, je ne réponds pas. » 

Il y lieu d’espérer que comme Rougeau, il saura clouer le bec à ses détracteurs en réalisant de grandes choses.