Émilie Boivin et Denis Gilbert, copropriétaires de Bizz, ont fait l'achat de Corneau Cantin

Des petites conquêtes

ÉDITORIAL / Dans une économie qui se globalise, rarement à l’avantage des régions, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a réussi quelques bons coups, au cours des dernières semaines. Grâce à leur esprit d’entrepreneuriat, des investisseurs ont permis d’améliorer notre bilan en termes de propriété d’affaires.

Ce sont de bonnes nouvelles dans un contexte où les transactions sont la plupart du temps à l’avantage des entreprises de l’extérieur de la région. Il ne faut pas se le cacher, notre ego collectif prend du mieux chaque fois qu’une entreprise demeure de propriété régionale.

Coup sur coup, donc, il y a eu trois annonces qui démontrent une volonté de garder autant que possible la mainmise sur nos affaires. À ce chapitre, ici comme ailleurs, les temps sont durs, et non seulement pour les régions, mais aussi pour les provinces et les États.

Les bons coups du dernier mois sont l’acquisition de l’épicerie Corneau Cantin par le magasin d’aliments naturels Bizz, le retour dans le giron régional de la quincaillerie Potvin & Bouchard (BMR), qui a été achetée par le Groupe Martel, exploitant d’une scierie, et la vente de LAR Machinerie à ses employés.

Trois domaines différents avec un dénominateur commun : un marché concurrentiel où il y a de très gros joueurs. Le cas de LAR, une entreprise établie à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, est particulièrement intéressant. Ce concepteur, fabricant et installateur de pièces géantes pour diverses industries, dont celle des barrages, fait son bonhomme de chemin sans le crier sur les toits.

Ceux qui ont le loisir d’arpenter la Véloroute des Bleuets dans le secteur de Métabetchouan sont à même de constater que l’activité est dense chez LAR et que les pièces fabriquées sont de très grandes dimensions. Nul doute que plusieurs sociétés étrangères, gestionnaires de portefeuilles et concurrents auraient aimé mettre la main sur ce joyau.

Son marché, les grands projets hydroélectriques, comme ceux d’Hydro-Québec et de Muskrat Falls, et les alumineries, entre autres, représente une opportunité d’affaires intéressantes pour des investisseurs. Dans le communiqué envoyé aux médias au début de juin, la nouvelle direction a précisé que le nombre d’employés se situe entre 200 et 250, selon le carnet de commandes, ce qui est très considérable dans ce secteur d’activités. Il est aussi intéressant pour une municipalité comme Métabetchouan-Lac-à-la-Croix d’avoir sur son territoire un employeur de cette trempe.

L’achat de Potvin & Bouchard par le Groupe Martel rappelle l’époque où toutes les quincailleries étaient de propriété régionale. C’est vrai que ça remonte à loin, mais personne ne se plaignait du service ni des produits disponibles. En 2018, c’est devenu une exception, et il faut souhaiter la meilleure des chances au Groupe Martel pour qu’il tire son épingle du jeu.

L’autre transaction, celle qui implique Bizz, a des similitudes avec la précédente. Comme Potvin & Bouchard, Corneau Cantin a été fondée par des régionaux, avec une facture distinctive basée sur les produits locaux, tendance suivie par la plupart des grands marchés par la suite.

En y greffant leur marché d’aliments naturels, Émilie Boivin et Denis Gilbert espèrent relancer Corneau Cantin en faisant de la place aux producteurs locaux, notamment. Le couple aura besoin, à la fois, de créativité dans ce marché très occupé et de soutien de la part de la population.

Trois exemples encourageants qui ont aussi un effet positif sur l’ensemble de la région. Parce qu’un des défis de l’économie régionale est la relève en affaires. Plusieurs dizaines d’entreprises cherchent des acheteurs bien qu’il y ait en place une expertise et de l’aide financière pour les intéressés.

Comme le dit souvent Marc-Urbain Proulx, chercheur et professeur à l’UQAC, le Saguenay–Lac-Saint-Jean est passé d’une économie de propriétaires à une économie de locataires. Il reste donc beaucoup de défis à relever, et chaque petite conquête est une victoire pour la région.