Des limites à ne pas franchir

Les nominations à saveur partisane font partie du jeu politique, tous paliers de gouvernement confondus. Il faudrait être bien naïf pour croire le contraire. Et, il arrive souvent que ces nominations donnent de bons résultats. Mais, il y a toutefois des limites à ne pas dépasser. Or, à Saguenay, ces limites ont été franchies avec la récente nomination de quatre attachées politiques du cabinet du maire Jean Tremblay à des postes de fonctionnaires municipaux.
Aberration
C'est particulièrement vrai concernant l'embauche de Danielle Godin à titre de directrice de l'arrondissement de Jonquière, un haut poste cadre. Cette dernière, dont la formation académique n'a même pas été précisée par Saguenay ou par le maire, a été nommée à ce poste très stratégique sans qu'aucun processus d'appel de candidatures, sans qu'aucun processus de sélection, n'ait été tenu.
Cela est aberrant.
Compte tenu de l'envergure de la tâche et des qualifications qu'elle requiert, il n'aurait été que logique et sensé que l'administration municipale procède à un affichage du poste en bonne et due forme. Un tel processus aurait d'une part permis à la ville et aux citoyens de peut-être recruter une perle rare, de dénicher un candidat de choix, ou simplement de confirmer en toute transparence la valeur de la candidature de Mme Godin. D'autre part, cela aurait permis aux fonctionnaires actuels de Saguenay de postuler et d'obtenir, éventuellement, de nouvelles tâches à la hauteur de leur expérience et de leurs aptitudes.
La nomination unilatérale de Danielle Godin envoie à cet égard un signal bien démotivant pour l'ensemble de la fonction publique municipale saguenéenne. Un signal susceptible d'accroître le cynisme de la population envers le monde politique. Un signal totalement contraire au concept de transparence et de reddition de compte de la part des élus de tous les niveaux de gouvernement que l'on souhaite voir s'implanter partout au Québec dans la foulée des scandales soulevés un peu partout sur la scène municipale. Un signal contraire à la volonté, manifestée de plus en plus clairement par les citoyens de Saguenay, qui souhaitent recommencer à s'impliquer plus étroitement dans la vie politique de la capitale régionale.
Jean Tremblay n'a certes pas complètement tort lorsqu'il allègue que la formation académique n'est pas toujours garante de l'efficacité et de la compétence d'un individu et qu'à cet égard l'expérience du terrain compte beaucoup. Mais, cela demeure un critère important que l'on ne peut négliger au moment de pourvoir un poste de haute fonction publique. C'est un critère essentiel dans toute nomination, qu'elle relève d'une entreprise privée ou d'un organisme public. Et c'est d'autant plus important dans le cas d'une ville majeure comme Saguenay.
Pouvoir
Il est légitime que le maire Tremblay, dans l'exercice de ses fonctions, cherche à s'entourer de personnes en qui il a confiance et avec qui il a des atomes crochus. C'est normal. C'est pourquoi Saguenay est doté d'un «cabinet du maire», instance où ce dernier a toute la latitude quant au choix de ses collaborateurs et de son personnel, qu'il peut nommer à son gré et selon ses besoins. L'administration publique dispose aussi une certaine latitude pour nommer ou suggérer des candidats dans des organismes publics ou parapublics. C'est d'ailleurs une pratique courante tant au provincial qu'au fédéral, pratique qu'il serait du reste difficile à encadrer et à normaliser efficacement.
Par contre, on ne peut pas transposer impunément ce pouvoir de nomination, cette manière de considérer l'administration à la fonction publique et à l'appareil municipal en tant que tel. Surtout pas dans le cas de poste de cadre de haut niveau. C'est ouvrir la porte à de possibles abus. C'est détourner l'essence des règles qui encadrent les processus d'embauche et de recrutement dans l'ensemble des fonctions publiques, qu'elles soient municipales, provinciale ou fédérale. C'est faire fi des principes de séparation des pouvoirs qui doivent prévaloir dans notre système politique.
Pour toutes ces raison, les quatre dernières nominations du maire de Saguenay constituent des erreurs. L'administration Tremblay a étiré l'élastique trop loin. Des correctifs sont nécessaires pour normaliser la situation. Osera-t-on les faire?