Des initiatives prometteuses

La nouvelle est passée sous le radar puisqu'elle est tombée à la veille du long congé de la Saint-Jean-Baptiste: Produits forestiers Résolu s'associe avec le géant mondial de la pâte Mercer afin de créer une coentreprise spécialisée dans la recherche et le développement en matière de biomatériaux issus des filaments du bois, appelée Performance Biofilaments.
Plus précisément, cette filiale, qui travaillera de concert avec l'incubateur industriel, scientifique et technologique forestier FPInnovations, vise à développer des produits composites destinés à accroître la résistance de nombreux matériaux de construction, notamment le ciment et les revêtements extérieurs. Selon les deux entreprises, de tels dérivés de la fibre du bois pourraient aussi être employés dans des secteurs aussi névralgiques que les transports et l'aéronautique, voire même dans le domaine de l'électronique.
À terme, les partenaires d'affaires estiment que les produits qu'ils mettront au point pourront remplacer des composés dérivés du pétrole employés massivement sur le marché, notamment parce qu'ils sont moins coûteux à produire, qu'ils ont une plus faible empreinte environnementale et qu'ils proviennent de source renouvelable.
Diversification
Cette initiative de Produits forestiers Résolu est intéressante car elle démontre que la multinationale tente, en dépit de sa situation financière encore fragile, de diversifier sa production et de gagner de nouvelles parts de marché dans des secteurs de pointe et en forte croissance. Cette volonté de «sortir» des matériaux de construction et de la fabrication des pâtes et papiers traditionnelle, cette volonté de maximiser l'utilisation des moindres fibres du bois récolté dans les forêts québécoises constituent, en effet, la voie de l'avenir pour Résolu.
Durant trop longtemps les grands joueurs de la forêt se sont contentés d'exploiter la ressource ligneuse sans songer à la recherche et au développement. Sans songer à l'innovation. Ce constat explique en grande partie pourquoi l'industrie forestière a été aussi durement éprouvée par la crise économique survenue en 2008 aux États-Unis et par la baisse rapide de la demande pour le papier journal.
Produits forestiers Résolu, depuis sa «renaissance» économique et administrative et l'adoption de son nouveau nom, a démontré une plus grande ouverture envers la recherche et le développement. Elle a mis au point certains nouveaux produits comme une colle issue de la fibre du bois révolutionnaire. Elle appuie une initiative visant la production de légume en serres à Saint-Félicien utilisant la biomasse forestière. Elle a renouvelé des partenariats avec l'UQAC et ses centres de recherche sur la forêt boréale. Il est difficile de percer de nouveaux marchés et d'y imposer des nouveautés. Mais, Résolu doit persévérer dans cette voie. Des milliers d'emplois et un gigantesque pan de l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean en dépendent.
Cascades
À cet égard, la compagnie Cascades a aussi lancé officiellement, il y a quelques jours, un nouveau produit de niche dont les succès éventuels sur les grands marchés internationaux pourraient assurer la pérennité de la cartonnerie de Jonquière. Le «Respak» est un carton enduit d'une fine couche d'un protecteur conçu à base d'eau qui lui permet de résister à l'huile, aux liquides et au gras, tout en étant 100% recyclable. La demande pour un tel produit dans les chaînes de restauration rapide et dans le domaine alimentaire pourrait, on l'imagine bien, s'avérer colossale, le Respak étant beaucoup plus écologique que les cartons largement utilisés présentement, qui sont enduit d'un produit qui les rendent non récupérables.
Le nouveau produit fabriqué à Jonquière vient de recevoir les approbations requises des autorités canadiennes et américaines, ce qui permet à Cascades d'expédier actuellement des échantillons de Respak aux principaux clients susceptibles d'adopter le produit, ce qui aurait des impacts directs au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Ces deux initiatives de PFR et de Cascades constituent des exemples porteurs qui représentent les pistes d'avenir pour assurer la pérennité de l'industrie forestière québécoise. Espérons qu'elles rempliront effectivement leurs promesses. La région en a bien besoin.