Jonathan Diaby a été la cible de propos racistes lors du dernier match des Marquis de Jonquière, à Saint-Jérôme.

Dénonçons l’ignorance crasse

ÉDITORIAL / Ce qui s’est produit samedi soir, à l’Aréna régional Rivière-du-Nord de Saint-Jérôme, est tout à fait inacceptable, désolant, abject.

Les propos racistes exprimés à l’endroit du hockeyeur Jonathan Diaby et des membres de sa famille, qui étaient dans l’assistance, témoignent d’un manque manifeste de savoir-vivre. 

Qu’ils aient été emportés par l’émotion ou par l’ivresse d’une bière de trop n’explique en rien le comportement des individus impliqués dans cette histoire. Comme des pommes pourries dans un panier de fruits frais, ces derniers ont réussi à corrompre l’image de leur communauté et de leur organisation avec leurs agissements.

Ils ne sont qu’une minorité, mais ces marginaux sont partout. Ils sont bruyants et se font rarement remettre à leur place. Ils sont racistes, xénophobes, sexistes, homophobes… Leurs arguments puisés à même les faux sites de nouvelles et ancrés en eux telles des certitudes absolues les rendent imperméables à la raison ; imperméables à la honte.

Dans le dossier de Jonathan Diaby, l’organisation des Pétroliers du Nord a condamné les paroles de ces quelques partisans isolés et a promis de mettre en place des mesures afin qu’une telle scène ne se reproduise plus dans leur enceinte. Une vague de sympathie, en provenance de joueurs d’équipes adverses et de la population, a également déferlé sur la famille Diaby, comme quoi la société sait encore distinguer le bien du mal.

Cela dit, il y a tout de même une réflexion collective à faire. L’événement de samedi soir n’est pas un cas d’espèce. Les propos disgracieux, la haine et le mépris ne sont pas le lot exclusif des arénas ou des tavernes. Ils sont monnaie courante sur les réseaux sociaux, à un point tel que parfois, ça fait peur. Les exemples de débordements sont presque quotidiens sur les pages Facebook des médias, dont la nôtre. 

Pas plus tard que la semaine dernière, TVA Nouvelles a dû retirer de Facebook un article sur l’incendie qui a coûté la vie à sept enfants d’origine syrienne, à Halifax, en raison des commentaires extrêmement violents de certains internautes. Lorsque même les systèmes de surveillance de réseaux sociaux les plus performants ne suffisent plus à endiguer le problème, il y a lieu de se questionner sérieusement.

Plus près d’ici, comment interpréter les messages odieux et les blagues douteuses sur l’accident de ski dont a été victime la mairesse de Saguenay, Josée Néron ? Comment une personne peut-elle se réjouir à l’idée que la mairesse ait subi une double fracture de la jambe ? Comment peut-on être si insensible ; si méchant ; si « mort en dedans » ? Nous sommes bien au-delà des frontières de la libre expression…

Derrière un clavier comme sous l‘influence de l’alcool lors d’une partie de hockey, certains quidams perdent toute inhibition et s’estiment invulnérables. Ils sont prêts à n’importe quelle bassesse pour faire rire ou obtenir un précieux « like » ; ils n’imposent aucun frein à leur colère maladive ; ils ne réfléchissent tout simplement pas, sinon pour articuler la phrase la plus assassine. Puis, ils s’exécutent et jettent leur fiel sur un hockeyeur de race noire, sur une politicienne, sur un journaliste, sur n’importe qui ou n’importe quoi.

Il n’y a pas mille et un remèdes pour enrayer ce phénomène. Bloquer le compte d’un internaute ou interdire l’accès à un amphithéâtre n’auront jamais la même portée qu’une dénonciation massive de l’inacceptable. La responsabilité nous incombe à tous, et non seulement à ceux qui administrent les pages Facebook ou aux agents de sécurité. Alors, dénonçons-les, isolons-les, qu’ils soient une fois pour toutes confrontés au reflet de leur ignorance crasse.