De quel bois se chauffent nos élus

ÉDITORIAL / Lundi, pour la première fois depuis 2006, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a choisi de s’exprimer à Ottawa à travers le filtre de l’opposition. Est-ce dire que nous souffrirons d’un douloureux et interminable lendemain de veille, une fois disparue l’ivresse de la campagne ? Ou au contraire, que nous jouirons d’une position avantageuse dans le contexte d’une gouvernance minoritaire qui aura nécessairement besoin de l’appui du Bloc québécois ? Une chose est certaine : nous saurons bien assez tôt de quel bois se chauffent nos nouveaux émissaires à la Chambre des communes.

Il est déjà acquis que le conservateur Richard Martel sera, encore une fois, condamné à l’objection systématique des actions libérales. Sans doute également, une partie de son mandat sera occupée par l’éventuel départ et le remplacement du chef Andrew Scheer, qui a creusé sa propre tombe face à un adversaire pourtant très vulnérable. Même si M. Scheer s’est accroché désespérément à son poste, mardi, il serait plus qu’étonnant que le parti lui pardonne cet échec et lui accorde une seconde chance. En tout cas Richard Martel, lui, n’a pas hésité à écorcher publiquement son chef moins de 24 heures après le dépouillement des votes, lui reprochant sans détour de ne pas avoir mené une bonne campagne.

Par contre, si les prochains épisodes semblent déjà rédigés chez les conservateurs, il en est tout autrement au sein du Bloc québécois, une formation qui a ressuscité lundi soir et qui s’est imposée dans les circonscriptions de Jonquière et de Lac-Saint-Jean avec l’élection de Mario Simard et d’Alexis Brunelle-Duceppe respectivement. C’est de ce côté que se jouera réellement le devenir de la région, puisqu’il dépendra de leur capacité à défendre leurs électeurs, quitte à se placer en porte-à-faux avec leur parti.

Le Bloc québécois a le pouvoir d’influencer les décisions du gouvernement Trudeau. S’il abat ses cartes habilement, le parti est susceptible de jouer un rôle crucial pour le développement du Québec. Mais, dans sa nouvelle mouture, il devra tendre l’oreille à sa population plutôt que de s’en éloigner. Ce sera le cas ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, où deux tiers de la population souhaite l’aboutissement du projet de liquéfaction du gaz naturel que propose le promoteur GNL Québec.

Déjà, il est manifeste que le chef bloquiste Yves-François Blanchet n’est pas favorable à cet investissement. C’est à travers l’évolution de ce dossier que nous pourrons évaluer le potentiel réel des députés Simard et Brunelle-Duceppe. S’ils font profil bas, s’ils se défilent, s’ils s’affaissent sous les pressions de leurs pairs, attendons-nous à quatre longues années puisqu’il en sera de même pour la totalité de leur mandat.

Par contre, s’ils s’affirment par des positions claires, fidèles aux attentes de ceux qu’ils représentent, il y aura lieu d’espérer de belles choses pour la région. Surtout que l’un et l’autre possèdent les qualités nécessaires pour s’illustrer à l’intérieur de leur formation politique.

Alexis Brunelle-Duceppe au premier plan, avec un père dont le nom résonne encore à la Chambre des communes et au Québec, une facilité d’approche et une aisance à s’exprimer digne des tribuns les plus aguerris.

En campagne, Mario Simard a lui aussi démontré des atouts indéniables, notamment sa combativité et une maîtrise irréprochable des dossiers régionaux.

Il serait malheureux qu’aujourd’hui, une fois le scrutin derrière nous, ils s’éclipsent à Ottawa et se contentent d’œuvrer sur des projets de loi qui ne nous concernent à peu près pas.

Dès maintenant, ils doivent prendre leur place sur l’échiquier du Parlement et se définir tels des défenseurs infatigables du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est là leur tâche principale ; leur véritable raison d’être.