De l’expérience au cabinet

ÉDITORIAL / La mairesse Josée Néron a comblé un manque manifeste au sein de son cabinet en le bonifiant d’un communicateur expérimenté, mais surtout d’un stratège qui a vu neiger, pour reprendre le dicton populaire. Pendant près de deux décennies à la direction régionale du système de santé, Jean-François Saint-Gelais a répondu aux demandes des médias et a administré les communications internes, certes, mais c’est surtout son travail en coulisses qui lui a permis de s’accomplir. Quiconque l’a côtoyé sur le plan professionnel sait qu’il a grandement contribué à faire de son ancienne supérieure, Martine Couture, une PDG crédible et efficace aux yeux de tous. Voilà sa véritable force et c’est exactement ce dont Josée Néron avait besoin: une personne de confiance qui l’aidera à devenir meilleure.

Il n’a fallu que quelques mois aux citoyens pour réaliser que la mairesse n’est pas une politicienne innée, capable de voir venir les coups de façon instinctive, de les esquiver et de prévenir ainsi les crises potentielles. Malgré le courage dont elle a fait preuve pendant les quatre années qu’elle a passées dans l’opposition, malgré ses convictions louables, malgré sa soif de transparence, Josée Néron n’a pas encore trouvé le moyen d’incarner son personnage de mairesse avec aplomb.

Quelques sorties médiatiques malhabiles, des positions parfois approximatives et des crises gérées de façon pour le moins discutable ont terni l’image de la mairesse à différents égards au cours de sa première année de mandat.

Par exemple, comment expliquer que personne n’ait sonné l’alarme lorsque la date du 1er octobre a été choisie pour approuver l’augmentation de salaire des élus municipaux, alors qu’avaient lieu, cette même journée, des élections générales au Québec ? Également, comment se fait-il que personne n’ait réussi à convaincre la mairesse de prendre la parole dans les heures suivant l’interruption des activités à l’Usine Dubuc de Rio Tinto ? Comment se déclinait son plan de communication dans le dossier de l’amphithéâtre au centre-ville de Chicoutimi ? En avait-elle un ?

L’embauche de Jean-François Saint-Gelais amènera cette profondeur qui faisait défaut à l’entourage immédiat de Josée Néron. Car, s’il a été en mesure d’élaborer des stratégies efficaces en périodes de crise dans un milieu aussi critique que celui de la santé publique — et Dieu sait qu’il y en a, des crises, dans ce système —, il sera sans doute en mesure d’élaborer un plan d’action dans des dossiers de moindre importance, comme celui des bacs bruns, par exemple.

Jean Tremblay a grandement bénéficié de son cabinet, à l’époque l’un des plus imposants au Québec. Josée Néron a choisi de faire différemment et de limiter son équipe à deux ou trois personnes. Qui plus est, aussi talentueuses soient-elles, chacune d’elles a dû apprendre « sur le tas » la gestion des affaires municipales, un univers complexe où la politique est omniprésente.

Jean-François Saint-Gelais ne sera pas la solution à tous les problèmes. Il pourrait même se river aux positions divergentes de son employeur, la mairesse n’étant pas reconnue telle une personne qui adhère facilement aux conseils de ceux qui l’entourent.

Mais en cette période où les contribuables sont contraints à rembourser les dépenses du passé et où le conseil de ville semble de plus en plus divisé, Josée Néron avait tout intérêt à s’adjoindre un pilier d’expérience, et c’est sur Jean-François Saint-Gelais qu’elle a arrêté son choix. L’avenir nous dira dans quelle mesure cette addition permettra à la mairesse de se redéfinir aux yeux de l’électorat, des médias et des autres élus de Saguenay.