Marc St-Hilaire

Crise politique sur fond de budget

ÉDITORIAL / Saguenay est bien peu reluisante ce matin. Encore moins qu’elle l’était, et ce n’est pas peu dire. Ce matin, Saguenay se révèle telle une cité qui peine à suffire à ses besoins primaires ; une cité où la dette est devenue incontrôlable ; une cité qui admet que ses citoyens devront souffrir pour redresser la situation, alors que partout ailleurs au Québec, c’est la pleine croissance. Le message véhiculé mercredi midi est celui-ci : Saguenay n’a plus les moyens d’une quelconque ambition, étouffée par la perspective d’une dette qui atteindra 650 millions $ d’ici la fin de 2025.

Le constat ainsi fait, que penser du coup de théâtre auquel nous avons assisté sur le coup de midi ?

D’abord, ne jouons pas les autruches : le rejet du budget par onze conseillers contre trois est de nature politique. C’est le point culminant d’une guerre qui oppose, depuis deux ans déjà, les élus indépendants et les membres de l’Équipe du Renouveau démocratique (ERD). Fortement majoritaires à la table du conseil, les indépendants ont vu en ce budget 2020 l’occasion inespérée de prendre le contrôle de la Ville. Les raisons évoquées, bien que légitimes, n’ont été qu’accessoires dans cet assaut contre la mairesse et l’ERD.

Il faut leur donner : les indépendants ne se sont pas présentés sur le champ de bataille armés de tire-pois. Ils avaient un plan soigneusement ficelé. Comment expliquer autrement que le conseiller Kevin Armstrong ait brandi un document d’une cinquantaine de pages, élaboré de sa propre initiative et à l’intérieur duquel se déclinent, à travers 15 axes de redressement, ses solutions pour sortir Saguenay du bourbier ? Siégeant sur la Commission des finances, il a pourtant eu des mois pour influencer les décisions et pour faire valoir ses positions. Or, il a jugé plus opportun de sortir un plan de redressement de son chapeau le jour où le budget devait être adopté.

Une action du genre entraîne inévitablement des conséquences. Dans ce cas-ci, il est clair que l’image de Saguenay en a pris pour son rhume. Car, avant de dire non au budget, les indépendants ont dressé un portrait très sombre de l’avenir. Rien de rassurant pour quiconque entretient l’idée de prospérer ici, avouons-le.

Cette autopsie des finances de la ville a duré près de deux heures, au cours desquelles les conseillers indépendants ont, tour à tour, évoqué les maux qui grugent la Ville. Une telle introspection pourrait devenir la source d’une prise de conscience collective. Mais dans l’immédiat, l’étoile de la capitale régionale a pâli, sur cet échiquier où toutes les grandes villes du Québec se démènent afin de séduire les investisseurs et les citoyens potentiels.

Josée Néron a beau prétendre qu’il ne s’agit pas d’un échec pour son administration, cet affront lui fera mal ; très mal. 

Le rapport de forces est établi. Les indépendants ont fait connaître leur volonté – et surtout leur capacité – d’imposer leur emprise sur l’hôtel de ville. Il s’agit d’un dangereux précédent, qui fragilise grandement l’institution que représente la mairie.

Il sera intéressant de voir la réaction de Josée Néron. Doit-elle accueillir le plan de redressement de Kevin Armstrong sans réserve ? Doit-elle rendre les armes et se plier à la force du nombre, malgré le mandat fort que lui a accordé la population ? Peut-elle encore créer des alliances afin de reprendre le contrôle de son conseil ? Toutes ces questions trouveront une réponse très bientôt.

Mais il y en a une qui demeurera en suspens encore plusieurs mois : dans le fond, est-ce vraiment la dette, le problème ? Ou les luttes intestines que se livrent un conseil divisé pour des raisons, somme toute, assez difficiles à comprendre ?

Si ce n’est que pour se positionner en vue des prochaines élections...