La mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Coup de pied

ÉDITORIAL / Ils sont quand même bons, nos politiciens municipaux ! Mais heureusement, nous ne sommes pas tous dupes !

Le dossier du soccerdôme, à Jonquière, devenu centre multisport avec des coûts galopants avec le temps, en est un bel exemple.

Imaginez, mercredi, la Commission des sports et la mairesse ont rencontré les intervenants du soccer afin de faire le point sur le dossier. Si cela n’avait jamais été fait, les citoyens auraient pu crier : « Enfin ! » Mais l’unanimité dans le milieu du soccer régional ainsi que les besoins commencent à être de la vieille histoire.

Dès 2011, les clubs de Saguenay marchaient main dans la main pour sonner la charge, avec un accueil favorable des autorités municipales de Saguenay. Même Jean-Pierre Blackburn, alors député conservateur de Jonquière, a accueilli le projet favorablement.

Neuf ans plus tard, faut-il conclure que le frein au projet, né d’un réel besoin et d’unanimité, est le politique à Saguenay ? Le même politique qui, mercredi, s’est réuni avec le milieu du soccer régional comme si du nouveau pouvait sortir de cette rencontre.

Des milliers de personnes se sont déplacées dans les rues de Paris, jeudi, lors du 36e jour de la grève contre la réforme des retraites. Il s’agissait de la quatrième journée de mobilisation nationale à l’appel de plusieurs syndicats.

En fait, ça relève plutôt de la stratégie, question de faire voir que les élus s’occupent du dossier. C’est aussi une façon de gagner du temps et de démontrer qu’on a le dossier en main.

En réalité, c’est tout le contraire, le dossier du stade de soccer-football, comme il était appelé en 2011, a échappé au présent conseil et la preuve est qu’il s’étire d’une façon ridicule dans le temps. À sa décharge, l’ancienne administration de Jean Tremblay n’a guère fait mieux en échafaudant un projet avec le secteur privé qui ne s’est jamais concrétisé, même si Saguenay était disposée à prendre un engagement sur 20 ans.

En survolant les nombreux textes qui ont été écrits depuis 2011 sur le sujet, il faut boucler sa ceinture tellement il y a des rebondissements. Exemple, en décembre 2015, les clubs de soccer sont inquiets ; en avril 2016, le projet est sur le point de voir le jour ; en mai 2017, les clubs de soccer sont préoccupés; et en septembre 2017, le projet est abandonné.

En janvier 2020, le dossier est relancé sur de nouvelles bases. Quelles nouvelles bases ? D’abord, d’urgence politique. Il faudrait bien que ce conseil fasse aboutir ce projet un jour. Ensuite, des considérations stratégiques. La mairesse, Josée Néron, dont le leadership est contesté, a besoin d’indulgences, notamment de la part des élus indépendants de Jonquière.

Le jeu politique devient carrément du marchandage. Les élus de Jonquière ont besoin de l’appui de leurs collègues des deux autres arrondissements, ceux de Chicoutimi sont inopérants s’ils n’ont pas la faveur d’élus de La Baie et de Jonquière et à La Baie, il n’y aura pas de bibliothèque dans l’église Saint-Édouard sans majorité.

Au-dessus de ces enjeux, plutôt en dessous, à la lumière des événements, il y a l’intérêt des contribuables. Et ceux-ci, s’ils s’en prévalent, ont le dernier mot. Ils devraient être invités à des signatures de registres publics, tenus pour signifier une opposition. La signature du registre public est une des rares « pognes » que les électeurs détiennent en cours de mandat. Ce serait dommage qu’ils s’en servent en sautant dans la joute politique, c’est-à-dire en s’opposant aux projets des autres arrondissements pour de mauvais motifs. Sur ce point, les élus ont un exemple à montrer en gouvernant dans l’intérêt de la majorité.

Il est quand même ironique qu’une majorité d’élus ait rejeté le budget de 2020 en décembre dernier sous prétexte qu’il y avait une « crise des finances » à Saguenay et, quelques semaines plus tard, qu’ils soient à pied d’œuvre pour activer des projets. En dénonçant le budget, ils souhaitaient une hausse de taxes plus élevée que celle proposée par la mairesse.

Ceux qui ont crié au loup se rendent bien compte que Saguenay a besoin de se donner des équipements qui correspondent aux impératifs de développement et que le remboursement de la dette ne peut être que la seule voie à suivre dans une administration municipale.