Le 1er ministre du Québec, François Legault et la mairesse de Saguenay, Josée Néron.

Convaincre Legault

ÉDITORIAL / Se peut-il que le principal joueur à convaincre dans le dossier d’un centre multifonctionnel, avec un amphithéâtre pour le hockey, au coeur de Chicoutimi, soit le premier ministre François Legault ?

Plus d’une semaine après les conclusions d’une analyse sur l’avenir de l’ancienne zone ferroviaire du centre-ville de Chicoutimi, un terrain désaffecté depuis un demi-siècle, il faut bien se rendre à l’idée que la clé de la réalisation est entre les mains du gouvernement caquiste.

Bien sûr, l’arrondissement de Chicoutimi, qui doit maintenant plancher sur les projets et en dégager un ou un mélange des trois, comme il est toujours possible, est l’interlocuteur incontournable. Cependant, le grand défi du projet du centre multifonctionnel, s’il émerge, demeure le financement.

Avec une facture de 90 millions $, ça va prendre de bons arguments et de bons vendeurs pour convaincre le gouvernement et la population de délier les cordons de la bourse. La vente s’annonce difficile, d’autant plus que l’époque ne sied pas très bien à la nuance et aux longues explications, ce qui favorise les phrases que plusieurs entendent, telles ce sera « un éléphant blanc », « ce sera difficile d’y accéder et d’y sortir », « c’est juste pour du hockey », etc.

Revenons aux réactions du premier ministre Legault et de la ministre et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest ; elles sont tout simplement d’usage, sans plus. « Consensus », « si la population le veut »,« si ça respecte certains critères ». Voilà, en gros, ce que répond le gouvernement depuis les élections d’octobre 2018 lorsqu’il est interrogé sur le sujet.

Évidemment, ça détonne de l’engagement de l’ancien premier ministre Philippe Couillard, qui a mis tout son poids pour convaincre la mairesse Josée Néron de mettre de l’avant un projet. Et dans la foulée de la fermeture du centre Georges-Vézina (CGV), l’hiver dernier, la vente était plus facile à faire.

Par la suite, un rapport a statué que le CGV tiendra debout encore longtemps. Toutefois, il a besoin d’être rénové, et même l’ancienne administration (de Jean Tremblay) avait évoqué, à l’époque, une somme approximative de 25 millions $ pour le mettre à jour.

Pour les mêmes raisons mises de l’avant par cette administration, le CGV a résolument besoin d’amour et n’est plus digne d’un amphithéâtre des années 2020. Mais, il faut bien l’admettre, cela laisse bien indifférente une grande partie de la population, plutôt froide quand vient le temps d’investir dans des équipements culturels et sportifs.

Outre l’enjeu d’un nouvel amphithéâtre, il y a la question : que veut-on faire du centre-ville du principal arrondissement de Saguenay, qui a, à proximité, un grand hôpital, une université, des écoles et une offre de sorties améliorée ? Il y a des élus qui devront répondre à cette question.

La réflexion du comité doit d’abord être une affaire de vision et d’audace. Il serait pertinent que les conseillers de l’arrondissement se rendent à Trois-Rivières pour réaliser comment un projet, rejeté par une majorité à ses débuts, a transformé le centre-ville. Un terrain vacant, vestige d’une ère industrielle révolue, est devenu tout un moteur de développement, où s’est implanté l’Amphithéâtre Cogeco.

Et il y a aussi l’actualité qui préside à l’importance de bouger, de se remuer et de s’activer. Les dernières prévisions économiques et démographiques annoncent une stagnation au Saguenay–Lac-Saint-Jean, même si trois grands projets industriels apportent de l’espoir.

Peu importe les conclusions de l’arrondissement de Chicoutimi, ne rien faire constituerait un signal décourageant pour une ville qui veut se rajeunir, devenir une ville universitaire ou étudiante, attirer de nouvelles entreprises et de nouveaux citoyens.

Parce que, franchement, le camping pour les véhicules récréatifs en plein cœur d’une ville, avec une rivière et un parc au nord, un accès au musée régional à l’ouest, vers un sentier extraordinaire à l’est (parc de la Rivière-du-Moulin) et des commerces qui se renouvellent au sud, c’est bien beau pour certains, mais moins attrayant pour ceux qui observent la vidange de VR pendant qu’ils cassent la croûte sur une terrasse !