Et si la question de l’urne était : qu’est-ce que ça va changer ?

Convaincant ? Pas tellement

ÉDITORIAL / Jeudi soir, les quatre aspirants au poste de premier ministre du Québec ont davantage parlé de l’Ontario que des régions et de leur développement. C’est dire à quel point le sort de ces territoires est loin dans la liste des priorités.

Médecins ontariens, écoles ontariennes, économie des autres provinces… Encore chanceux qu’aucun chef n’ait proposé la bière à 1 $ pour rivaliser avec Doug Ford !

Certes, les grands enjeux de la société québécoise ont été abordés et, avouons-le, la formule choisie favorisait les échanges musclés.

Mais analysé d’un œil régionaliste, ce débat avait bien peu de réponses à offrir. Pas une fois a-t-on prononcé les mots forêt, aluminium, organisme de concertation, crédits d’impôt, décentralisation. Saguenay ? Seul François Legault l’a prononcé… pour excuser son absence lors du point de presse sur la gestion de l’offre, le 31 août, dans les bureaux de l’Union des producteurs agricoles à Longueuil.

Pourtant, les ressources naturelles ne sont-elles pas indissociables de l’avenir du Québec ? Le Plan Nord, ce qu’il est devenu, aucun des chefs ne juge nécessaire d’en parler ?

Oui, il y a des hôpitaux dont les urgences débordent et des écoles désuètes au Saguenay-Lac-Saint-Jean comme partout ailleurs. Oui, il y a des problèmes de main-d’œuvre également et l’immigration est un sujet de premier ordre en ce moment.

Mais au-delà de ces thèmes incontournables, des défis collectifs et des grandes orientations politiques, qui s’est soucié de rappeler que le Québec ne se limite pas aux grandes agglomérations urbaines ? Qui a évoqué l’importance de soutenir les collèges et les universités en régions, la recherche et l’occupation du territoire ? Personne.

Même les boutades de candidats, en cours de campagne, ont suscité plus d’attention que le développement régional.

Il a fallu attendre plus de 80 minutes avant qu’une région « éloignée » fasse l’objet d’un échange, et ce fut pour les mauvaises raisons : le projet éolien Apuiat sur la Côte-Nord, un investissement possiblement injustifiable d’un point de vue strictement économique, il faudra voir, mais qui crée un lien entre l’État québécois, les Premières nations et les communautés locales. Ça aussi, c’est de la création de richesses.

Ce débat est une autre preuve que les élections générales ne se gagnent pas localement, mais à travers les campagnes nationales.

Pourtant, les électeurs auraient tant à gagner si on leur parlait pour vrai. Super cliniques, super infirmières, CLSC, salaires des spécialistes, etc., c’est ça la solution aux problèmes dans les Centres d’hébergement en soins de longue durée ? Peut-être bien, mais encore faut-il que tous soient en mesure d’apprécier ces termes et de les coller à leur réalité.

Quant à l’émotion, celle qui transcende du discours politique et qui inspire les masses, elle est tout simplement devenue inexistante au Québec.

Alors, en fin de compte, convaincant ce débat pour les régions ? La réponse, c’est Raymonde Chagnon de Mirabel qui l’a offerte en lever de rideau : « Pas tellement ! »