Concentrons-nous sur les retombées

ÉDITORIAL / Depuis des mois, le projet de GNL Québec occupe beaucoup d’espace sur la place publique. Un débat environnemental fait rage et polarise la population. Les actions citoyennes se multiplient pour freiner le promoteur dans sa démarche, ici comme à l’extérieur de la région. Il y a aussi ceux et celles qui défendent le projet au nom de l’économie et du développement. Or, dans toute cette cacophonie, est-il possible que nous passions à côté de l’essentiel ? Est-il possible que nous regardions avancer le train sans nous soucier de la marchandise qu’il transporte ? Parce que le véritable enjeu réside dans les retombées qui découleront du projet, si celui-ci se concrétise.

Le passé nous a démontré qu’avec les grands industriels, les belles paroles ne suffisent pas. Plancher d’emplois, garantie de redevances évolutives en fonction du volume de production, engagements auprès de nos institutions académiques, participation à des fonds de capitaux de risque, taxation municipale et cibles de retombées économiques pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean pendant les travaux de construction ne sont que quelques-uns des éléments qui doivent faire l’objet de tractations avant que le premier coup de pelle soit effectué. Le partage de la valeur, une philosophie de plus en plus présente dans le monde des affaires, doit être négocié afin que tous y trouvent leur compte pour les décennies à venir, et non seulement lors de l’aménagement des installations.

Nous ne devons pas nous laisser distraire par les affrontements actuels et attendre que la compagnie ait obtenu toutes les autorisations requises pour exiger notre juste part du gâteau. Il appartient à nos instances de déployer tous les efforts nécessaires pour élaborer un pacte gagnant pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le problème est qu’en ce moment, nous en savons très peu sur les retombées potentielles du projet. Nous ne savons même pas avec certitude si le siège social de GNL Québec sera installé à Saguenay, même si cela semble une formalité, ou à quel montant s’élèvera le compte de taxes annuelles de l’usine de Grande-Anse.

Alors, comment on s’y prend pour éviter d’échanger nos fourrures contre des fragments de miroirs ?

La réalisation du projet Péribonka d’Hydro-Québec, qui s’est déroulé de 2004 à 2008, est un très bel exemple de partenariat entre un investisseur et sa communauté d’accueil. À l’époque, le Comité de maximisation des retombées économiques régionales (CMAX) a élaboré, avec la société d’État, une stratégie ayant pour objectif de permettre aux travailleurs et aux entreprises locales de capitaliser sur ce chantier de 1,2 milliard de dollars. Certes, un projet de cette ampleur nécessitait l’expertise et l’équipement de firmes étrangères, hautement spécialisées, mais à terme, c’est plus d’un demi-milliard de dollars de retombées économiques qui ont atterri ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Certaines de nos entreprises ont également acquis des connaissances qui, encore aujourd’hui, leur permettent de s’illustrer parmi les meilleures de leur créneau respectif.

Il va de soi que si le projet d’usine de liquéfaction du gaz naturel va de l’avant, GNL Québec fera tout en son pouvoir afin de maximiser son empreinte économique dans la région et au Québec. D’ailleurs, en décembre dernier, la société a signé une entente de collaboration avec le CMAX, garantissant qu’elle priorisera les PME du Saguenay-Lac-Saint-Jean afin que celles-ci soient parties prenantes du projet.

C’est sur cette voie que nos institutions publiques doivent pleinement s’investir et non en embauchant des lobbyistes ou en commanditant des démarches dont le seul dessein est d’influencer l’opinion publique.

GNL Québec a déjà suffisamment de relationnistes et de lobbyistes pour faire ce travail.