Complètement déconnecté

ÉDITORIAL / Que faudra-t-il aux péquistes pour comprendre ? Mercredi matin, le Parti québécois a reçu une autre brique sur la tête ; un autre morceau du temple qu’il occupait jadis et qui s’est transformé en ruines avec le temps. Avant l’hécatombe, il y a eu les infiltrations d’eau, les fissures, les murs défraîchis ; l’écho des Lévesque, Parizeau et Bouchard a cessé de résonner depuis fort longtemps, sinon à travers quelques relents de nostalgie.

Mercredi, le PQ a été relégué au rang de troisième opposition à l’Assemblée nationale, poussé hors du podium, au pied des libéraux et des solidaires. Ces mêmes solidaires à qui l’ancien chef péquiste, Jean-François Lisée, a tendu la main à l’approche des dernières élections, et qui ont tourné le dos au PQ faute de trouver un avantage à une telle union des forces. « Regarde-nous aller, mon oncle. On va te montrer comment ça marche maintenant au Québec », ont-ils dit, et ils ont remporté leur pari.

Or, malgré la déconfiture lors du scrutin, malgré le départ fracassant de Catherine Fournier, malgré le fait qu’il ne compte plus que neuf représentants à l’Assemblée nationale, le message demeure le même, presque irréel, sans introspection. « Nous serons la première force de proposition officielle. (…) Nous sommes et nous serons toujours la voie pour l’indépendance du Québec », a réagi le leader péquiste, Martin Ouellet. Quoi ? Vraiment ? Comment peut-on être aussi déconnecté de la réalité ? On se croirait à l’église, récitant mécaniquement le symbole de Nicée.

La vérité est que le Parti québécois n’est plus l’option première des souverainistes ; encore moins le porte-étendard de ce mouvement en quête d’inspiration. Il l’a été pendant des décennies, mais son attachement au passé et ses multiples crises à l’interne l’ont consumé.

À deux reprises, les militants ont pourtant eu la chance de rompre avec leur image de vieux parti, en donnant les clés de leur destin à Alexandre Cloutier. Ils ont choisi leur moment Péladeau, une catastrophe ; puis ils ont choisi leur moment Lisée, le dernier clou dans le cercueil. Alexandre Cloutier aurait-il empêché la chute du PQ ? Nul ne le saura jamais. Il a plié bagage et, à moins d’un revirement aussi inattendu qu’improbable, il ne reviendra plus dans le giron de ce parti. Il est cependant permis de croire qu’il aurait insufflé un vent de modernité au sein des troupes péquistes. Et surtout, sans doute, il aurait été réélu dans Lac-Saint-Jean et siégerait parmi les quelques autres survivants. Mais bon, tel que le veut le proverbe : « Avec des si, on mettrait Paris en bouteille. »

C’est donc à partir de ce qu’il reste que le PQ doit non seulement se rebâtir, mais se réinventer entièrement. Ne plus tenter de faire du neuf avec du vieux. Ne plus verser dans la petite politique, comme lorsqu’il a empêché le premier ministre François Legault de prononcer ses vœux de Noël à la nation parce que ce dernier ne pouvait assister à la dernière journée de la session parlementaire. Le PQ — ou ce qu'il en reste — doit faire une introspection et parler aux gens avec l’humilité propre à un parti de troisième opposition. Il doit avant tout comprendre pourquoi Québec solidaire l’a supplanté comme première option des souverainistes. Il doit faire plein de choses, mais surtout, il ne doit pas se conforter derrière un discours aussi invraisemblable que celui prononcé par Martin Ouellet, mercredi.

Personne n’est assez dupe pour croire que le PQ est toujours « la première force de proposition officielle ». Personne n’est assez dupe pour croire que Catherine Fournier, aussi flamboyante soit-elle, est la seule responsable de l’agonie du parti, comme le laisse entendre la députée de Duplessis, Lorraine Richard. Et bientôt, si ce n’est déjà le cas, plus personne ne sera assez dupe pour croire en ce parti, qui refuse de distinguer la dure réalité qu’est son déclin.