PHOTO: LE DROIT

Chapeau, madame Simard

ÉDITORIAL / Une semaine après s’être prononcée contre les compressions de son gouvernement dans les services francophones, la députée franco-ontarienne Amanda Simard a franchi jeudi le seuil qui était devenu inévitable. En claquant la porte de son parti, elle a posé un geste courageux, inspirant et symboliquement très fort.

La jeune parlementaire a fait part de sa décision par le biais d’une lettre envoyée au président de l’Assemblée législative de l’Ontario. Tout cela survient au lendemain du discours émotif qu’elle a livré à Queen’s Park pour exprimer une fois de plus sa désapprobation face à la décision du gouvernement de Doug Ford d’abolir le poste de Commissaire aux services français et de retirer le financement destiné à l’université francophone de l’Ontario

Députée de Glengarry–Prescott–Russell, dans l’Est ontarien, Amanda Simard était la seule députée franco-ontarienne au sein du caucus conservateur de l’Ontario. L’actualité des deux dernières semaines donne l’impression, d’une part, qu’elle était devenue une nuisance pour son chef et pour son parti et, d’autre part, qu’elle était isolée dans ses positions. Personne chez les conservateurs ne semblait sensible à ce qu’elle exprimait. Pas même la ministre Caroline Mulroney, pourtant responsable du dossier des affaires francophones en Ontario.

Même si le geste qu’elle a posé jeudi est fort, on a davantage l’impression que c’est son propre parti qui a largué la jeune parlementaire, bien avant que celle-ci décide de siéger comme indépendante.

Dans le débat sur la motion concernant les services en français, le parti progressiste-conservateur de l’Ontario, qui forme le gouvernement, n’avait pas jugé bon d’inscrire le nom de Mme Simard sur la liste des intervenants en chambre. Elle était pourtant devenue la voix des Franco-Ontariens depuis qu’elle a dénoncé les décisions récentes du gouvernement Ford. C’est d’une bassesse!

Le départ d’Amanda Simard du caucus conservateur peut être perçu de deux façons par ses commettants. Certains estimeront que le fait de se retrouver indépendante lui enlève considérablement de pouvoir de faire évoluer les positions de son ancien parti. D’autres – et ils semblent nombreux – saluent ce geste qui inspire le respect et qui témoigne de l’importance des convictions de la députée.

Le problème, c’est que ce départ n’ébranlera en rien Doug Ford et son gouvernement. L’homme est un rustre sans véritable estime pour la communauté franco-ontarienne, contrairement à ce qu’il tente de faire croire dans ses déclarations perfides. Il devait pertinemment se douter que sa fronde envers les Franco-Ontariens allait avoir, comme dommage collatéral, la perte d’une députée.

À court terme, la situation ne semble pas ennuyer le premier ministre. Mais on n’a certainement pas fini d’entendre parler de cette histoire et du combat que se prépare à mener la communauté franco-ontarienne. Et celle-ci est pugnace. Ce n’est pas un hasard si, vingt et un ans plus tard, on parle encore de la bataille qui a mené à la sauvegarde de l’hôpital Montfort.

Si la défection d’Amanda Simard ne semble pas ébranler Doug Ford, on pourrait espérer qu’elle puisse provoquer un examen de conscience au sein du parti conservateur, particulièrement chez la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney. Elle semble beaucoup plus disposée à comprendre les enjeux liés à la présence d’une communauté linguistique minoritaire mais qui compte tout de même plus de 600 000 membres en Ontario.

Souhaitons aussi que cette situation soulève des interrogations chez les membres du caucus conservateur issus des communautés culturelles, suffisamment en tout cas pour que la question soit éventuellement ramenée au caucus.

Les gestes posés par Doug Ford vont au-delà des considérations purement économiques. Et Amanda Simard a compris qu’ils constituaient une attaque directe contre sa communauté.

Chapeau, madame!