Pour le grand patron de Résolu, Richard Garneau et le maire Gille Potvin, c'était jour de fête, hier.

Changement de culture

Le rêve d'un seul homme! Le maire de Saint-Félicien aura finalement remporté son pari; Résolu et ses partenaires ont confirmé hier un investissement de 100 millions $ dans la production de légumes. À terme, la démarche engendrera 400 emplois. Modeste et reconnaissant envers son milieu, il a conjugué ce succès au pluriel. «C'est notre fête», a-t-il clamé avec un sourire de satisfaction.
La nouvelle est extraordinaire pour le Haut du Lac et pour toute la région. Elle prouve d'abord que les élus avec des idées nouvelles peuvent faire la différence dans leur milieu. Le maire Potvin, ancien directeur-général de la ville, porte ce dossier à bout de bras depuis 2005. Les premières fois qu'il a évoqué le projet d'un écoparc et d'un parc agro-thermique, il passait plutôt pour un rêveur, mais il faut croire qu'il en avait saisi la faisabilité et le potentiel.
Un atout
Ensuite, le projet capitalise sur des rejets thermiques qui serviront à chauffer les serres pour produire quelques variétés de légumes. C'est connu, le nerf de la guerre des producteurs sous serre au Québec est l'énergie. C'était justement là l'idée du maire Potvin : recycler de l'énergie perdue pour diversifier une économie. Saint-Félicien et les environs ont été durement touchés par la décroissance de l'industrie forestière. Des milliers d'emplois ont disparu rendant précaire l'économie du secteur. En raison de l'explosion des coûts des énergies traditionnelles, les producteurs ont identifié les rejets thermiques industriels comme bouée de sauvetage. C'est donc dire que la région dispose d'un atout qui peut répondre aux besoins de l'industrie.
Ce projet apporte aussi à la région une nouvelle dimension qui deviendra, selon plusieurs spécialistes du monde entier, l'enjeu des prochaines décennies. La planète pourra-t-elle encore longtemps se nourrir, se demandent ces experts, compte tenu de la pression mise sur l'agriculture, la déforestation et la croissance de la population mondiale. Sans compter que les consommateurs expriment une inquiétude de plus en plus manifeste quant à la qualité et la provenance des produits. L'engouement pour une bonne santé par une meilleure alimentation gagne de plus en plus de gens.
Ces serres ne constituent pas la réponse à tous les défis alimentaires, mais il est plutôt rassurant de savoir que les régionaux et le Québec pourront consommer des légumes cultivés chez nous à grande échelle, à l'année longue. La faisabilité avait été démontrée par les Serres Sagami, sises sur le Chemin de la Réserve à Chicoutimi, qui produisent depuis longtemps une tomate biologique à partir de la biomasse.
L'autre coup de force de Gilles Potvin est d'avoir convaincu Produits forestiers Résolu d'embarquer dans cette aventure, eux qui possèdent l'énergie et les terrains. Certes que Résolu y trouve son change, mais il s'agit aussi d'une diversification dont la région profitera beaucoup. Le signal revêt un caractère singulier, d'autant plus que la forestière a en fait vivre de toutes les couleurs à la région et à ses travailleurs au cours des dernières années.
Hypothéquée par un marché mondial en décroissance, Résolu a atteint le fond du baril pour se reconstruire lentement, dans la douleur, certes, mais avec de meilleures perspectives d'avenir. La manchette du Quotidien d'hier se veut aussi une nouvelle encourageante pour l'avenir : Résolu aura besoin de 1200 travailleurs à moyen terme dans la région.
Visage régional
La participation de partenaires financiers de la région ajoute au projet. Bertrand Fradet et sa fille, Caroline, ainsi qu'Éric Dubé, donnent un visage local à l'investissement, sans oublier que Richard Garneau, originaire de Saint-Prime, joue le rôle d'un acteur de premier plan. La présence de locaux permet de conserver une emprise sur l'investissement, de bien connaître les interlocuteurs et de faciliter le sentiment d'appartenance. Une situation qui prend de l'importance en regard des inquiétudes soulevées par l'acquisition de terres régionales par des investisseurs québécois, tel Pangéa.
Il fera du bien d'entendre, dans le discours régional, que des agronomes, techniciens en agriculture et ouvriers agricoles peuvent faire une carrière ici même, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce sont eux qui vivront la différence après tout!