Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Marc St-Hilaire

C’est l’heure de gouverner

ÉDITORIAL / S’il y avait des élections à Saguenay au cours des prochains jours, il y a fort à parier que nous assisterions à une véritable purge. Heureusement pour les élus actuels, le prochain scrutin général est prévu pour octobre 2021, ce qui leur laisse plus d’une année pour s’élever à la hauteur de leur fonction et des attentes de la population. Avec le coup de Jarnac que leur a asséné la ministre Andrée Laforest cette semaine, titulaire des Affaires municipales, il semble bien que tous aient compris que la récréation est terminée et qu’il est plus que temps de s’unir autour de causes communes plutôt que de se déchirer sans cesse sur la place publique.

La voix de la raison a d’ailleurs commencé à se faire entendre par la bouche du conseiller Raynald Simard, de l’arrondissement de La Baie, alors qu’il a reconnu avoir erré en rejetant le budget 2020, le 18 décembre dernier. À la faveur d’une entrevue accordée à notre journaliste Mélanie Côté, M. Simard dit avoir tiré des leçons de cet affront auquel il a participé, conjointement avec l’ensemble des élus indépendants de la Ville.

Avec quelques semaines de recul, il n’existe aucune justification sensée à ce désaveu politique, qui visait essentiellement la mairesse Josée Néron. Si au moins cet épisode avait mené à des modifications majeures du budget amendé, puis adopté quelques jours plus tard, il serait possible aujourd’hui d’évaluer la pertinence de la démarche. Or, lorsque le seul véritable gain des indépendants se résume en une taxe d’eau bonifiée de 10 $ par porte, comment ne pas se dire : « Tout ça pour ça ? » Certes, le conseiller Kevin Armstrong a réussi à faire valoir l’importance d’un plan de redressement, mais devait-on nécessairement emprunter cette voie pour y parvenir ?

Il y a lieu de sourire lorsque le conseiller Carl Dufour, qui hésite rarement à défier la mairesse Néron lorsqu’une occasion se présente, lance aujourd’hui un vibrant appel à l’unité. « Se diviser sur la place publique, c’est comme prendre les citoyens en otage », dit-il avec philosophie. Les résolutions du Nouvel An, faut croire.

Quoi qu’il en soit, il semble y avoir un vent de changement à l’hôtel de ville depuis jeudi et c’est ce qui importe. Il faut parfois atteindre le fond du baril pour choisir de se relever.

Mais les paroles et les bonnes intentions ne suffiront pas. Il faudra que le conseil de ville performe avec des résultats quantifiables et des réalisations tangibles. Il lui faudra emprunter une stratégie concertée et y adhérer sans réserve. Il faudra que chaque élu comprenne que l’ennemi ne se trouve ni à sa gauche ni à sa droite, à la table du conseil, mais bien dans l’une et l’autre des autres régions du Québec ainsi que dans les grands centres urbains. Et s’il n’existe qu’un rival sur lequel il faille s’imposer, il se trouve parmi eux. Parce que Saguenay demeure la locomotive de toute notre région et ses triomphes rayonnent au-delà de ses frontières municipales. Saguenay a un rôle capital et ce n’est certainement pas en faisant du surplace, comme c’est le cas depuis bien trop longtemps, qu’elle réussira à s’acquitter de cette immense responsabilité.

La population de Saguenay vous a fait confiance, messieurs et mesdames du conseil. Les gens vous ont donné le mandat de gouverner dans le meilleur de vos connaissances, dans un esprit de collégialité et d’imputabilité. Or, quiconque gouverne doit nécessairement faire passer les intérêts de son organisation avant les siens ; faire preuve de bonne foi et de diligence. Bien sûr, la politique étant ce qu’elle est, il y aura toujours des débats et des joutes d’idées, mais les différends ne doivent plus mener à un chaos tel que celui qui a marqué les derniers mois à Saguenay.

Donc, messieurs et mesdames du conseil, gouvernez !