C’est aussi ça, le G7

ÉDITORIAL / Depuis des mois, il est presque toujours question du G7 en ces termes : sécurité, manifestations et dépenses de fonds publics. À quelques heures du début du sommet, ces thèmes prennent toujours une place importante dans l’actualité nationale, et le phénomène devrait s’accentuer encore ce matin avec l’arrivée à la Base de Bagotville du président américain Donald Trump. Il était prévisible que ces considérations en éclipsent d’autres, notamment le rayonnement que procure un tel événement à Charlevoix et ses régions limitrophes, dont celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et pourtant, grâce au G7, le monde entier parle de nous en ce moment, de nos paysages, de nos gens, de nos enjeux.

Jeudi, le Washington Post publiait un article sur le Saguenay-Lac-Saint-Jean et les installations de Rio Tinto ; le New York Times, quant à lui, imprimait dans ses pages un excellent reportage sur La Malbaie, cosigné par le journaliste international Jasmin Lavoie, originaire de Saguenay.

Ce genre de visibilité n’a pas de prix et ne peut être accessible autrement que lors d’un événement aussi exceptionnel que celui-ci.

Il y a aussi l’influence politique que se donne le Canada en tant que pays hôte du G7.

Dans le cadre d’une entrevue exclusive accordée à notre journaliste Mélyssa Gagnon, le premier ministre Justin Trudeau a juré qu’il allait défendre bec et ongle le système de gestion de l’offre et l’industrie de l’aluminium, dans le cadre des négociations entourant l’ALÉNA. Il a également évoqué le Centre d’excellence des drones d’Alma, une organisation qui a impressionné son gouvernement plus tôt cette année. Il a annoncé, à mots à peine couverts, un dénouement positif en ce qui a trait au dossier des brise-glaces et de la Davie. Mais surtout, il a insisté sur le rôle stratégique de la Base militaire de Bagotville au sein des Forces armées canadiennes.

D’ailleurs, Justin Trudeau a promis de rappeler au président Trump que cette base a été construite lors de la Deuxième Guerre mondiale afin de protéger les infrastructures de production d’aluminium du Saguenay-Lac-Saint-Jean, lesquelles fournissaient du métal primaire destiné à l’équipement militaire américain. Contrairement à l’incendie de la Maison-Blanche de 1812, que Donald Trump a faussement attribué au Canada plus tôt cette semaine, cette référence historique a le mérite d’être authentique, et non moins pertinente dans les circonstances actuelles. Il serait étonnant que cet argument soit suffisant pour raisonner le président américain, mais si cela le fait réfléchir quant aux liens commerciaux qui unissent nos deux pays depuis toujours, ce sera au moins ça de gagné.

La force du nombre
Il est facile de critiquer, de s’insurger, d’installer des banderoles invitant les leaders politiques de la planète à utiliser Skype plutôt que de se réunir ici, mais il faut être étroit d’esprit pour prétendre que ce sommet n’aura aucune retombée positive sur le Québec et le Canada. Déjà, Justin Trudeau et son homologue français Emmanuel Macron ont dénoncé en chœur les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump. Le président Macron a même indiqué que son pays, comme le Japon, ne serait pas prêt à tout compromis afin d’obtenir la signature de Donald Trump au bas d’un communiqué conjoint, à la fin du G7.

De telles alliances permettent au Canada de parler d’une voix plus forte, et le confortent dans sa décision de répliquer en imposant, lui aussi, des tarifs frontaliers sur certains produits provenant des États-Unis. C’est la force du nombre.

Reste à voir maintenant comment se déroulera le G7, à l’intérieur de la Zone verte, là où les discussions de corridors et les rencontres formelles définissent les grandes orientations du monde moderne.

Car au-delà des manifestations qui seront diffusées en continu, sur toutes les plateformes médiatiques et sur les réseaux sociaux, c’est aussi ça le G7. Ou le G6 + 1, c’est selon.