Marc St-Hilaire

Ces histoires que nous raconterons

ÉDITORIAL / L’actuelle pandémie nous fait voir le monde sous un autre angle. L’abondance de sujets qui surgissent dans les médias permet à chacun de nous de faire le tri et de dessiner sa propre crise de la COVID-19. Et vous, que retiendrez-vous de ce chapitre de notre histoire ?

Faisons abstraction du confinement, des emplois en suspens, des pertes de vies humaines et des difficultés anticipées sur le plan économique, puis concentrons-nous pendant quelques lignes sur les histoires positives qui ont émergé jusqu’ici ; celles qui nourrissent l’espoir et qui redonnent foi en notre monde.

Cette édition du Progrès regorge de récits inspirants et de réflexions qu’en temps normal nous occultons, noyés dans notre routine.

Par exemple, lorsque le président régional de l’Union des producteurs agricoles, Mario Théberge, s’enthousiasme de l’ouverture du gouvernement en matière de souveraineté alimentaire, qu’il évoque notre garde-manger collectif et le développement du territoire « pour nous et les générations futures », n’est-ce pas là un leitmotiv que nous devrions adopter ?

Il y a aussi ces entreprises locales qui se fendent en quatre pour survivre, certes, mais également pour assurer notre confort. Elles n’offrent ni soins de santé ni protection, mais elles sont elles aussi d’une importance capitale dans cette traversée du désert collective. Un caisson de bières régionales livré chez nous, du chocolat pour se sucrer le bec à Pâques et des sauces piquantes pour contrebalancer tout ça, n’est-ce pas là un baume pour une population privée de ses habitudes et consignée à domicile ?

Oui, il y a de petites et de grandes histoires qui se dessinent en ce moment sous nos yeux. Elles ne sont pas toutes écrites dans le journal ou entendues ailleurs dans les autres médias. Elles ne sont même pas toutes sur Facebook. Il y en a une tonne juste là, sous notre nez.

Voyez : il y a ce type qui me confiait, en privé, être tombé fou amoureux malgré le confinement obligatoire. Sa captivité, il l’occupe à compter les jours qui le séparent de sa bien-aimée virtuelle. Ils parlent de projets de vie, de voyages et de musique. Imaginez les anecdotes qu’ils auront à raconter une fois ce chapitre terminé…

D’ailleurs, dans la même veine, je méditais l’autre soir sur la surconsommation d’Internet en cette période atypique et sur l’isolement forcé. Sans doute cette combinaison a-t-elle provoqué une recrudescence des abonnements aux sites de rencontres, vous ne pensez pas ? Les statistiques seront fort intéressantes à analyser dans quelques mois !

Il y a aussi tous ces enfants qui ne comprennent pas encore ce qui se passe, mais qui se souviendront toute leur vie avoir usé toutes les couleurs de la boîte à crayons pour illustrer des arcs-en-ciel dans la fenêtre de leur foyer.

Et il y a tous ces clips vidéo qui mettent en vedette le grand manitou de la Santé publique, Horacio Arruda. Y a-t-il une personne sur cette planète qui procure une telle envie d’aplanir la courbe ?

Et le premier ministre François Legault, qui s’est imposé tel un homme d’État capable de s’adresser aussi bien aux aînés qu’aux enfants ? Ça nous manquait, le dialogue entre le politique et le vrai peuple, vous ne trouvez pas ? Ça change du cynisme et des joutes partisanes stériles et tellement orchestrées…

Même le phénomène « Flashe tes lumières » est ressuscité d’entre les morts en plein carême !

Le monde à l’envers ? Oui, c’est ce qu’on vit.

Il y en a des histoires qui resteront gravées dans la mémoire collective, et il y en a tout autant que chacun d’entre nous s’appropriera jalousement. Néanmoins, quelle que soit leur nature, ces souvenirs seront tous unis par un seul et même fil conducteur qui se résume en trois petits mots : j’y étais.