Ce journal qui est le nôtre

ÉDITORIAL / «Je coopère pour Le Quotidien», c’est le thème de la campagne de contribution volontaire qui a pris naissance mardi et qui se traduit telle la pierre d’assise d’un projet sans précédent en Amérique du Nord.

À compter de maintenant, la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean est conviée à s’approprier son journal local et à en assurer la pérennité. Pas pour sauver les emplois de quelques journalistes ni pour aider une entreprise qui traverse la pire crise de son histoire, mais bien pour assurer le maintien d’un droit fondamental : celui de l’accès, pour tous, à une information indépendante, vérifiée et rapportée selon des règles d’éthique définies et d’imputabilité journalistique.

Il faut se réjouir de voir une telle démarche prendre forme et être soutenue par des ambassadeurs crédibles de chez nous, issus de toutes les sphères de notre société ; se réjouir d’entendre un message aussi fort porté d’une seule et même voix par l’athlète Pierre Lavoie, le directeur du Cégep de Jonquière Raynald Thibeault, le président de Nutrinor, Dominic Perron, le directeur général de Proco, Jean-Denis Toupin, son homologue du Patro de Jonquière, Yannick Gagnon, la femme d’affaires, Émilie Gauthier, et la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard. Tous ont embrassé la cause en insistant sur le modèle proposé et sur l’importance, pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, de prendre en main sa propre destinée.

Bien qu’ambitieux, ce projet de coopérative représente sans doute l’une des solutions les plus susceptibles de préserver intégralement la mission première du journal : l’information.

Ce journal serait le nôtre, composé essentiellement de nouvelles qui racontent notre histoire ; celui d’une région qui a compris le rôle capital d’un tel média dans le débat public, avec ses chroniqueurs de toutes confessions et un espace destiné à l’interaction avec les lecteurs. Il demeurerait le reflet objectif de notre Royaume et continuerait de défendre des positions éditoriales claires et argumentées, destinées à enrichir la réflexion plutôt qu’attiser la controverse. Mais surtout, il continuerait de donner une voix à ceux qui, sans le journal, n’auraient aucune autre tribune pour s’exprimer, dénoncer l’inacceptable ou faire reconnaître leurs exploits.

Le proverbe dit qu’on ne se rend compte de l’importance des choses qu’après les avoir perdues. La situation critique du Groupe Capitales Médias, dont font partie Le Quotidien et Le Progrès, a cependant engendré une prise de conscience collective manifeste, comme le démontre l’implication des ambassadeurs de cette campagne. Et bien qu’il soit minuit moins une, il n’est pas trop tard pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean conserve son seul quotidien.

Les 16 prochains jours seront cruciaux pour le projet de coopérative articulé par les employés. D’ici le 27 octobre, l’effort combiné des ambassadeurs, des institutions, des coopératives, de la communauté d’affaires, des syndicats, des travailleurs et de la population, devront permettre d’amasser entre 800 000 et 1 million de dollars dans la région, une somme essentielle pour l’acquisition des actifs de l’entreprise. Chacune des six régions dans lesquelles le Groupe Capitales Médias est implanté fera de même, avec l’objectif ultime de créer un réseau de coopératives qui, ensemble, continueront de partager leur passion avec la variable la plus importante de toute équation : vous, les lecteurs.

Naturellement, l’acquisition des journaux Le Quotidien et Le Progrès n’est que la première d’une longue série de défis qui nous attendent au cours des prochaines années. Les enjeux relatifs aux revenus publicitaires et au lectorat demeureront bien présents et l’implantation d’un nouveau modèle de gouvernance ne se fera pas en claquant des doigts. Mais s’il est un endroit au Québec où la solidarité et l’appartenance peuvent mener un tel récit à terme, c’est bien ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ensemble, prouvons-le une fois de plus.