L'usine d'Arvida appartient aujourd'hui à la multinationale Rio Tinto.

Capitale mondiale de l’aluminium

La reconnaissance d’Arvida comme site patrimonial, au même titre que le Vieux-Québec, le Vieux-Montréal et Percé, est non seulement la concrétisation d’un rêve pour les bénévoles qui ont milité de longues années afin de mettre en valeur le caractère historique de cette ancienne ville de compagnie, mais également un rappel de l’importance de ce joyau, témoignage bâti d’une industrie qui demeure le poumon économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Dans la foulée de cette consécration, n’y a-t-il pas lieu de tendre la main à Rio Tinto afin qu’elle emboîte le pas du gouvernement et qu’elle contribue à faire d’Arvida la capitale mondiale de l’aluminium, une idée lancée en novembre 2010 par le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA) ?

Comme le soulignait dimanche Lucie K. Morrisset, professeure titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain de l’UQAM, c’est à travers cette ville de compagnie que le Québec est entré dans la modernité au début des années 1900.

L’industrie de l’aluminium fait partie intégrante d’Arvida, de son ADN, de son histoire. Cette ville qui a été construite en quelque 135 jours, en 1926, a traversé toutes les époques et a assisté à l’évolution des technologies d’électrolyse. Encore aujourd’hui, l’usine de Rio Tinto s’inscrit telle une référence mondiale de modernité avec le développement des cuves de génération AP6x.

Mais Arvida est beaucoup plus qu’un site patrimonial. Elle a été dessinée par les meilleurs architectes de l’époque ; elle a accueilli les plus prestigieux spécialistes de l’industrie à l’échelle planétaire ; elle est l’une des seules villes québécoises à avoir été construite en fonction d’un véritable plan d’urbanisme. Elle se démarquait par une vie sociale distincte au Québec, alors que protestants et catholiques cohabitaient le territoire, avec leurs écoles et leurs lieux de culte respectifs. La genèse d’Arvida est marquée par la fusion de travailleurs venus de partout ; par un choc extraordinaire des valeurs et des cultures. Et tout ça est attribuable à l’aluminium.

En France, il existe l’Institut pour l’histoire de l’aluminium (IHA), qui a pour mission de valoriser l’impact social de l’aluminium sur les communautés, à travers 50 000 documents d’archives, des objets d’époque et une foule d’artefacts qui ont marqué la progression de l’industrie dans le temps. L’IHA accompagne par ailleurs des chercheurs des quatre coins de la planète.

Rio Tinto est l’un des principaux mécènes qui appuient l’Institut. Ne pourrait-elle pas s’impliquer ainsi, en collaboration avec les partenaires locaux et gouvernementaux, afin de faire rayonner davantage cette ancienne ville née de l’aluminium ? Car, plus qu’un musée ou un site patrimonial, il faut qu’Arvida devienne un lieu d’étude et de recherche, de mémoire et de fierté collective. Les possibilités sont nombreuses, notamment avec la présence de l’Université du Québec à Chicoutimi, l’appui du conseil de ville de Saguenay et la reconnaissance récemment acquise de la ministre de la Culture et des Communication, Nathalie Roy. Ne manque plus qu’une volonté concrète de Rio Tinto de faire d’Arvida SA capitale mondiale de l’aluminium.

En racontant sa propre histoire et celle des premiers arrivants, la compagnie rendrait hommage à des générations de travailleurs qui ont contribué à son essor, au prix de leur labeur et souvent, de leur santé. Elle honorerait aussi la mémoire d’Arthur Vining Davis, l’ancien président de l’Aluminum Company of America (Alcoa) à qui on attribue la création d’Arvida. Il est d’ailleurs dommage qu’il y ait si peu d’emphase sur le rôle de bâtisseur qu’a joué cet homme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, surtout dans le secteur qui lui doit son nom.

Mais avant tout, si Rio Tinto accepte de s’impliquer à la hauteur de ses moyens, si elle rapatrie des pièces d’archives et des documents historiques près de ses installations saguenéenes, si elle encourage le déploiement d’activités d’éducation et de recherche à Arvida, elle prouvera, comme le gouvernement du Québec l’a fait dimanche, qu’elle estime ce site tel un joyau patrimonial qui ne doit jamais sombrer dans l’oubli.

L’invitation est lancée.