Chantale Cyr

Ça rapporte quoi?

ÉDITORIAL / On peut bien enrober une mauvaise décision des arguments les plus colorés, l’accompagner de chiffres stratégiquement sélectionnés, si elle est indéfendable dans son essence, les artifices n’y changeront rien. Lorsque questionnée par les journalistes sur un séjour en France que s’apprêtaient à effectuer sa directrice générale et trois membres de son organisation, la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay a d’abord émis un communiqué expliquant sa démarche de recrutement à l’international. Puis, trois jours plus tard, les dirigeants scolaires ont compris que peu importe leurs plaidoiries, ce voyage demeurerait injustifiable aux yeux de la population, et ils ont ainsi annulé la présence de la directrice Chantale Cyr.

Cette histoire laisse néanmoins un goût amer, surtout que la commission scolaire fait présentement l’objet d’une enquête ministérielle sur sa gouvernance. Sans la vigilance des médias, nul doute que Mme Cyr serait en train de préparer ses bagages, sans même se questionner sur le bien-fondé de telles excursions outre-mer. Aussi serait-il regrettable que son retranchement scelle définitivement le débat. Il reste trop de questions sans réponses, la première étant pourquoi les commissaires ont-ils approuvé un tel voyage ? 

L’une des principales raisons évoquées est le désir de recruter des étudiants étrangers pour combler les sièges de classes vacants à la formation professionnelle. La direction mentionne qu’au cours des cinq dernières années, elle a développé des partenariats avec différentes institutions d’enseignement en France. Ces ententes auraient permis d’accueillir à Saguenay une cinquantaine d’élèves jusqu’ici, ce qui représente moins d’un demi-pour cent des quelque 10 800 jeunes qui sont sous la juridiction de la commission scolaire. Cinquante inscriptions valent-elles réellement cinq années de travail, les frais de périples à l’étranger et des dizaines, voire des centaines d’heures de rémunération ? Visiblement, personne à la table du conseil des commissaires n’a cru bon poser la question.

Il n’y a rien de mal à tisser des liens à l’étranger et à faire la promotion des formations qui s’offrent ici, bien au contraire. Les élèves de la commission scolaire ont beaucoup à gagner de stages en Europe, en Amérique du Sud ou sur tout autre continent. Qu’une apprentie esthéticienne puisse s’imprégner de ce qui se fait à Paris ou qu’un étudiant en soudure bonifie sa formation en visitant des entreprises spécialisées dans la transformation de l’aluminium, en Espagne, est tout à fait justifiable. Qu’un enseignant organise une activité académique est tout aussi acceptable, d’autant qu’en général, le coût de telles missions est absorbé en grande partie par la vente de barres de chocolat. Ce sont ces eux, nos meilleurs ambassadeurs. 

Un remède au plus vite

Outre ses ambitions de recrutement, la délégation de la CS des Rives-du-Saguenay a également accepté de donner une conférence sur l’implantation du « Pavillon » Au millénaire de La Baie, à peine deux mois après son inauguration. Pour cette présentation, Chantale Cyr devait être accompagnée par l’attaché d’administration Sébastien Renaud (présenté dans le programme de l’événement comme directeur) et par l’agent de développement Dominic Simard (présenté comme agent de développement à l’international). 

En quoi une conférence sur cette réalisation naissante, dans un quelconque séminaire qui en est à sa seconde édition, sera-t-elle une plus-value pour l’organisation ? Ou plus simplement, ça rapporte quoi ? La gestion des fonds publics requiert, entre autres choses, un jugement implacable. Avant de sanctionner cette mission, quel élu a pris la peine de mesurer l’impact potentiel de la démarche et surtout, sa pertinence ?

Souhaitons que par son enquête, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur identifie le mal qui ronge la CS des Rives-du-Saguenay et qu’il impose enfin la cure appropriée.