Budget et forêt: une déception

Du point de vue de l'industrie forestière, le dernier budget fédéral représente une déception. Une forme de rendez-vous de nouveau manqué. D'abord, il y a les chiffres en jeu. Le gouvernement Harper entend ainsi consacrer une somme de 90,4 M$ sur quatre ans pour soutenir les projets d'innovation liés à la filière du bois et du papier. C'est un montant modeste étant donné l'ampleur de la crise dans laquelle est toujours engluée cette industrie et la quantité d'emplois en jeu, au premier chef dans les régions du Québec, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
C'est aussi une somme modeste eu égard des fonds réservés à diverses mesures reliées à l'industrie de l'automobile, qui atteignent le demi-millard $. Les deux enveloppes prévues au budget pour ces deux secteurs d'activités sont, effectivement, pour le moins sans commune mesure.
Message
Puis, au-delà des chiffres, il y a le fond. Le message.
Le ministre Denis Lebel a parfaitement raison lorsqu'il affirme que les accords liant les États-Unis et le Canada en matière de bois d'oeuvre sont contraignants et limitent la marge d'intervention du fédéral en cette matière. Il a aussi raison de rappeler que la forêt est d'abord une compétence provinciale. Cet argument est quand même bien commode dans les circonstances. Quand il le juge justifié, notamment en matière de soutien à l'emploi, le gouvernement fédéral n'hésite pas à se montrer agressif même dans des domaines où sa compétence constitutionnelle est balisée...
Ces arguments posés et soupesés, là où bât blesse, en définitive, c'est qu'Ottawa ait donc décidé de réserver uniquement 90,4 M$ à la forêt dans les limites de ses prérogatives. On aurait pu et on aurait dû hausser cette enveloppe.
Cela aurait parfaitement cadré avec la vision économique préconisée par le gouvernement Harper, laquelle vise la création d'emplois tous azimuts et le développement économique. À l'heure actuelle, ce dont l'industrie forestière a besoin, c'est d'outils, de sommes d'argent, de programmes de soutien lui permettant de briser le cercle vicieux dans laquelle elle est emprisonnée. L'industrie doit innover, développer de nouveaux produits, améliorer ses procédés et ses pratiques, et elle doit le faire dans un contexte où les revenus sont en baisse ou difficiles à prévoir. Dans un contexte où la demande pour la papier chute et où celle pour les matériaux de construction traditionnel fluctue sans cesse.
À cet égard, on aurait apprécié davantage d'argent parce que le gouvernement a les sommes et les marges de manoeuvres nécessaires pour agir concrètement et pour faire une réelle différence. Et aussi parce que pendant que l'industrie forestière se cherche, l'industrie de l'automobile, elle, s'est bien relevée de la crise et a de nouveaux repris un erre d'aller certain. On aurait, la région aurait aimé, une enveloppe forestière à la hauteur de celle accordée à l'automobile. À tout le moins davantage que les 90,4 M$ annoncés mardi.
Peu importe. Il est impératif, que les entreprises forestières, des multinationales comme Produits forestiers Résolu jusqu'aux PME du «Haut» du Lac-Saint-Jean se retroussent maintenant les manches et déposent des projets afin de profiter des sommes réservées à leur intention dans le dernier budget Flaherty. Car, s'il est bien-fondé d'exiger davantage de soutien de la part du fédéral, il convient au moins de tirer profit au maximum des mesures instaurées. C'est une question de crédibilité autant qu'une question d'avenir pour l'ensemble de la filière bois québécoise. Il n'est plus possible aujourd'hui de ne pas investir dans la recherche et dans le développement comme ce fut trop longtemps le cas pour une industrie rompue au papier journal, aux «2X4» et aux «2X6».
Enfin, il convient par ailleurs de souligner la décision du ministre des Finances de reconduire pour deux autres années son appui financier annuel de 500 000$ accordé au Grand Défi Pierre Lavoie. Ce montant permettra à l'événement de continuer à grandir à l'extérieur du Québec, faisant bouger des milliers de nouvelles recrues et les incitant à s'investir autant dans le sport que dans leurs études. Un esprit sain dans un corps sain dit la maxime, et une annonce en pleine période olympique!