Bon pour la région

ÉDITORIAL / Un exercice budgétaire comme celui présenté mardi par le ministre des Finances, Bill Morneau, ne peut être absorbé et digéré en quelques heures. C’est un peu comme un meuble IKEA, qui doit être assemblé afin de prendre tout son sens et, surtout, toute sa valeur. Cela dit, les pièces maîtresses du budget, livrées sur le coup de 16 h, permettent de qualifier l’exercice de prometteur pour les régions comme celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, lesquelles font face à des enjeux tels la production agricole à l’ère du libre-échange, le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’œuvre.

Naturellement, il s’agit d’un budget préélectoral et, comme c’est toujours le cas, ce dernier est ponctué de mesures populaires, susceptibles d’influencer le vote. Cela dit, la réflexion qui s’impose repose sur une sémantique beaucoup plus importante que la prochaine campagne électorale. Et en ce sens, ce qu’il faut surtout analyser, c’est dans quelle mesure le budget Morneau permettra au Saguenay-Lac-Saint-Jean de s’épanouir.

Le premier élément à retenir, à mon avis, est l’allocation à la formation destinée aux travailleurs de 24 à 64 ans. Ce programme, dont l’enveloppe est chiffrée à 1,7 milliard de dollars, sera accessible sous forme de crédit d’impôt de 250 $ par année, jusqu’à concurrence de 5000 $, à tout Canadien souhaitant suivre une formation professionnelle, collégiale ou universitaire. En langage simplifié, cette aide gouvernementale permettra, par exemple, à un ouvrier de se requalifier en fonction des changements technologiques et de l’automatisation, des phénomènes qui bouleversent nos industries. Dans une région manufacturière comme la nôtre, où des centaines de métiers sont vouées à disparaître, une telle mesure ne peut être accueillie qu’à bras ouverts.

L’allocation à la formation permettra également à des personnes plus âgées de relever de nouveaux défis. Combien sont-ils à vouloir travailler encore quelques années, au moment de leur retraite ? Combien de PME souhaiteraient quant à elles miser sur l’expérience et les compétences de ces travailleurs, au terme d’une formation de base ? Cet incitatif, qui est annoncé en pleine pénurie de main-d’œuvre, est d’autant plus pertinent que le budget fédéral prévoit une bonification de l’exemption des gains du Supplément de revenu garanti sur les premiers 15 000 dollars empochés.

Agriculture

Il faudra voir comment s’articulera l’aide aux producteurs laitiers, mais une chose est certaine : en débloquant une somme de 2,15 milliards de dollars pour compenser les pertes attribuables aux différents accords de commerce internationaux, le premier ministre Justin Trudeau évite une levée de boucliers du monde agricole et contribue à maintenir une industrie névralgique au Québec. Ottawa a également prévu une somme de 1,5 milliard de dollars afin de mettre sur pied un programme de garantie de la valeur des quotas, ce que réclamaient vigoureusement les producteurs laitiers.

Accès à la propriété

Enfin, la nouvelle politique fédérale en matière d’accès à la propriété pourrait elle aussi avoir une incidence sur la démographie de la région. Offert aux ménages dont le revenu est inférieur à 120 000 $, le programme Incitatif à l’achat d’une première propriété permettra à une jeune famille d’obtenir un capital de 5 % à 10 % de la SCHL, lequel abaissera le montant des termes mensuels et ne sera remboursable qu’à la vente de la demeure. Le Régime d’accès à la propriété (RAP) passera par ailleurs de 25 000 $ à 35 000 $.

Dans une région où chaque dollar vaut nettement plus que dans la métropole, où les terrains et les maisons sont abordables et où les services n’ont rien à envier à ceux offerts dans les grands centres urbains, il y a lieu de croire que cette aide contribuera à renverser le bilan migratoire négatif.

Certes, le budget Morneau est déficitaire de près de 20 milliards de dollars. Mais en période de croissance économique, alors que la dette nationale continue de fondre, les principales mesures annoncées apparaissent justifiées et porteuses de développement. Mais encore là, tout est une question de perception et ce n’est qu’en octobre prochain, lors des élections fédérales, que nous saurons si le gouvernement Trudeau a fait les bons choix.