Marc St-Hilaire
Le Quotidien
Marc St-Hilaire

Bas, injustifié, «cheap»

ÉDITORIAL / Le respect. Voilà l’unique variable qui n’est ni négociable ni contournable. Elle est immuable et trace une frontière infranchissable entre la crédibilité et le genre de cabotinage dont il faut se débarrasser dans le débat public.

Encore une fois, cette semaine, les opposants politiques de la mairesse de Saguenay, Josée Néron, ont étiré l’élastique au-delà de ses propriétés mécaniques. Et ce qui devait arriver arriva : l’élastique a pété !

Qu’on soit favorable ou non aux politiques mises de l’avant par l’administration municipale de Saguenay, il existe des règles de politesse qui imposent une certaine retenue. C’est ainsi en politique, comme dans tous les environnements d’ailleurs. Des règles non écrites qui prescrivent que toute attaque est permise tant qu’elle se fait dans le respect et qu’elle ne cible pas l’individu et sa vie personnelle.

Lorsqu’il a laissé entendre une première fois que la mairesse aurait usé de son influence pour faire réparer la rue de son domicile et celle de la clinique dentaire qu’opère son époux, le représentant du parti Alliance Saguenay Jimmy Voyer a fait preuve d’un manque de respect qui dépasse l’insolence. Lorsqu’il a répété l’affront cette semaine, il a démontré l’importance de mettre rapidement des balises afin d’éviter que la démocratie devienne un cirque.

C’était bas ; c’était injustifié ; c’était « cheap ».

Les représentants d’Alliance Saguenay, qui ne compte aucun élu au sein du conseil, rappelons-le, semblent ne pas avoir appris du passé. Dans quelle langue faudra-t-il leur dire que les citoyens de la principale ville du Saguenay–Lac-Saint-Jean sont des personnes instruites, qui votent en fonction des idées qui leur sont proposées, et non de propagandes dignes des années 60 ?

Un petit conseil de politique 101, tiré de l’édition 2020 : cessez d’attaquer Josée Néron, la femme, l’individu, la citoyenne. Concentrez-vous plutôt sur ce qu’il y a à améliorer dans cette ville. C’est ce qu’on veut entendre. C’est tout ce qu’on voudrait entendre, aujourd’hui, à notre époque.

Il est aisément démontrable que Josée Néron n’a aucunement pris part aux discussions concernant les travaux de voirie susceptibles d’améliorer la valeur de ses propriétés. Un chimpanzé serait en mesure de le valider.

La mairesse de Saguenay s’est vu remettre les clés de l’hôtel de ville dans un contexte difficile, avec autour de sa table une impressionnante majorité de conseillers indépendants. Elle a vécu un mandat sous la loupe. Elle a fait de multiples erreurs, que nul n’a manqué de mettre en relief, incluant l’auteur de ces lignes. Elle apprend encore et possiblement qu’avec un instinct politique plus affûté et une plus grande expérience en communication, elle aurait pu faire mieux.

Cela dit, mérite-t-elle ce genre de traitement ?

Jamais de la vie !

Tout ça nous ramène aux attaques personnelles. Dans tout débat, chacun tente de mettre en valeur ses points de vue. C’est sain, démocratique et utile pour l’avancement de nos positions collectives. Mais si la liberté d’expression et le gros bon sens favorisent les échanges constructifs, ils ne peuvent nous épargner des pyromanes dont la seule stratégie est de nourrir le brasier. C’est la limite du modèle, faut croire.

Le citoyen Jimmy Voyer et ses acolytes de l’Alliance Saguenay ont choisi cette option et c’était bas. C’était injustifié. C’était « cheap ».

Et ce n’est certainement pas comme ça qu’ils vont obtenir la faveur populaire lors de la campagne électorale qui s’annonce. Plus personne ne souhaite voir ces manoeuvres d’avant-guerre.

Vivement un retour aux débats intelligents, argumentés et porteurs d’avenir pour nous tous.

Vivement un retour au respect.