Le gouvernement Trudeau a dévoilé sa politique de défense du Canada, qui prévoit notamment l'acquisition de 88 avions de chasse de nouvelle génération.

Bagotville doit s'imposer

ÉDITORIAL / Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, mais parfois, l'alignement des astres est si favorable qu'il est difficile de ne pas se réjouir de façon prématurée. C'est le cas présentement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, alors que le gouvernement Trudeau a dévoilé sa politique de défense du Canada, qui prévoit notamment l'acquisition de 88 avions de chasse de nouvelle génération ainsi que l'intégration de drones armés à vocation militaire. Le contexte ne pourrait être plus prometteur pour la Base de Bagotville, pour sa pérennité et pour son développement futur.
Depuis son élection, Justin Trudeau ne donnait pas l'impression d'un premier ministre enclin à une telle bonification des sommes alloués aux Forces canadiennes. Son retrait du programme des F-35 au profit d'une option de transition a laissé plusieurs observateurs perplexes quant à sa volonté réelle de renouveler l'actuelle flotte de CF-18, qui est à bout d'âge.
L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a sans doute bousculé ses plans. Également, en allouant à peine un pour cent de son PIB à la Défense, le Canada faisait piètre figure parmi les pays de l'OTAN, même s'il accordait des sommes supplémentaires, à travers d'autres ministères, pour des engagements tels le maintien de la paix. 
Or, quelle que soit la raison pour laquelle le Canada a choisi d'injecter 62 milliards de dollars de plus que prévu dans son armée, sur une période de 20 ans, le résultat demeure très encourageant pour la région. Il appartient maintenant au député Denis Lemieux et aux autorités locales de faire en sorte que Bagotville obtienne la part du lion en matière de défense aérienne. Il va de soi qu'en coulisses, les représentations sont amorcées depuis longtemps et que des alliances ont déjà été conclues avec les autres députés du Québec. 
Or, plusieurs élus des autres provinces voudront eux aussi être dans les honneurs lors de la distribution des prix. 
Le député de Chicoutimi-Le Fjord a en main toutes les cartes nécessaires pour rafler la mise et il jouit d'une certaine influence au sein de l'équipe libérale, lui a qui été en mesure d'attirer le caucus national du parti dans sa circonscription en 2016.  
Jamais il n'aura une aussi belle occasion de marquer son passage en politique fédérale, comme l'a fait André Harvey avec le Centre des technologies de l'aluminium (CTA-CNRC) et dans le dossier de la route 175. 
Terre d'accueil naturelle
Le député Lemieux ne se présente pas devant ses pairs sans avoir d'excellents arguments et surtout, la conviction que sa circonscription peut accueillir non seulement de nouveaux chasseurs, mais aussi devenir le chef-lieu canadien des appareils télé-pilotés militaires. 
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, et plus particulièrement la Base de Bagotville ont gagné leurs galons au cours de l'histoire. N'est-ce pas ici que 940 pilotes de chasse, soit 61 % des effectifs du Commonwealth britannique, ont été formés en 28 mois lors de la Deuxième Guerre mondiale pour défendre l'Angleterre ? 
L'acceptabilité sociale est acquise, dans cette région où les Forces constituent l'un des plus importants moteurs économiques. Toutes les collectivités souhaitent ardemment être parties prenantes de l'évolution de la Base et tirer profit de sa présence, dans des domaines d'expertise qui ne se limitent pas strictement à la défense. 
Par exemple, Alma serait certainement comblée par l'implantation d'un escadron de drones au Saguenay, elle qui tente par tous les moyens de développer le volet civil de cette industrie avec son Centre d'excellence des drones. 
Cette politique d'Ottawa est un rendez-vous à ne pas manquer, qui va bien au-delà de la visibilité des élus et des allégeances politiques. Tous doivent dès aujourd'hui travailler main dans la main pour que Bagotville demeure un choix incontournable, tant pour le remplacement des avions de chasse que pour la venue des drones militaires.
Car, même lorsque l'ours est dans la mire, un simple grain de sable suffit pour enrayer l'arme et permettre à la bête de s'éclipser.