Donald Trump

Attendons après le G7

ÉDITORIAL / Il n’y a pas lieu de paniquer… pour l’instant.

L’imposition de tarifs douaniers à l’industrie canadienne de l’aluminium par les États-Unis est une très mauvaise nouvelle, comprenons-nous bien, mais ce sont davantage les deux prochaines semaines qui seront déterminantes dans ce dossier. Au lendemain du G7, le portrait sera nettement plus défini et toutes les parties impliquées seront plus à même d’évaluer les conséquences de cette nouvelle guerre commerciale entre le Canada et ses voisins du Sud.

Malgré un report de ces tarifs en avril, le dénouement était inévitable. Donald Trump est de cette catégorie de personne pour qui le dogme prime toujours sur la raison ; ce genre de personne qui, au nom d’une idéologie singulière, est prêt à bouleverser l’équilibre et semer le chaos. Un bagarreur de rue, qui se fiche des conventions et se laisse davantage guider par son instinct que par les experts qui l’entourent. Comment réagir devant un adversaire aussi obtus ?

Comme l’Union européenne et le Mexique, le Canada a opté pour la seule riposte possible dans les circonstances : œil pour œil, dent pour dent. Les représailles annoncées jeudi par le premier ministre Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, se traduiront par des surtaxes et autres mesures punitives qui devraient totaliser 16,6 milliards de dollars annuellement.

Cette réplique musclée, équivalente aux pertes engendrées par les surtaxes de l’administration américaine, cible directement le président Trump. Justin Trudeau a d’ailleurs insisté, en point de presse, sur l’importance de maintenir une relation cordiale entre les deux nations. Était-il envisageable pour le premier ministre de tendre l’autre joue face à un homologue aussi belliqueux ? Poser la question c’est y répondre.

Une industrie intégrée
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la production annuelle de métal primaire se chiffre à près de 1,2 million de tonnes. Plus ou moins 85 % de cet aluminium est exporté aux États-Unis. Sans surprise, les réactions sont nombreuses et spontanées. Cependant, outre le fait que tous soient frustrés par la décision du gouvernement américain, nul ne pouvait prédire les impacts de la mesure. Et encore moins sa durée.

Car si le Canada est dépendant de l’économie américaine, les États-Unis le sont tout autant de l’aluminium produit ici. Lorsque le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, soutient que cette mesure aura une incidence directe sur le portefeuille des Étatsuniens, il ne s’agit pas de chimère, mais bien de répercussions imminentes. Le simple citoyen paiera la facture de cette inexplicable décision. Make America great again, dites-vous ?

L’aluminium canadien est intégré dans le marché nord-américain. Et si, à l’échelle mondiale, il existe des surplus de métal gris, la situation est beaucoup plus stable sur le territoire des États-Unis et au Canada. Bref, dans le pays de Donald Trump, les industriels ont besoin de l’aluminium québécois pour maintenir leurs opérations. Qui plus est, malgré les politiques anti-environnementales de l’administration américaine actuelle, il existe un courant planétaire favorable pour l’aluminium à faible empreinte carbone. Et les manufacturiers américains n’échappent pas à cette tendance de plus en plus manifeste.

Malheureusement, si le litige persiste, plusieurs transformateurs canadiens risquent de subir des pertes, voire de perdre des clients au profit de compétiteurs américains. Il appartiendra alors aux gouvernements d’être proactifs et de les accompagner.

Mais, tel que mentionné au début de cet éditorial, l’heure n’est pas à la panique. Les négociations sur l’ALENA sont en cours et le sommet du G7 est à nos portes. Donald Trump nous a habitués à des rebondissements inattendus, et il serait peu surprenant qu’il fasse marche arrière en échange de certaines compensations.

Et en attendant, sur une base individuelle, rien ne nous empêche d’être solidaires et de troquer le whisky et le vin californien contre une bonne bière de microbrasserie locale.