Assumer une mauvaise nouvelle

ÉDITORIAL / Nous n’utiliserons pas des faux-fuyants. La fermeture de l’imprimerie Le Progrès du Saguenay constitue une mauvaise nouvelle pour notre entreprise et pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le Progrès du Saguenay imprime des journaux depuis le premier jour de sa création en 1887 par Joseph-Dominique Guay. Ce dernier voulait avoir son journal, Le Progrès du Saguenay, pour devenir maire de Chicoutimi, ce qu’il a réussi quelques années plus tard.

M. Guay ne pouvait deviner à l’époque que son entreprise allait imprimer des journaux au Saguenay–Lac-Saint-Jean durant 131 ans ! Nous avons d’ailleurs toujours été fiers d’imprimer l’histoire régionale.

Mais voilà que le 15 décembre prochain, les dernières presses rotatives de l’est du Québec n’imprimeront plus. Une importante page de l’histoire régionale se tournera définitivement.

Si, pour nos lecteurs et nos abonnés, ce changement se fera sans impact, puisque nos éditions papier poursuivront leur existence après cette fermeture, il en va tout autrement pour les artisans de l’imprimerie.

Pressiers, expéditeurs, encarteurs…

Ainsi, au-delà du caractère historique de l’événement, nos pensées doivent accompagner pressiers, expéditeurs et encarteurs qui perdent de facto leur emploi avec cette fermeture.

Cette situation est d’autant plus frustrante qu’ils n’ont rien à voir dans cette fin négative. L’entreprise vit d’ailleurs cette même frustration.

Pour survivre en région éloignée, l’imprimerie avait absolument besoin d’un chiffre d’affaires important provenant de l’extérieur. Or, au cours des quatre derniers mois, Québecor, un imprimeur montréalais, nous a raflé les contrats d’impression des Éditions Nordiques (quatre hebdos : Sept-Îles, Baie-Comeau, Forestville et Charlevoix) et du Courrier de Portneuf, des contrats représentant 92 % du chiffre d’affaires externe de l’imprimerie.

D’une entreprise rentable générant un apport financier positif aux journaux Le Quotidien et Le Progrès, l’imprimerie est devenue, avec la perte de ces contrats, une usine déficitaire qui met à risque la survie même de l’entreprise.

Même avec la collaboration exceptionnelle du syndicat et des employés, il était impossible de conserver l’imprimerie, tant sur le plan de la rétention du personnel que sur celui des opérations. Le Quotidien et Le Progrès ne peuvent assumer financièrement, seuls, un équipement aussi gigantesque.

Nous avons donc priorisé nos journaux. Il nous appartient maintenant de faire les choses différemment pour poursuivre notre mission d’information régionale.

Mais aujourd’hui, par respect pour les employés licenciés, nous préférons concentrer nos énergies à rendre hommage à leur professionnalisme et à leur dévouement.

Nous profitons également de l’occasion pour les remercier ainsi que les générations de pressiers, expéditeurs et encarteurs qui les ont précédés, dont plusieurs figurent très certainement parmi les lecteurs assidus des journaux régionaux.

En ce qui nous concerne, il n’y a qu’une seule façon d’assumer une mauvaise nouvelle et de faire l’Histoire : debout en regardant l’avenir droit devant !

Michel Simard

Président-éditeur Le Progrès du Saguenay