Aluminium, un an plus tard

Il y a un an presque jour pour jour, le premier ministre Justin Trudeau invitait les travailleurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean à lui faire confiance, alors que s’amorçait un bras de fer entre le Canada et les États-Unis quant à d’éventuels tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium. Les images du premier ministre visitant les installations de Rio Tinto au Saguenay–Lac-Saint-Jean ont fait le tour de l’Amérique du Nord, par l’entremise de la chaîne CNN. Son message aux citoyens américains était alors celui-ci : l’imposition de tarifs douaniers aura des conséquences aussi douloureuses pour vous que pour nous. C’était le 12 mars 2018.

À peine quatre mois plus tard, Donald Trump mettait ses menaces à exécution sans se soucier des conséquences ou de la mise en garde de son homologue canadien, lequel n’a eu d’autre choix que d’imposer, à son tour, des taxes sur un chapelet de produits américains importés au pays. Et nous en sommes toujours là, alors que le Canada s’apprête à conclure un nouveau traité de libre-échange avec le Mexique et les États-Unis. 

Concentrés presque exclusivement sur la saga entourant SNC-Lavalin, les médias nationaux parlent très peu de ce dossier, malgré son importance capitale pour l’économie canadienne. Il y a quelques semaines, l’ambassadeur David MacNaughton s’est certes montré très optimiste lorsqu’il a prédit un règlement dans « un proche avenir », mais depuis, l’incertitude plane toujours. 

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la situation n’est pas catastrophique, rapporte la présidente de la Société de la Vallée de l’aluminium, Marlène Claveau. En entrevue, elle admet toutefois qu’il est beaucoup plus difficile de convaincre les entreprises étrangères de considérer le Québec comme terre d’accueil dans le domaine de la transformation. Plusieurs dossiers, dit-elle, sont demeurés sur la glace depuis huit mois. Le phénomène s’applique ici, mais aussi ailleurs au Québec. Dans le cadre d’un reportage diffusé jeudi soir à RDI économie, le PDG du groupe Canam, Marc Dutil, abondait dans le même sens. « On met de l’argent pour être performants chez nous, mais quand tu investis des millions et que tu es à une décision politique de ne plus pouvoir exporter aux États-Unis, ça crée un doute dans ta tête », exprimait-il.

La grande entreprise est elle aussi frappée directement par le différend économique qui perdure entre le Canada et les États-Unis. Dans une allocution faite la semaine dernière, lors du dévoilement des résultats financiers de Rio Tinto, le directeur exécutif – division Atlantique, Gervais Jacques, a identifié « l’incertitude sur les tarifs et les sanctions » comme l’un des éléments expliquant une baisse de bénéfices de quelque 15 % en 2018, par rapport à l’année précédente. 

Justin Trudeau et sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ont sans doute multiplié les représentations afin de dénouer l’impasse au cours des douze derniers mois ; sans doute ont-ils participé à de nombreux échanges avec les représentants de l’administration Trump, allant jusqu’à les menacer de ne pas ratifier le futur accord de libre-échange. Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a d’ailleurs suggéré cette hypothèse le 24 février. Même le Mexique a fait pression sur le président américain. Ce dernier est demeuré intraitable.

Malheureusement pour le gouvernement Trudeau, il y a obligation de résultat dans cet affrontement commercial. Et même s’il ne lui appartient pas de décider pour le peuple américain, le premier ministre a tout intérêt à ne pas amorcer la prochaine campagne électorale avec cette épine dans le pied. En revanche, un règlement favorable serait un gain significatif pour les libéraux, qui souhaitent sûrement tourner la page sur l’affaire SNC-Lavalin.

Reste à voir dans quelle mesure le Canada et le Mexique sauront raisonner un président si borné et imprévisible qu’il évoque la sécurité nationale pour imposer, à ses principaux partenaires commerciaux, des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium. Faut le faire !