Une embellie se profilerait-elle, enfin, à l'horizon sur les marchés internationaux de l'aluminium?

Aluminium: le défi du «trou»

Une embellie se profilerait-elle, enfin, à l'horizon sur les marchés internationaux de l'aluminium? Depuis le milieu de la semaine dernière, le prix de la tonne du métal gris flirte avec le seuil psychologique des 2000$. Au moment d'écrire ces lignes, il affichait un peu moins de 2000$ sur le parquet du London Metal Exchange, bourse phare où sont fixés les cours des métaux et des matières premières échangés aux quatre coins de la planète.
De plus, de récentes évaluations démontrent que les inventaires d'aluminium entreposé ont diminué notablement, passant sous la barre des cinq millions de tonnes, le plus bas niveau en plus de deux ans.
Signaux positifs
Compte tenu du contexte propre aux dernières années, ces indices sont intéressants. D'autant plus que RTA vient d'obtenir du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques les autorisations réglementaires nécessaires pour accroître la production annuelle de l'aluminerie d'Alma de 450 000 à 510 000 tonnes.
Il est vrai que ce n'est pas là encore le «Klondike» tant espéré au Saguenay-Lac-Saint-Jean et dans la Cité de l'hospitalité quant à l'agrandissement de l'usine, un projet majeur qui figure dans les cartons de la compagnie depuis longtemps. Mais, c'est tout de même, bien qu'aucun n'échéancier n'ait été déterminé officiellement par la multinationale pour la suite des choses, un signal positif.
Depuis 2008 et le début de la tempête parfaite qui a balayé l'industrie mondiale du métal gris, à peu près aucun alumineur n'a investi notablement dans ses unités de production, ce que RTA a fait dans le cadre du projet AP-60 au Complexe Jonquière, d'une part, et dans ses autres installations comme la centrale hydroélectrique de Shispshaw, d'autre part.
Pourtant, même si l'embellie tant espérée était bel et bien en train de se concrétiser, une tendance que seules les prochaines semaines et les prochains mois confirmeront ou non, il demeurerait encore trop tôt pour la région pour pousser un soupir de soulagement collectif.
À plus ou moins 2000$ la tonne, le prix de l'aluminium reste encore très loin des sommets atteints en 2008, alors que les cours du métal gris ont flirté avec la barre historique des 3900$. Et, même si la demande mondiale reprend effectivement de la vigueur, il faudra un certain temps avant que les inventaires mondiaux ne soient écoulés, et ce même si les industries de l'automobile et de l'aéronautiques démontrent un appétit de plus en plus prometteur envers ce métal.
Ces réalités expliquent pourquoi Québec n'a eu d'autre choix que d'accepter, récemment, par décret, de prolonger jusqu'en 2019 les termes de l'entente conclue en décembre 2006 qui donne accès à RTA à un bloc d'énergie en tarif préférentiel de 225 MW en contrepartie d'investissements «structurants» au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces investissements, rappelons-le, doivent permettre d'accroître dans la région la capacité de production de métal primaire de quelque 400 000 tonnes. Évidemment, le gouvernement libéral n'avait pas le choix d'agir ainsi compte tenu du contexte économique. Le prolongement de l'accord laisse d'ailleurs poindre une possibilité d'en bonifier éventuellement les termes...
Défis
Du reste, ce délai démontre bien l'ampleur des défis qui guettent l'industrie de l'aluminium, tant sur le plan mondial que dans une perspective régionale.
Au Royaume, le sort des cuves précuites du Complexe Jonquière, dont la fermeture définitive est prévue dans moins de deux ans, devra faire l'objet d'attention soutenue de la part des élus de tous les paliers de gouvernement et des décideurs de RTA. Il est généralement admis que les travaux de planification finale, de construction et de réalisation des phases deux et trois du projet AP60 devraient s'étaler sur deux à trois ans, sinon davantage.
On saisit bien dès lors, l'importance pour la région de s'attaquer au «trou noir» qui serait engendré par une éventuelle fermeture des cuves précuites alors que la modernisation du complexe industriel n'est pas terminée, voire même pas encore amorcée...
Des milliers d'emplois directs et indirects et l'équilibre socioéconomique de la région sont en jeu dans ce dossier. Il devra devenir la priorité au Saguenay-Lac-Saint-Jean dès la rentrée, soit dans quelques semaines à peine.