Aluminium, bois, béton et fierté

ÉDITORIAL / L’éventuelle construction d’un amphithéâtre du 21e siècle à Saguenay a engendré bien des discussions jusqu’ici, notamment sur la pertinence d’une telle infrastructure et sur l’emplacement de celle-ci. Or, un autre questionnement mérite d’être formulé avant que s’amorce la conception des devis : comment donner à ce futur aréna une âme distincte, reflet de notre patrimoine industriel ?

L’occasion est idéale pour faire de ce chantier potentiel un modèle de synergie entre l’aluminium, le bois et le béton, trois matières sur lesquelles repose notre fierté régionale. 

Les entreprises Rio Tinto, Produits forestiers Résolu et Béton préfabriqué du Lac (BPDL) doivent toutes les trois être impliquées dans ce projet, s’il se matérialise. Chacune de ces entreprises fait rayonner notre expertise et notre savoir-faire au-delà des frontières. Chacune, dans son créneau respectif, est un pilier de l’économie saguenéenne et jeannoise, et la démonstration qu’il est possible de s’épanouir ici malgré les contraintes d’éloignement. 

Mais surtout, toutes ces compagnies ont contribué, de près ou de loin, à des projets d’une envergure incomparable à celle d’un amphithéâtre d’à peine 4000 places. 

La signature de BPDL est imprégnée sur le Centre Bell de Montréal, le Yankee Stadium de New York et bien d’autres édifices à vocation récréative, mais également sur des prouesses architecturales telles les tours de Gasson Hall, au Boston College. Son portfolio déborde de réalisations fascinantes partout sur le continent… sauf ici. Le temps n’est-il pas venu pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean de s’inscrire dans ce prestigieux album ? 

Quant à Rio Tinto Aluminium, jadis Alcan, nulle autre entreprise n’est ancrée à ce point à l’histoire du Royaume. L’aluminium en fusion coule dans les veines de générations de travailleurs. Le métal primaire demeure notre principal moteur de développement économique, non seulement par l’entremise des emplois qu’il génère, mais également par le biais des centres de recherche et des PME qui s’y sont greffés au fil du temps. Par contre, ironiquement, c’est de l’aluminium produit par Alcoa qui a servi de recouvrement pour l’aréna de l’UQAC, érigé en 2009. À l’époque, la grande rivale de Rio Tinto n’avait pas manqué de souligner cette « intrusion » en terre saguenéenne. N’est-il pas temps que le nom de Rio Tinto soit, lui aussi, associé à un amphithéâtre de la région ? 

Enfin, après des années de misère et une restructuration majeure de ses opérations, Produits forestiers Résolu a renoué avec les profits et a récupéré ses lettres de noblesse dans la région. Malgré les litiges commerciaux qui se répètent avec les États-Unis, PFR s’impose tel un citoyen corporatif de premier plan. L’injection de plus d’un demi-million de dollars dans la communauté depuis 2010, attribués pour souligner les performances de ses travailleurs en matière de santé et de sécurité, témoigne d’une volonté de la compagnie de s’impliquer dans son milieu. Il y a lieu de croire que si PFR a expédié des wagons remplis de bois d’œuvre en Floride et au Texas, pour aider les sinistrés des ouragans Harvey et Irma, elle ne se fera pas tirer l’oreille pour collaborer à la construction d’un amphithéâtre régional, là où elle puise sa matière première. 

L’idée n’est pas de faire de ces trois compagnies des mécènes ; ça irait à contresens de toute logique économique. Par contre, si Saguenay et ces trois entreprises peuvent élaborer un partenariat profitable pour toutes les parties, ce n’est pas un aréna qui sera érigé, mais bien un symbole de notre identité. 

Une ossature de bois, un épiderme d’aluminium et des entrailles de béton.