L'entente intervenue entre Québec et Alcoa constitue un geste porteur qui démontre la volonté du gouvernement de soutenir l'industrie de l'aluminium.

Aluminium : messages reçus

L'entente intervenue entre Québec et Alcoa constitue un geste porteur qui démontre la volonté du gouvernement de soutenir l'industrie de l'aluminium et d'en assurer la pérennité à long terme sur son territoire. Ce qui signifie que Québec a donc bien reçu les multiples messages lancés par les producteurs de métal gris au cours des derniers mois. Ceux-ci ont rappelé à plusieurs occasions que le Tarif «L» d'Hydro-Québec est devenu non compétitif dans le nouvel ordre énergétique mondial et que sans un réajustement de ce dernier, le Québec était condamné à perdre, pour plusieurs années, des investissements majeurs dans le domaine de l'aluminium mais aussi dans d'autres secteurs d'activités nécessitant un fort apport en énergie.
Réponse logique
La décision de Québec d'accorder des ajustements énergétiques à Alcoa est donc, dans ce contexte, une réponse logique à cette nouvelle réalité, réalité qu'il aurait été dangereux, sur le plan économique, de chercher à nier. D'autant plus dans un contexte où d'importants surplus énergétiques sont prévus. La voie tracée par l'accord signifie que les autres producteurs d'aluminium, comme RTA, pourront aussi s'entendre avec le gouvernement, à condition de proposer, eux-aussi, des garanties d'investissements concrets. C'est une bonne nouvelle pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Surtout que Québec, dans ses discussions avec Alcoa, a obtenu la mise en place de mécanismes permettant de moduler les tarifs d'énergie aux conditions du marché du métal gris. C'est un élément pertinent, qui tient la route, susceptible de mieux faire passer l'entente, aux yeux de certains critiques de l'industrie de l'aluminium.
Sur le plan régional, l'accord Québec-Alcoa suscite tout de même des interrogations. En effet, en contrepartie des tarifs énergétiques, Alcoa s'est engagée à collaborer étroitement avec le gouvernement dans le créneau des transports, où l'aluminium est appelé à prendre de plus en plus de place, et dans la conception de nouvelles technologies en matière de batteries électriques pour véhicule. Tant mieux si le Québec parvient à innover dans ces domaines de pointe. Tous en profiteront! Mais, il faudra voir à long terme comment un joueur comme RTA pourra aussi s'inscrire dans ce créneau, et comment les centres de recherche de la région pourront tirer profit de ce nouvel échiquier. Des retombées durables et structurantes à long terme en découlent. Et de nombreux emplois. Le partenariat dévoilé hier au Centre national de recherche du Canada de Chicoutimi impliquant RTA et visant notamment à positionner l'aluminium dans le secteur des transports représente une piste très intéressante à cet égard.
La conclusion de l'entente entre Québec et Alcoa a aussi permis de constater à quel point l'industrie québécoise de l'aluminium est encore victime de tenaces préjugés dans certains milieux. Plusieurs analystes et observateurs n'hésitent pas à affirmer que le gouvernement devrait tout bonnement accepter que la filière du métal gris quitte le Québec plutôt que de consentir des tarifs énergétiques concurrentiels.
Cette perception constitue une forme de deux poids deux mesures néfastes. Au cours des derniers mois, des crédits d'impôts et de coûteuses mesures d'aide ont été instaurés afin de soutenir, notamment, le secteur du multimédia à Montréal. Ces programmes ont été bien reçus. Pourtant, la filière québécoise de l'aluminium génère davantage d'emplois directs et indirects, et donc de davantage de revenus pour l'État. Elle est au coeur du développement d'une solide grappe industrielle qui exporte des produits partout dans le monde. Dans la région, elle a permis l'émergence de PME et d'équipementiers qui sont aujourd'hui à l'oeuvre sur toute la planète. Elle a généré l'implantation de centres de recherche de pointe. Elle permet l'occupation dynamique du territoire québécois et des régions. Elle permet d'utiliser et de générer de la valeur ajoutée à l'énergie propre et renouvelable produite au Québec, et donc de diminuer les surplus d'Hydro-Québec...
L'aluminium est un métal d'avenir, notamment dans le transport, et une fois les gaz de schiste épuisés et une réelle bourse du carbone instaurée, le Québec, avec son hydroélectricité abondante et son expertise, sera bien placée pour en bénéficier. C'est le message qu'il faut retenir et que Québec semble avoir bien saisi.