Aires protégées: impossible recul

La possibilité de décréter un moratoire concernant la création de nouvelles aires protégées dans la forêt québécoise apparaît intenable à moyen et à long terme et est susceptible de générer davantage de problèmes que de solutions pour l'ensemble de l'industrie forestière.
Cette éventualité, évoquée la semaine dernière par le ministre Alexandre Cloutier et par l'adjoint parlementaire à la forêt, Denis Trottier, visait manifestement à calmer le jeu, alors que les travaux pilotés par le comité de la Conférence régionale des élus (CRÉ) chargé de présenter au Forestier en chef des propositions de territoires à préserver se sont retrouvés au centre d'une certaine controverse.
Démarches
En substance, ce comité de travail a pour mission d'identifier et de suggérer, en concertation et en collaboration avec toutes les parties concernées, des portions de territoires forestiers qui devraient être protégées, dans une perspective de maximiser la protection de la ressource et de minimiser les impacts négatifs pour l'industrie. Ce comité cherche également à identifier des territoires qui pourraient à la fois servir d'aires protégées et aussi servir de «réserves» destinées à la protection du caribou forestier. Cette volonté de superposer les mandats vise à protéger un maximum d'emplois dans la région. Cette stratégie est à cet égard novatrice et hautement pertinente.
Dans ces circonstances, et compte tenu du contexte dans lequel est plongé l'industrie forestière régionale et québécoise, il est impératif que le comité de la CRÉ poursuive ses démarches et présente ses conclusions. En parallèle, il est tout aussi crucial que le gouvernement du Québec poursuive ses propres travaux visant la mise en place, comme il s'est engagé à le faire, d'aires protégées couvrant au moins 12% de son territoire.
Il ne faut pas se leurrer : l'enjeu, en ce début d'année 2014, n'est pas de déterminer s'il est nécessaire d'implanter de nouvelles aires protégées au Québec mais plutôt de décréter où seront implantés ces territoires et quelles mesures seront déployées pour en limiter au maximum les impacts négatifs pour les communautés forestières et les travailleurs.
Sans la mise en place de ces aires, l'industrie québécoise risque tout simplement de perdre ses grandes certifications écologiques. Or, ces certifications sont essentielles pour assurer la pérennité des multinationales à l'oeuvre au Québec; pour leur assurer l'accès aux grands marchés du bois d'oeuvre, des matériaux d'ingénierie et du papier. Sans ces sceaux officiels, ce sont des milliers d'emplois qui disparaîtront purement et simplement au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec. Pensons uniquement à Produits forestiers Résolu, justement engagé dans un bras de fer avec Greenpeace sur la question de la norme FSC...
D'où le constat qu'il est impensable de reculer et de décréter un moratoire sur la question des aires protégées au Québec sans qu'une telle décision ne finisse par affaiblir encore plus l'image et la position de l'industrie forestière de la province à travers le monde. Et sans subir les foudres des groupes environnementaux.
Emphase
Au cours des prochains mois, et au-delà des possibilités d'élections, il importe que la priorité, tant dans les travaux de la CRÉ que dans les démarches du gouvernement du Québec, l'emphase soit placé sur les bonnes priorités : la préservation de la ressource d'une part, et, d'autre part, la pérennité de l'industrie et de ses emplois.
Cela passe obligatoirement par la mise en place de nouvelles aires protégées, certes, mais aussi par l'instauration par le gouvernement du Québec de mesures d'atténuation des impacts et par un soutien toujours plus étroit à l'industrie forestière.
À cet égard, les prochains mois seront délicats. Devant l'importance des enjeux, les élus saguenéens et jeannois doivent faire preuve de vision et de solidarité, ce qui ne s'annonce pas comme une mince tâche. Québec devra aussi être au rendez-vous afin d'assumer ses propres responsabilités.
De lourdes tâches qui s'inscrivent directement dans la foulée et dans l'esprit du Sommet sur la forêt tenu à la fin de 2013 à Saint-Félicien, mais qui doivent nécessairement être accomplies si l'on souhaite effectivement assurer la relance, sur des bases durables, de l'ensemble de l'industrie et des communautés qui en dépendent.