À nous de manier les outils

ÉDITORIAL / L’analyse d’un budget provincial à chaud est toujours un exercice périlleux, sujet à être déboulonné avant même que l’encre ait eu le temps de sécher. Chaque fois, c’est la même chose : le gouvernement s’est-il défini tel un parti de régions ou a-t-il plutôt penché en faveur de la métropole et de la capitale nationale ? A-t-il pris soin d’évaluer les besoins des endroits éloignés ou s’est-il restreint à des mesures mur à mur qui n’auront, finalement, aucun effet sur l’occupation du territoire québécois dans son ensemble ? Le gouvernement a-t-il négligé une demande cruciale pour notre développement? A-t-il favorisé les plus démunis ou les mieux nantis ? A-t-il sorti un lapin de son chapeau qui nous fait s’exclamer : « Wow ! » ?

Le second budget de l’équipe de François Legault se révèlera dans toute sa splendeur au fil des prochaines semaines, alors que seront mieux ventilées les mesures autour desquelles il s’articule. Néanmoins, déjà, nous pouvons en relever certains éléments qui sont susceptibles de permettre au Saguenay–Lac-Saint-Jean de tirer son épingle du jeu au cours du prochain exercice financier. Car, et il est à propos de le rappeler, quels que soient les outils qui nous sont offerts, il n’appartient qu’à nous de les utiliser de façon stratégique, habile et efficace.

Notamment, tel que le rapporte notre journaliste Laura Lévesque, qui a participé au traditionnel huis clos, le nouveau crédit d’impôt à l’innovation et à l’investissement pourrait devenir un levier pour les PME de la région qui souhaitent prendre l’essentiel virage 4.0. Ce qu’il faut saluer de ce programme, c’est qu’il a été élaboré en fonction de la situation économique des différents territoires. Ainsi, le taux du crédit sera modulé de telle sorte que les entreprises établies dans une région où l’indice de vitalité est bas, comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean, auront un avantage distinctif. À première vue, il semble que nous sommes encore loin du programme ACCORD, mis de l’avant par l’ancien premier ministre Bernard Landry, qui dédiait clairement aux régions des créneaux d’excellence, mais c’est nettement plus que ce que les libéraux avaient proposé lors de leur dernier mandat. Cette fois-ci, en plus d’être façonné en considérant la position économique et géographique des PME, le crédit d’impôt ne se résume pas uniquement à l’industrie manufacturière.

Le gouvernement a également accru de 5,9 % les crédits destinés à l’enseignement supérieur, soit une augmentation de quelque 187 M$ par rapport à son premier budget. Investir toujours davantage dans les universités, et surtout celles qui évoluent dans les régions aux prises avec des problèmes démographiques, doit être une priorité absolue pour Québec. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’UQAC est le plus important moteur de développement puisqu’elle assure l’émergence de jeunes cerveaux et le maintien du savoir et de la recherche hors des grands centres urbains. Espérons qu’elle puisse tirer le maximum de cette enveloppe bonifiée, de même que des 500 M$ réservés pour le Plan québécois des infrastructures 2020-2030, lequel est destiné au maintien des actifs.

Enfin, il faut saluer l’effort déployé dans le domaine de la culture. En investissant 80 M$ de plus dans ce secteur d’activités, Québec démontre une volonté de promouvoir le travail des artisans de chez nous. Les artistes du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont à maintes reprises fait la preuve de leur talent et se sont imposés non seulement à l’échelle nationale, mais internationale. La 24e édition du Festival REGARD, qui s’amorce mercredi soir à Saguenay, témoigne à elle seule qu’il est possible de créer ici, de s’épanouir ici et de s’illustrer ici, à l’échelle planétaire. Nul doute que nos cinéastes, comme nos peintres ou nos musiciens, sauront capitaliser sur cet élan financier.

Il reste encore beaucoup à faire avant de décréter la CAQ tel le parti des régions. Mais force est de constater que certains détails de ce budget nous permettront de nous démarquer, et c’est sur ces assises que nous devons, ensemble, nous propulser vers l’avenir.

Les outils sont là ; prouvons que nous sommes en mesure de les manier.