Le département américain du Commerce a imposé le 28 avril dernier des droits compensatoires allant jusqu'à 24 % sur les importations de bois d'oeuvre canadien.

À l'industrie de prouver sa valeur

ÉDITORIAL / L'aide financière accordée à l'industrie du bois d'oeuvre par le gouvernement fédéral pourrait se résumer en une phrase : « Voici tous les outils nécessaires pour te réinventer ; montre-moi maintenant ce que tu as dans le ventre. »
Le plan présenté jeudi par les ministres James Carr, Chrystia Freeland et François-Philippe Champagne est non seulement généreux, avec ses quelque 900 millions de dollars, mais également parfaitement complémentaire à celui qu'a déposé le gouvernement du Québec, il y a quelques semaines.
En attribuant une enveloppe de 605 millions de dollars sous forme de prêts et de garanties de prêts, et en allouant une autre enveloppe de 260 millions destinée à l'aide aux travailleurs et à des bonifications de l'assurance-emploi, le gouvernement Trudeau répond aux demandes qui lui ont été formulées par l'industrie, mais également à celles de toutes les parties concernées par l'actuel conflit commercial avec les États-Unis. C'est d'ailleurs cette mobilisation de tous qui a poussé Ottawa à s'impliquer avec une telle énergie dans ce dossier.
La position du fédéral n'a jamais été nuancée dans ce dossier. À maintes reprises, Ottawa a affirmé son désaccord en regard des mesures mises de l'avant par les Américains pour freiner l'exportation de nos produits. Jeudi, le gouvernement a toutefois démontré de façon concrète qu'il croit encore en son industrie forestière.
Les sommes octroyées ne viennent cependant pas sans une obligation de résultat pour les entreprises qui en bénéficieront.
L'industrie est actuellement confrontée à de multiples défis, qui ne se limitent pas uniquement au litige commercial avec les États-Unis. Elle doit composer avec des problèmes de main d'oeuvre, de relève entrepreneuriale. Elle doit aussi s'adapter à des règles environnementales qui ne cessent de se complexifier. Mais avant toute chose, elle doit accélérer sa quête vers de nouveaux marchés. Tous au sein de l'industrie sont conscients de l'importance d'innover, d'aller encore plus loin dans la transformation, sous peine de demeurer vulnérables aux humeurs des grandes entreprises américaines. Après cinq conflits sur la même question, n'est-il pas temps de revoir le modèle dans son ensemble ?
L'aide d'Ottawa et celle de Québec procurent aux scieries et autres exploitants de la forêt québécoise une dose d'oxygène suffisante pour entreprendre une transition majeure tout en maintenant ses activités traditionnelles. Faut-il rappeler qu'avec ses quelque 60 000 emplois directs et indirects, la forêt est l'industrie manufacturière la plus importante au Québec ?
Dire que rien n'a été fait jusqu'ici serait faux. L'investissement de 6 millions à la Scierie Girard, dévoilé dans cette édition sous la plume du journaliste Louis Tremblay, témoigne de cette volonté des entreprises locales de se moderniser en fonction de l'avenir. Il en est de même pour Norbord, qui a récemment obtenu une garantie d'approvisionnement de 400 000 mètres cubes matière première et qui compte redonner vie à son usine de Chambord. À Saint-Ludger-de-Milot, la Coopérative forestière Petit Paris a quant à elle confirmé, en avril, un investissement de 7,6 millions de dollars pour l'installation d'une nouvelle ligne de sciage.
Ce type d'initiative est essentiel, mais les entreprises doivent également accentuer leurs efforts en matière de recherche et de développement, ainsi que dans la prospection de nouveaux partenaires d'affaires, les pays asiatiques par exemple.
Au cours des derniers mois, voire des dernières années, l'industrie forestière a obtenu l'appui des élus locaux, des travailleurs et de la population en général. C'est grâce à ce vaste consensus que les gouvernements supérieurs ont, eux aussi, professé leur foi envers la forêt. Il appartient désormais aux entreprises, de la plus petite à la plus importante, de se montrer à la hauteur de cette confiance qui leur a été exprimée.