Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

À l’école du Dr Barrette

ÉDITORIAL / Si des vies n’étaient pas en jeu, la situation serait pour le moins cocasse. Gaétan Barrette, le ministre de la Santé, se plaint des techniciens ambulanciers paramédics qui discréditent l’organisation des soins et inquiètent la population. Pourtant, à la tête de la puissante Fédération des médecins spécialistes, M. Barrette ne se gênait pas pour utiliser ce genre de stratégie lorsqu’un gouvernement tardait à prendre des actions.

Ce qui était bon pour les spécialistes ne l’est pas pour les techniciens ambulanciers?

Les ambulanciers de Québec, en négociation pour le renouvellement de leur contrat de travail, soutiennent que trois décès en quatre jours s’expliqueraient en partie par le manque d’effectifs sur le territoire.

Pour le ministre, il s’agit d’une «dynamique de relations publiques» qu’il qualifie «d’inappropriée» et de «déplorable». «On instrumentalise des situations et on dramatise à des fins de négociations syndicales», a-t-il déclaré au Soleil

Le Dr Barrette vient de se faire servir la médecine qu’il réservait au ministre de la Santé lorsqu’il représentait les médecins spécialistes.

En 2009, M. Barrette et le président de l’Association des pathologistes, Louis Gaboury, alléguaient à partir d’une étude que des femmes atteintes du cancer du sein pouvaient ne pas recevoir le traitement approprié à cause de tests erronés. 

Ce n’était pas anodin. Ce n’était pas sans susciter des inquiétudes chez les femmes ayant reçu un tel diagnostic. Le ministre libéral Yves Bolduc déplorait la façon des spécialistes d’utiliser les médias. Le Collège des médecins aussi. 

Le président Barrette admettait que le dossier pouvait susciter de l’inquiétude mais soutenait que c’était un mal nécessaire pour améliorer la qualité dans les laboratoires. Un objectif à la fois favorable aux pathologistes et aux malades. Le gouvernement était resté sourd trop d’années aux doléances des pathologistes.

Les techniciens ambulanciers suivent aujourd’hui une logique similaire en liant décès, temps d’attente allongé, manque d’effectifs et d’ambulances. Simple tactique syndicale ou problème réel?

«Il faut revoir la façon de calculer la desserte ambulancière. Malheureusement, on le fait encore de façon historique. On ne tient pas compte de la hausse de la population, du vieillissement de la population et de l’augmentation de la congestion routière», notait la semaine dernière la députée péquiste Agnès Maltais, en appui aux syndiqués.

En 2013, le ministre Réjean Hébert avait formé un comité national sur les services préhospitaliers d’urgence pour analyser le système «dans le contexte du vieillissement de la population et des demandes récurrentes d’ajouts de services ambulanciers partout au Québec».

Le président du comité, Marc Ouellet, a remis son rapport et 116 recommandations en juin 2014, au ministre Barrette. Ce dernier a par la suite mis sur pied un comité de mise en œuvre. 

Tout ne tourne pas rond cependant. Des techniciens ambulanciers mécontents des négociations avec les propriétaires d’ambulances se tournent vers le ministère, et certains de ces mêmes propriétaires blâment aussi le gouvernement et le contrat de services qu’il a imposé par décret ce printemps.

La Corporation des services d’ambulance du Québec estime que le ministre a coupé 121 millions $ sur trois ans. Le groupe conteste d’ailleurs le décret devant les tribunaux. 

Le cabinet de M. Barrette indique pour sa part que le nouveau contrat de services répond en partie aux recommandations du comité Ouellet. Cela reste à voir. Ces derniers jours, on a plutôt l’impression que ce sont des malades qui risquent de payer les frais des différents litiges.