À la santé de nos entrepreneurs

ÉDITORIAL / Ça fait partie de leur ADN : les gens d’affaires peinent à mettre en relief leurs bons coups. Rarement verra-t-on un président de PME vanter ses succès, à moins bien sûr qu’une telle démarche fasse partie de son modèle d’affaires. C’est le cas notamment dans l’univers commercial. Or, la majorité d’entre eux — et là, nous parlons des entrepreneurs spécialisés dans la fourniture d’équipements, dans la conception de produits novateurs, dans la distribution ou dans tout autre domaine manufacturier, et j’en passe — préfèrent rester dans l’ombre plutôt qu’exposer leur réussite à la population. Pourquoi ? La réponse réside peut-être dans la culture québécoise, où même en 2019, l’écho des Béatitudes semble encore résonner : « Heureux les pauvres… » ; « heureux les affligés… ».

Selon les statistiques, une personne sur dix a les aptitudes requises pour se lancer en affaires. De ces quelque 10 % de la masse, seulement un sur dix tentera de mettre sur pied une entreprise solide et pérenne. Du lot, encore une fois, un sur dix réussira à atteindre son objectif du premier coup. Pourtant, ces hommes et ces femmes d’affaires reçoivent très rarement le support moral et l’encouragement qu’ils méritent.

Lundi dernier, la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord honorait, dans le cadre d’un 5 à 7, 24 entrepreneurs qui seront finalistes lors de son Gala du mérite économique, qui aura lieu le 4 avril. Sans doute, à la lecture de ces lignes, certains imaginent deux ou trois femmes « de la haute » entourées d’une trentaine d’hommes en complet, fiers ambassadeurs d’un stéréotype risible. Détrompez-vous ! Les gens d’affaires de la région incarnent en réalité toutes les strates de notre collectivité. Ils sont composés d’autant (sinon plus) de femmes que d’hommes, de jeunes et de moins jeunes, de cravatés et de décontractés. Ces gens d’affaires sont aussi des employeurs, des visionnaires, des preneurs de risque et des travailleurs acharnés. La photo de famille est bigarrée, mais tous sont unis par un lien intrinsèque : l’ambition de réussir, au prix d’efforts et de sacrifices souvent démesurés.

Ils transforment les lingots issus de nos usines ou produisent un gin exquis, qui a la saveur de nos forêts ; ils ont des boutiques de vêtements partout au Québec ou prouvent, par leurs compétences en informatique, que la planète n’a plus de distance à l’ère du numérique ; ils construisent nos maisons, gâtent nos palais de chocolats divins, nous font découvrir les splendeurs de notre région, nous abreuvent de leurs produits uniques, nous accompagnent même dans le deuil… Ils nous soignent et nous accueillent dans leurs restaurants. Ils sont artistes ; ils sont artisans.

Ils sont tout ça, mais ils ne s’en réclament pratiquement jamais.

Les gens d’affaires de la région ne sont pas de grandes corporations insensibles. Ils sont des citoyens essentiels à notre développement. Ils rêvent d’un Saguenay-Lac-Saint-Jean prospère, qui offre à ses habitants des services et des produits dignes de la métropole. Ils font partie de notre génétique et procurent à des dizaines de milliers de travailleurs un salaire qui leur permet de jouir de la vie.

Ils contribuent à notre rayonnement par leurs accomplissements, mais aussi en commanditant nos événements ou en encourageant nos athlètes, nos surdoués, nos vainqueurs. Et bien sûr, ils paient des taxes.

Mais avant toute chose, ensemble, ils nous permettent de rivaliser avec toutes les autres régions dans notre quête incessante de développement. Ils contribuent activement à faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean une région où il fait bon vivre.

Alors à tous ces bâtisseurs modernes, à ces brasseurs de rêves et à ces distilleries de talent, chapeau !