Le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay

À 10 minutes de la ville !

ÉDITORIAL / Peu importe où vous vous trouvez, le cœur d’une ville et même d’une région n’a jamais la cote. C’est aussi vrai à Saguenay, où les citoyens des périphéries du territoire comme Laterrière, Lac-Kénogami, Shipshaw et Canton-Tremblay ont l’impression que tout l’argent va au cœur de la ville, en l’occurrence Chicoutimi et Jonquière.

Ce sentiment amorce bien mal un débat sur l’équité fiscale et le partage des services aux citoyens.

Quand le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard s’est lancé dans la laborieuse aventure des fusions municipales à la fin des années 90, l’un des objectifs était d’atténuer les inégalités fiscales par une harmonisation et une répartition des coûts des services. Les fusions avaient été précédées par une autre réforme, celle de l’établissement des villes-centres, un concept qui faisait grincer des dents les municipalités autour des grands centres.

L’idée derrière les villes-centres était pourtant simple et difficile à contrer : les grandes agglomérations urbaines offrent des services extramunicipaux, ce qui occasionne des coûts qui ne sont assumés que par les contribuables de la ville.

Les centres urbains, comme l’a décrit le maire de Saint-Honoré, Bruno Tremblay, récoltent beaucoup (en retombées) des citoyens des municipalités de banlieues. C’est vrai. Mais il y a aussi des coûts à considérer lorsque les gens circulent sur ton territoire, utilisent tes équipements, etc.

Ce que M. Tremblay n’a pas dit, cependant, est qu’il est vraiment difficile de tracer une ligne quand vient le temps de débattre d’équité fiscale entre citoyens d’un même territoire. Par exemple, s’il y a une chose sur laquelle il serait bien de s’entendre, c’est que parmi les attraits d’une municipalité comme la sienne, il y a la proximité avec les arrondissements de Chicoutimi et de Jonquière. Le bassin de main-d’œuvre qui s’y trouve assure la pérennité de la mine Niobec, entre autres choses.

Le meilleur des deux mondes, comme il est dit souvent dans les slogans des municipalités périphériques, c’est grosso modo : la tranquillité de la campagne et l’accès aux mêmes services que tout le monde.

À plus petite échelle, La Baie, Alma, Roberval, Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini vivent un phénomène semblable. Des municipalités telles Saint-Henri-de-Taillon et Saint-Gédéon jouissent d’attraits indéniables que la ville ne peut offrir. Mais il faut bien admettre que leurs citoyens sont généralement heureux et satisfaits de vivre le concept de la campagne en ville parce qu’ils ont accès à tous les services offerts dans leur agglomération, sans en payer les coûts directs.

Allons-y d’un exemple très concret : le citoyen de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix qui assiste à un spectacle à la salle Michel-Côté génère une retombée économique, bien sûr, mais à la différence de l’Almatois qui est au même spectacle, il ne paie pas les rénovations, l’entretien et le personnel de cette même salle. Le système est ainsi fait et personne ne s’en plaint.

Les contribuables des centres comme Jonquière et Chicoutimi vivent près des services et paient aussi pour l’ensemble des infrastructures sur le territoire. Prenez, par exemple, l’arrondissement de Chicoutimi (composé aussi de Laterrière et de Canton-Tremblay). Il y a 67 046 citoyens desservis par six conseillers. À Jonquière (avec Shipshaw et Lac-Kénogami), il y a aussi six conseillers pour une population de 59 785. À La Baie, il y a trois conseillers pour une population de 18 534. Pour en arriver à une certaine cohésion, même si ça peut paraître inéquitable, les Jonquiérois et les Chicoutimiens ne s’en plaignent pas.

À Saguenay, tout le monde a enfin le même taux de taxes au 100 $ d’évaluation. Quand vient le temps de vendre une propriété, tout le monde souhaite un rôle d’évaluation révisé à la hausse. Quand vient le temps de payer ses taxes, on rêve du contraire, comme quoi il n’y a rien de parfait.

Alors, comment peut-on honnir les centres tout en ayant acheté le concept « À 10 minutes de la ville » ?