Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

« Gaétan, tu règles ça »

ÉDITORIAL / Le premier ministre Philippe Couillard n'a eu à prononcer que quelques mots, qui doivent se décliner à peu près ainsi : « Gaétan, tu règles ça tout de suite. » Au gouvernement, quand le patron parle, les subalternes exécutent.
Le ministre Gaétan Barrette a finalement plié l'échine dans sa tentative de rapatrier à Québec les chirurgies liées au cancer de l'oesophage. Jusqu'ici, il s'était montré inflexible, réitérant sa position sur toutes les tribunes, mais la pression exercée par le milieu, incluant celle du conseil d'administration du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, a trouvé une oreille attentive auprès de son supérieur.
Il serait bien mal avisé, cependant, de célébrer sans retenue. Ce repli n'est pas définitif ; il ne s'agit que d'un statu quo, une trêve, le temps qu'une étude soit effectuée par l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS).
Le fardeau de la preuve
Les médecins de Chicoutimi ont eu gain de cause, certes. Ils ont remporté une bataille, pour reprendre l'expression consacrée, mais il leur reste maintenant à démontrer qu'ils sont en mesure de pratiquer ces opérations efficacement, selon les mêmes critères que leurs homologues des grands centres, malgré le nombre restreint de cas dans la région.
Obtenir l'approbation de l'INESSS n'est pas une formalité, loin de là. L'organisation a des standards de qualité extrêmement élevés. Tel que l'a mentionné le ministre Barrette, c'est elle qui, au Québec, homologue les médicaments destinés aux cancéreux. Si les personnes responsables d'évaluer l'équipe médicale de Chicoutimi concluent qu'il est préférable de transférer les chirurgies de l'oesophage dans la Vieille capitale, il en sera ainsi, quels que soient les arguments de la communauté régionale.
Les chirurgiens sont conscients du fardeau qui leur incombe désormais. Après l'avoir dénoncée publiquement, ils doivent démontrer que la mesure ministérielle était injustifiée.
Un enjeu réel
En entrevue avec le journaliste Denis Villeneuve, mardi, la responsable du service de gastro-entérologie à l'hôpital de Chicoutimi, Anick Boulard, a d'ailleurs insisté sur le processus d'évaluation de l'INESSS plutôt que de crier victoire. « On va s'organiser pour que les dossiers de nos futurs patients atteints du cancer de l'oesophage soient bien documentés. On ne sait pas comment ça va se dérouler. Ils vont éplucher sans doute les dossiers que nous avons traités. Ces cas seront passés au crible », a-t-elle mis en relief.
Un rapport négatif permettrait non seulement au ministre de faire taire ses critiques, mais ouvrirait également la porte à d'autres décisions du genre, susceptibles d'affaiblir le principal établissement de santé du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Année électorale
Il demeure qu'à court terme, il n'y a plus lieu de s'inquiéter en ce qui concerne les acquis de l'hôpital de Chicoutimi.
À un peu plus d'un an des prochaines élections provinciales, prévues à l'automne 2018, le premier ministre Couillard ne souhaite plus de soulèvements concertés, surtout pas dans la région dont il est le responsable.
La population régionale a clairement démontré qu'elle défendra son institution bec et ongles, sans compromis. Elle s'est fait entendre d'une seule voix, comme cela arrive trop peu souvent, et a réussi à faire reculer l'État... pour moins d'une dizaine d'interventions chirurgicales par année. C'est là toute la beauté d'un système démocratique.
Vox populi, vox Dei.