Éditoriaux

La semaine sur pause

La semaine sur pause est écrite par l’équipe éditoriale.

Le mot de la semaine

Boîte de Pandore: De la mythologie grecque, don d’un dieu (Zeus) qui contenait plusieurs attributs, autant négatifs que positifs.

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Josée Néron doit devenir un chef

ÉDITORIAL / C’était inévitable. Le rejet en bloc des conseillers municipaux de Jonquière dans le dossier du nouvel amphithéâtre a été perçu telle une charge contre Chicoutimi; tel un autre chapitre de la prétendue guerre de clocher qui opposerait les anciennes villes qui composent Saguenay. Il est vrai que cette unanimité des élus jonquiérois laisse perplexe, mais la réflexion mérite d’être poussée au-delà des conclusions faciles. Car plus qu’une vulgaire querelle de voisins, cette levée de boucliers démontre que Josée Néron ne peut diriger à sa guise. Mercredi, les indépendants de Jonquière ont testé le leadership de leur mairesse.

« Un administrateur, même excellent, n’est pas un chef. Seul le chef peut gagner une guerre. » Cette citation de l’ancien chef d’état-major de la Défense Jacques Dextraze remonte à 1944, mais elle demeure d’une grande pertinence. Et il va sans dire que Josée Néron aurait avantage à s’en inspirer avant qu’il soit trop tard et que la gestion de la Ville devienne tributaire de consensus improbables. Elle doit s’approprier l’influence et le pouvoir qui lui revient. 

L’opposition des élus de Jonquière, cette semaine, n’est rien de moins qu’un pied de nez à la mairesse, qui avait affirmé publiquement sa volonté de construire un nouveau Colisée au centre-ville de Chicoutimi. Les Julie Dufour, Jean-Marc Crevier, Michel Thiffault et compagnie auraient pu faire leurs représentations à l’interne; négocier un terrain d’entente. Bref, ils auraient pu être plus solidaires. Ils ont toutefois choisi de s’unir et de défier l’autorité de Josée Néron. 

En ce sens, une autre déclaration de Dextraze s’applique : « Le leadership, c’est l’art d’inciter les autres à faire volontairement ce qu’il y a à faire pour arriver à l’objectif ou au but». Josée Néron avait un objectif, un but, mais en fin de compte, elle n’a su rallier que la moitié de son conseil. 

Et ne cherchons pas ailleurs : il est là le véritable problème de Saguenay, et non dans une hypothétique conspiration contre Chicoutimi.

Inspirer la fierté

Il est triste que cette trame politique fasse ombrage au projet d’amphithéâtre au centre-ville et qu’elle atténue son importance pour le milieu. 

Les considérations pécuniaires ne peuvent être ignorées, certes, mais elles ne doivent pas non plus devenir l’arbre qui cache la forêt. Dans ce cas particulier, il faut également tenir compte du prestige qu’apporte un aréna digne de notre époque, de l’effet d’attraction qu’une telle infrastructure génère. Le premier ministre Philippe Couillard n’aurait pu mieux commenter la situation : « Pourquoi notre capitale régionale n’en aurait pas, un édifice moderne? » Il référait alors à des projets semblables qu’ont déclenchés les villes de Gatineau et de Trois-Rivières. Il aurait pu inclure l’amphithéâtre de Rimouski. 

Évidemment, le chef du gouvernement rêve d’ajouter ce projet à son portfolio en vue de l’élection générale d’octobre prochain. Son argument n’est toutefois pas moins sensé. Il faut parfois investir pour rester au goût du jour, et cette réalité s’applique aussi bien à une municipalité qu’à une résidence privée. 

Josée Néron doit vendre ce sentiment de fierté aux citoyens, rappeler que cette infrastructure fera naître une nouvelle dynamique au centre-ville. Elle doit démontrer que non seulement les amateurs de hockey en bénéficieront, mais également toute la population. Le contexte ne pourrait être plus propice pour réaffirmer la position de Saguenay sur l’échiquier provincial. 

Mais avant d’entreprendre une campagne de séduction publique, il lui faudra d’abord s’imposer tel un chef parmi les élus de la Ville. Pas en empruntant le ton du dictateur, mais plutôt celui du leader fort, incontesté et respecté par ses pairs.

Parce que sans l’appui de ses troupes et sans la présence de bons stratèges dans son cabinet, elle ne pourra remporter aucune guerre.

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Quand la maison craque de partout

ÉDITORIAL / À six mois d’une élection générale au Québec, il est étonnant qu’aucun parti n’ait encore réclamé le bilan complet de la réforme Barrette. Pas juste un chapelet de chiffres, qui cachent trop souvent l’arrière du décor. Non, un véritable diagnostic, quantitatif et qualitatif, qui permettrait de statuer si le gouvernement de Philippe Couillard a remporté son pari ou s’il a échoué dans la mise en œuvre de son plus important chantier.

Lorsqu’il a été élu, le gouvernement n’avait pas comme seul mandat d’alléger la charge fiscale du réseau de la santé et des services sociaux, mais également de s’assurer que les soins offerts soient plus efficaces. 

Or, le système de santé et de services sociaux nous offre régulièrement son lot d’histoires troublantes : listes d’attentes interminables à la DPJ, problèmes de communication, négligence et erreurs dans les CHSLD, personnel infirmier à bout de souffle, pénurie criante de main-d’œuvre dans les hôpitaux… Est-il normal que le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean doive obliger les étudiantes universitaires à rester en poste au-delà d’un quart de travail de huit heures ? 

Pour emprunter le jargon des entrepreneurs généraux : on a l’impression que la toiture coule, que l’air entre par les fenêtres et qu’il y a des fissures dans la fondation. 

Uniformiser à tout prix

Souvent, reculer d’un petit pas permet d’admirer un portrait dans son ensemble et de mieux percevoir la démarche artistique qui l’anime. 

En octobre 2014, le ministre Gaétan Barrette accepte l’invitation du Cercle de presse du Saguenay. Nous sommes alors aux balbutiements de la réforme. Le projet de loi 10, qui prévoit notamment l’abolition des agences régionales et des directions d’établissements, vient d’être déposé un mois plus tôt. 

L’un des arguments du ministre pour justifier sa démarche est qu’il y a trop de cadres dans le réseau. Une affirmation qui, admettons-le, a eu l’effet espéré auprès de la population en général. Peu de gens iront pleurer sur le sort de patrons grassement payés par l’État, qui œuvrent en marge de la première ligne d’intervention. Ainsi, le nombre de gestionnaires a été réduit et ceux qui sont demeurés ont été, pour l’essentiel, rapatriés à Chicoutimi. 

Près de quatre ans plus tard, y aurait-il un lien entre la disparition des directions locales et les problèmes actuels ? Peut-on croire que des employés mieux encadrés bénéficieraient d’un environnement plus défini, et qu’ils pourraient ainsi se concentrer davantage sur leurs tâches premières ? Quand on ne sait plus à quel saint se vouer, les chances sont grandes de verser dans l’hérésie. 

Enfin, n’y a-t-il pas lieu de se demander si la cure Barrette était adaptée aux régions et non seulement aux grandes agglomérations urbaines ? La différence est pourtant gigantesque entre un territoire de 106 500 km2, comme celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et un autre d’à peine 365 km2, comme celui de la métropole. 

« Je comprends qu’ici, vous avez toujours eu le luxe de disposer d’une Agence performante. Mais, à un moment donné, on fait des lois et règlements qui visent une permanence et une stabilité à l’échelle de la province », avait répondu le ministre, lors de sa rencontre d’octobre 2014. 

Cette obsession pour la « permanence » et la « stabilité » a failli marquer la fin des chirurgies de l’œsophage dans la région ; elle a aussi failli coûter un bloc opératoire à Dolbeau-Mistassini. Mais surtout, elle a complètement déstabilisé cinq établissements qui, jusque-là, fonctionnaient très bien, en collégialité avec leur milieu respectif. 

Blâmer la direction de l’actuel CIUSSS pour les ratés du système serait injuste. Les administrateurs locaux doivent composer avec une enveloppe fermée et des directives inviolables quant à leur budget d’exploitation. 

Et souvent, comme c’est le cas aujourd’hui, ils doivent opter pour le moindre mal entre la pluie qui leur coule sur la tête, le froid qui s’infiltre dans la demeure ou l’eau qui inonde le plancher.

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Voir à nos déficits

ÉDITORIAL / Est-ce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean va se laisser, encore une fois, obnubiler par l’espoir d’investissements majeurs dans les alumineries d’Arvida et d’Alma ? Même si, effectivement, il est doux aux oreilles des Jeannois et des Saguenéens d’entendre que les plus beaux projets de développement de la multinationale Rio Tinto, en matière d’aluminium, se trouvent chez nous, il ne faut pas fermer les yeux sur des problèmes fondamentaux.

Évacuer les déficits démographique et démocratique dans l’éventualité où Rio Tinto irait de l’avant constituerait une erreur, surtout que dans les deux cas, des démarches ont été sérieusement amorcées. Si la région en venait là, c’est-à-dire à se satisfaire d’une relance des grands projets, elle jouerait la version moderne de la Rome antique « Du pain et des jeux » ! Flattez le peuple, il baissera la garde ou mieux, version 2018, tenez-le repu et tout ira bien !

Initiatives

Au cours des derniers mois, certaines initiatives ont été mises de l’avant dans la région pour prendre de front deux situations urgentes : le déficit démographique et le déficit démocratique. Et rendons à César ce qui est à César, ce sont les élus péquistes de la région qui sont à l’origine de ces deux réflexions.

D’une part, les députés péquistes, Alexandre Cloutier (Lac-Saint-Jean), Sylvain Gaudreault (Jonquière) et Mireille Jean (Chicoutimi) ont invité les acteurs de la région à un rendez-vous sur la concertation cet hiver et, d’autre part, le premier a organisé un Colloque Action Économique, portant principalement sur la démographie.

Comme quoi les deux événements ne se voulaient pas partisans, même si à la fin pouvait embêter le gouvernement en place, ils ont regroupé des gens de toutes les factions. Par surcroît, l’invitée majeure d’Alexandre Cloutier n’était nulle autre que la ministre libérale, Dominique Anglade !

Mais c’est au fond qu’il faut davantage s’attarder pour juger des deux initiatives. Et en mesurant l’urgence , les observateurs ont constaté qu’il y allait des intérêts de la région. 

En ce qui a trait à la démographie, la grande fracture entre Québec (vers l’ouest) et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Gaspésie, la Côte-Nord et l’Abitibi est de plus en plus évidente. Ces « belles et riches » régions ressources n’arrivent plus à se renouveler, ce qui les menace directement et dangereusement.

À ceux qui se trouvent « ben de même », sachez qu’une baisse démographique c’est aussi moins d’argent pour nos hôpitaux, nos écoles, nos routes, autrement dit, un rapetissement inévitable de la région. Ça va donc prendre un virage à 180 degrés pour que le Saguenay-Lac-Saint-Jean puisse accueillir des immigrants. Dommage que nous ayons attendu d’avoir un besoin criant de main-d’œuvre pour s’en convaincre.

Il faut se souvenir du cri d’alarme de Robert Bouchard, de Béton préfabriqué du Lac qui s’est vidé le coeur devant la foule de 350 personnes réunies au Colloque Action économique, à Alma.

« On a investi 25 millions $ dans nos usines à l’extérieur. Mais on a investi 0 $ ici. Pourquoi ? Il n’y a pas de monde », a lancé sans détour l’homme d’affaires, dont l’entreprise possède des installations un peu partout dans le monde, notamment au Brésil et aux États-Unis.

Cercle trop restreint

L’autre événement de l’hiver est tout aussi important. La Table des préfets, de si bonne intention soit-elle, ne peut pas prétendre parler au nom de la région, comme l’ont fait la défunte Conférence régionale des élus (CRÉ) et l’ancien Conseil régional de concertation et de développement (CRCD). Le gouvernement, qui nous dirige à partir de Québec, doit entendre d’autres voix que celles des préfets. Même avec la meilleure foi du monde, comment peut-on leur reprocher de travailler pour leur paroisse ? 

D’ailleurs, dans une démarche de partage de pouvoir, ce sont eux qui ont le plus à perdre. En tout cas, Serge Simard, lui, ne s’est pas gêné pour dire qu’il y avait du bon là-dedans.

Et dire qu’il y a un sentiment de nostalgie quand on évoque l’époque où chaque région avait son sous-ministre ! 

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Aluminium, bois, béton et fierté

ÉDITORIAL / L’éventuelle construction d’un amphithéâtre du 21e siècle à Saguenay a engendré bien des discussions jusqu’ici, notamment sur la pertinence d’une telle infrastructure et sur l’emplacement de celle-ci. Or, un autre questionnement mérite d’être formulé avant que s’amorce la conception des devis : comment donner à ce futur aréna une âme distincte, reflet de notre patrimoine industriel ?

L’occasion est idéale pour faire de ce chantier potentiel un modèle de synergie entre l’aluminium, le bois et le béton, trois matières sur lesquelles repose notre fierté régionale. 

Les entreprises Rio Tinto, Produits forestiers Résolu et Béton préfabriqué du Lac (BPDL) doivent toutes les trois être impliquées dans ce projet, s’il se matérialise. Chacune de ces entreprises fait rayonner notre expertise et notre savoir-faire au-delà des frontières. Chacune, dans son créneau respectif, est un pilier de l’économie saguenéenne et jeannoise, et la démonstration qu’il est possible de s’épanouir ici malgré les contraintes d’éloignement. 

Mais surtout, toutes ces compagnies ont contribué, de près ou de loin, à des projets d’une envergure incomparable à celle d’un amphithéâtre d’à peine 4000 places. 

La signature de BPDL est imprégnée sur le Centre Bell de Montréal, le Yankee Stadium de New York et bien d’autres édifices à vocation récréative, mais également sur des prouesses architecturales telles les tours de Gasson Hall, au Boston College. Son portfolio déborde de réalisations fascinantes partout sur le continent… sauf ici. Le temps n’est-il pas venu pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean de s’inscrire dans ce prestigieux album ? 

Quant à Rio Tinto Aluminium, jadis Alcan, nulle autre entreprise n’est ancrée à ce point à l’histoire du Royaume. L’aluminium en fusion coule dans les veines de générations de travailleurs. Le métal primaire demeure notre principal moteur de développement économique, non seulement par l’entremise des emplois qu’il génère, mais également par le biais des centres de recherche et des PME qui s’y sont greffés au fil du temps. Par contre, ironiquement, c’est de l’aluminium produit par Alcoa qui a servi de recouvrement pour l’aréna de l’UQAC, érigé en 2009. À l’époque, la grande rivale de Rio Tinto n’avait pas manqué de souligner cette « intrusion » en terre saguenéenne. N’est-il pas temps que le nom de Rio Tinto soit, lui aussi, associé à un amphithéâtre de la région ? 

Enfin, après des années de misère et une restructuration majeure de ses opérations, Produits forestiers Résolu a renoué avec les profits et a récupéré ses lettres de noblesse dans la région. Malgré les litiges commerciaux qui se répètent avec les États-Unis, PFR s’impose tel un citoyen corporatif de premier plan. L’injection de plus d’un demi-million de dollars dans la communauté depuis 2010, attribués pour souligner les performances de ses travailleurs en matière de santé et de sécurité, témoigne d’une volonté de la compagnie de s’impliquer dans son milieu. Il y a lieu de croire que si PFR a expédié des wagons remplis de bois d’œuvre en Floride et au Texas, pour aider les sinistrés des ouragans Harvey et Irma, elle ne se fera pas tirer l’oreille pour collaborer à la construction d’un amphithéâtre régional, là où elle puise sa matière première. 

L’idée n’est pas de faire de ces trois compagnies des mécènes ; ça irait à contresens de toute logique économique. Par contre, si Saguenay et ces trois entreprises peuvent élaborer un partenariat profitable pour toutes les parties, ce n’est pas un aréna qui sera érigé, mais bien un symbole de notre identité. 

Une ossature de bois, un épiderme d’aluminium et des entrailles de béton.

Budget 2018

La touche finale de l’oeuvre libérale

ÉDITORIAUX / Pour le contribuable qui ne s’attarde pas aux discours partisans, le budget Leitão est difficile à critiquer. L’exercice est généreux, sensiblement adapté aux tendances populaires, il tient compte de la majorité des besoins manifestés par les régions, bref, il s’agit d’un budget de campagne électorale dans sa plus pure expression.

À quelques mois de l’appel aux urnes, le gouvernement Couillard compte ainsi renouer avec une population qui lui est de moins en moins favorable, selon les récents sondages. 

Un feu d’artifice de dépenses, pour reprendre les termes de Jean-François Lisée dans les minutes suivant sa lecture du budget. Le chef du PQ a raison, mais aurait-il fait autrement ? Et François Legault ? 

La formule est questionnable, certes, mais admise – et répétée – depuis si longtemps : trois années de restrictions suivies d’une année d’abondance. 

Qui plus est, le contexte n’aurait pu être plus propice, alors que le PIB au Québec a connu une croissance inespérée de 3 % en 2017.

Tant à Montréal qu’ailleurs sur le territoire, tous ont reçu leur dot de l’État et peuvent aborder les prochains mois avec optimisme. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne fait pas exception. La question est : dans quelle mesure nos élus locaux et nos entrepreneurs sauront profiter de la manne ? Car, si les leviers offerts sont multiples, il demeure que tous souhaiteront s’accaparer la part du lion. 

C’est à cette table que la région est conviée et elle doit s’y présenter unie, avec en tête qu’une telle embellie ne se produit qu’aux quatre ans.

La main-d’œuvre avant tout

Entre autres faits marquants susceptibles de se traduire en retombées pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Fédération québécoise des municipalités évoque des investissements supplémentaires de 30 millions de dollars par année pour l’entretien du réseau routier, assortis d’une bonification quinquennale de 100 millions pour la réhabilitation des routes. La FQM souligne aussi les sommes ajoutées au Programme de réduction des tarifs aériens.

Ces efforts de l’État doivent être accueillis avec enthousiasme, mais ce sont toutefois les 90 millions de dollars alloués au recrutement de travailleurs qui doivent retenir l’attention des décideurs et entrepreneurs de la région en cette période de pénurie de main-d’œuvre. 

Il y a moins d’une semaine, dans le cadre du Colloque Action économique, le pdg de l’entreprise Béton préfabriqué du Lac, Robert Bouchard, affirmait ne pas pouvoir investir dans ses infrastructures almatoises faute de main-d’œuvre. BPDL n’est pas la seule entreprise dans cette situation. Longtemps annoncée, la pénurie de personnel qualifié frappe de plein fouet la région et constitue un frein à son développement. Il est donc crucial d’aborder la problématique avec toute l’énergie que celle-ci requiert, dans une logique d’ouverture face à l’immigration et à la contribution des aînés.

Québec ouvre grande la porte avec ce budget ; à nous maintenant de la franchir. 

La réponse en octobre

Le budget 2018 est la touche finale du premier mandat de Philippe Couillard et de son équipe, la conclusion d’un essai qui a été ponctué par l’austérité et les coupes, notamment celles imposées au système de santé. Il appartient désormais aux électeurs d’apprécier l’œuvre dans son ensemble et de choisir. Et c’est le 1er octobre qu’on saura avec précision si cette répartition du butin a donné du vent dans les voiles des libéraux ou si, au contraire, la stratégie du gouvernement n’a fait qu’alimenter le cynisme des contribuables. 

Tremplin pour l’équipe Couillard ou héritage empoisonné pour le prochain gouvernement ? 

La réponse dans quelques mois.

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La semaine sur pause

Mot de la semaine: cryptomonnaie

Monnaie virtuelle utilisable sur un réseau informatique décentralisé, de pair à pair. Elle est fondée sur les principes de la cryptographie et intègre l’utilisateur dans les processus d’émission et de règlement des transactions.

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La semaine sur pause

Citation de la semaine

«Si un promoteur se présente demain matin pour construire un hangar, nous n’allons sûrement pas lui mettre des bâtons dans les roues». 

- Arthur Gobeil, pdg de Promotion Saguenay, qui parlait du développement du secteur civil de l’aéroport de Bagotville.

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Ça vaut la peine d'essayer

Le Canada ne pourra remporter une épreuve de force contre le mouvement protectionniste qu’incarnent les États-Unis de Donald Trump. Le premier ministre Justin Trudeau aurait bien beau brandir la menace de représailles, il est parfaitement conscient qu’il courrait à sa perte en adoptant une attitude belliqueuse. Il sait que seul le peuple américain a le pouvoir de faire reculer le président Trump. Le peuple, de même que les compagnies qui dépendent des 2,5 millions de tonnes d’aluminium exportées chaque année au pays de l’Oncle Sam.

C’est cette carte qu’a décidé de jouer le premier ministre, lundi, lors du coup d’envoi d’une tournée pancanadienne au cours de laquelle il souhaite rassurer les travailleurs de l’aluminium et de l’acier du pays. Après le Saguenay-Lac-Saint-Jean, le chef du gouvernement fédéral fera escale à Hamilton et à Sault-Sainte-Marie, en Ontario, puis à Regina en Saskatchewan. 

Certes, le premier ministre livrera son message d’espoir dans les communautés ciblées, mais la démarche a surtout pour objectif de se faire entendre jusqu’au-delà des frontières. Et sur ce point, la présence de CNN au centre de coulée de Rio Tinto, à Saguenay, témoigne d’une stratégie politique habilement ficelée. 

L’image de Justin Trudeau vêtu de jeans et de bottes de travail, chemise entrouverte, entouré d’ouvriers et de lingots d’aluminium, a été diffusée dans chacun des cinquante États américains, accompagnée de lignes de presse qui, une fois réunies, se résument ainsi : les conséquences d’une taxe sur l’acier et l’aluminium seront aussi importantes pour vous que pour nous.

Reste à voir dans quelle mesure nos voisins du sud adhèreront aux arguments du premier ministre canadien, lorsqu’il vante les avantages d’un marché intégré ou quand il prédit des pertes d’emplois de chaque côté de la frontière. Il va même jusqu’à rappeler que l’industrie millitaire repose en partie sur l’aluminium canadien. Quand on parle de toucher une corde sensible... Les Américains en viendront-ils à l’inévitable conclusion qu’en bout de ligne, ce sont eux qui paieront ces tarifs de leur poche, s’ils sont appliqués ? 

Au moins, ils auront été prévenus. 

Une tribune

Dans un autre ordre d’idées, ce lancement de tournée met en relief l’importance de l’aluminium pour l’économie du Canada, du Québec et particulièrement pour celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

La présence de Rio Tinto dans la région a permis à cette dernière de se développer et de devenir le symbole du métal gris au pays. À l’échelle nationale, l’aluminium demeure toutefois une industrie méconnue et parfois critiquée injustement. Rien qu’au Québec, pensons à ceux qui, depuis des décennies, dénoncent l’octroi de blocs énergétiques accordés à l’industrie. 

Une visite comme celle de lundi est une vitrine inespérée pour démontrer l’ampleur du savoir-faire saguenéen et jeannois, qui n’existerait pas sans la production de métal primaire. 

Solidarité

Peut-être qu’à terme, cette tournée du premier ministre n’aura pas eu l’effet souhaité ; peut-être le destin de l’aluminium et de l’acier demeurera-t-il une monnaie d’échange dans le cadre des négociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). 

Quelle que soit l’issue de cette saga, il faudra néanmoins se souvenir que pour une fois, tous ont marché dans la même direction : Ottawa, Québec, l’industrie et les travailleurs. Cette solidarité est — et demeurera — notre principal atout contre les régimes protectionnistes tel que celui de Donald Trump. 

Et si la stratégie de Justin Trudeau est profitable, s’il réussit à convaincre les Américains en les interpellant ainsi jusque dans leur foyer par l’entremise des grands réseaux tel CNN, il pourra dire qu’à l’instar de David, il a su terrasser Goliath à l’aide d’un vulgaire caillou. 

Ça vaut la peine d’essayer. 

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Le capharnaüm libéral

Le Parti libéral du Canada est complètement désorganisé dans Chicoutimi-Le Fjord, au point où il y a lieu de se demander si le gouvernement souhaite réellement conserver la circonscription. Jamais l’association locale n’a semblé si loin d’Ottawa. La situation serait peu surprenante si elle impliquait une formation en déroute, mais dans ce cas-ci, il s’agit d’un gouvernement majoritaire. Que se passe-t-il ?

« On ne sait pas où on s’en va… » 

Vianney Lessard est président de l’Association libérale dans la circonscription. En entrevue téléphonique, il ne cherche ni à défendre son parti, ni à enrober ses réponses. Le militant en a gros sur le cœur, et c’est sans invitation qu’il décrit le chaos dans lequel l’organisation est plongée.

Depuis l’annonce du départ prématuré de Denis Lemieux, rien ne va plus. Malgré des tentatives répétées, le président d’association n’a jamais été en mesure de connaître les intentions du gouvernement quant à l’élection partielle imminente. En fait, confirme-t-il, la communication est au point mort entre les membres de la circonscription et les dirigeants du parti. À maintes reprises, M. Lessard utilise les termes « impasse » et « insoutenable » pour qualifier le capharnaüm à l’intérieur duquel il doit composer. 

La démission de l’ancien organisateur principal du PLC au Québec, Jonathan Tanguay, a laissé un vide dans la structure, rapporte-t-il. Depuis des semaines, il attend en vain un retour d’appel du bureau provincial. Et plus le temps passe, plus la liste de ses questions s’allonge. « Il y a anguille sous roche et lorsqu’ils vont finir par m’appeler, je vais avoir de drôles de questions à leur poser. Pourquoi n’a-t-on pas de nouvelles ? Pourquoi ne nous parle-t-on pas ? Il faut savoir où l’on s’en va. » Pendant qu’il patiente, il voit des noms surgir dans l’actualité comme candidats potentiels : Claude Bouchard de Promotion Saguenay et Michel Ringuette, un ancien maire de Saint-Charles de Bourget. « Je ne sais même pas s’ils ont déposé leur candidature de façon officielle ! », s’exclame-t-il. 

Il règne une opacité troublante entre la tête du parti et sa base, ça ne fait aucun doute. Et pour ajouter l’insulte à l’injure, Justin Trudeau sera à Alma lundi, à moins d’une heure de route de Chicoutimi-Le Fjord, mais le premier ministre ne prévoit aucun arrêt dans sa circonscription orpheline. Pourquoi ? « La démission de M. Lemieux a fait une tache au sein du Parti libéral », avance M. Lessard.

La relation entre l’association locale et l’ex-député n’était guère plus harmonieuse pendant les deux années où Denis Lemieux a agi comme député. « On n’a jamais été capables de rencontrer cette personne-là. On a essayé par tous les moyens de lui parler. Je pense qu’il y avait un froid, mais je ne suis pas en mesure de l’expliquer. »

Il y a quelques mois à peine, les candidats se ruaient aux portes du PLC en vue de l’élection partielle dans Lac-Saint-Jean. Celle-ci a finalement été remportée par le député Richard Hébert. Pourquoi le scénario ne s’est-il pas reproduit dans Chicoutimi-Le Fjord ? Comment l’enthousiasme a-t-il pu s’effriter à un point tel que si peu de personnes soient attirées par le pouvoir ? Lorsque même l’opportunisme politique n’opère plus, il y a lieu de se poser de sérieuses questions. 

L’étoile de Justin Trudeau a considérablement pâli au cours des derniers mois, surtout depuis sa récente mission économique en Inde, dont les Canadiens ne garderont en souvenir que ses tenues vestimentaires inappropriées et ses erreurs diplomatiques. La jeunesse, l’héritage familial, et les égoportraits n’impressionnent plus, et c’est aujourd’hui un chef d’État responsable et présent que réclament les électeurs. Ceux de Chicoutimi-Le Fjord ne font pas exception et il ne faudra pas se surprendre s’ils décident, à leur tour, de bouder le gouvernement lorsqu’ils seront dans les urnes. 

Il y a quelque chose de pourri au royaume des libéraux, dirait sans doute Hamlet. Et il n’aurait pas tort. À moins qu’en coulisse, le gouvernement ait élaboré une stratégie si bien ficelée qu’elle fera oublier le manque de considération qu’il démontre présentement envers ses militants de la base.