Éditoriaux

Une ville dans la ville

ÉDITORIAL / Quel que soit l’angle sous lequel la situation est analysée, un fait demeure : la rencontre entre la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, et les élus de l’arrondissement de Jonquière, à la fin novembre, est une gifle au visage de la mairesse Josée Néron. Une telle rencontre, sans la présence de celle qui a été choisie par les Saguenéens pour diriger la Ville, n’avait pas lieu d’être, quels que soient les motifs ou les intentions des parties concernées.

Cela dit, il y a lieu de se poser la question suivante : comment Jonquière est-elle devenue à ce point influente qu’elle donne l’impression d’être une ville dans la ville, même aux yeux des plus hautes instances gouvernementales ?

Pierre Jury

La péréquation, querelle stérile

ÉDITORIAL / Le thème de la péréquation est revenu sur le tapis et encore une fois, le Québec est pointé du doigt. C’est facile et pas toujours justifié. Mais la rengaine reprend à chaque fois.

Dimanche, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a révélé que cinq provinces se partageront les 19,8 milliards $ récoltés en vertu de la péréquation.

Éditorial

Espoir pour les proches aidants

ÉDITORIAL / Une personne sur quatre est proche aidante. Avec le vieillissement de la population, avec un réseau de la santé qui peine déjà à répondre à tous les besoins, de plus en plus de Québécois risquent de se retrouver bien malgré eux dans ce rôle exigeant. La ministre Marguerite Blais semble heureusement déterminée à alléger leur fardeau.

Croisons nos doigts pour que l’ex-libérale devenue caquiste ne soit pas revenue en vain en politique et que François Legault respecte son engagement.

Mme Blais promet une politique et un plan d’action pour 2020, et de l’argent dès l’an prochain. Elle souhaite également que la politique soit pérenne et non partisane. 

Des députés de tous les partis ont participé mardi à la première consultation menée par la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. C’est un bon début.

Les attentes sont énormes et commandent des actions sur plusieurs fronts. Si toutes les formations politiques travaillent ensemble avec tous ceux qui gravitent autour des proches aidants, la ministre parviendra mieux à concocter une politique qui répondra adéquatement aux besoins des citoyens qui consacrent temps, énergie et amour à une personne âgée, à un enfant handicapé, à un conjoint cancéreux, à un proche atteint d’une maladie mentale.

La politique doit avant tout faciliter la vie quotidienne des proches aidants et non, à permettre à l’État de se désengager en matière de santé et de services sociaux. 

Pour sauver des sous, pour pallier aux pénuries de main-d’œuvre qui affectent déjà le réseau de la santé, le gouvernement ne doit pas se fier indûment aux femmes, aux hommes, aux enfants (oui, cela existe) qui assument leur part de responsabilités en prenant soin d’un proche malade ou handicapée. Certains y laissent leur propre santé, voire leur vie.

La ministre Blais doit mettre fin au glissement. 

Chloé Sainte-Marie, porte-parole de la Fondation Maison Gilles-Carle, a dit lors de la consultation de mardi qu’il faut rééquilibrer le rôle de l’aidante dans la société. 

Au fil du temps, les proches aidants ont en effet été appelés à en faire toujours plus. En 2012, la Protectrice du citoyen notait dans un rapport sur l’accessibilité des services de soutien à domicile que le réseau de la santé comptait parfois trop sur les proches des malades.

Raymonde St-Germain rappelait que selon la politique établie par Québec, la participation du proche aidant devait être volontaire. Or, elle constatait malheureusement que le soutien «volontaire» faisait partie du calcul de certains établissements pour déterminer le nombre d’heures de services à domicile accordé à un patient. L’aide naturelle était devenue imposée.

Le problème n’était pas nouveau. En 2000, des groupes de femmes sonnaient déjà l’alarme. Ils reprochaient au gouvernement de trop compter sur le grand cœur et le «cheap labor» des femmes. Près de 60 % des proches aidants sont en effet de sexe féminin.

Les personnes qui jouent ce rôle assument aussi des pertes de revenus de 16 000 $ par année. Un bon nombre concilie travail et la tâche de veiller sur un proche fragile ou non autonome.

Comment leur accorder du répit, atténuer leurs pertes financières, faciliter les communications avec les médecins? Comment donner de la formation à ceux qui doivent, volontairement ou involontairement, jouer le rôle de proche aidant? Selon la professeure Sonia Éthier de l’École de travail social de l’Université Laval, 40 % des proches aidants n’ont pas choisi leur nouveau statut. 

Plusieurs d’entre nous auront à composer avec cette réalité. Lorsque Chloé Sainte-Marie déclare que les gens ne se voient pas comme des proches aidants parce que «c’est se reconnaître comme esclave», cela fait peur.

Nous avons tous intérêt à ce que Marguerite Blais réussisse.

Éditoriaux

La croisade de Jean-Marc Crevier

ÉDITORIAL / Le conseiller municipal Jean-Marc Crevier a lancé un pavé dans la mare, cette semaine, en invitant la population à se mobiliser afin que la fiscalité municipale encadrant les barrages privés soit modifiée.

L’idée est noble, la cause juste, et le débat tombe à point alors que les contribuables saguenéens devront vraisemblablement assumer une nouvelle hausse de taxe en 2019. Oui, il y a lieu de revoir les paramètres actuels qui datent du début des années 1970 et qui privent une ville comme Saguenay de dizaines de millions en revenus. Mais n’allez pas croire qu’une montée de lait et un coup de baguette magique seront suffisants pour bouleverser l’ordre établi. La route sur laquelle s’aventure Jean-Marc Crevier sera très longue et parsemée d’embûches.

Éditoriaux

La victoire du pouvoir

ÉDITORIAL / La population de Roberval confirme qu’elle n’a d’allégeance que le pouvoir. Car, contrairement à ce que prétendaient certains observateurs et analystes, cette victoire de Nancy Guillemette n’est pas un premier test réussi pour la Coalition avenir Québec, et encore moins un désaveu envers le Parti libéral, le Parti québécois ou Québec solidaire. Lundi, ces Jeannois n’ont pas choisi un candidat plutôt qu’un autre ; ils n’ont pas choisi un parti pour ses idées ; ils ont simplement pris le meilleur siège disponible à l’Assemblée nationale : celui qui se trouve du côté du gouvernement.

L’élection de Philippe Couillard, en novembre dernier, était prévisible, voire inévitable dans les circonstances. Pendant quatre ans, l’ex-premier ministre s’est acquitté efficacement de ses fonctions de député, s’alliant ainsi les principaux intervenants du milieu socioéconomique local. Or, il était tout aussi prévisible qu’il se retire rapidement si son parti était défait. Jamais les électeurs de Roberval n’ont cru un seul instant qu’ils seraient dans l’opposition pendant quatre ans.

Éditoriaux

Un rapport qui sonne l’alarme

ÉDITORIAL / Avez-vous, comme moi, ressenti la honte en ouvrant votre journal, jeudi matin ? Saguenay, la capitale régionale, est la pire de toutes les grandes villes canadiennes en matière de violence familiale envers les enfants, selon Statistique Canada. Au-delà de la gêne et de la colère que provoque une telle étude, il y a lieu de chercher des explications pour mieux interpréter les résultats et surtout, agir en conséquence.

D’abord, rappelons les faits. Le rapport de Statistique Canada fait état de 445 jeunes victimes de violence familiale par tranche de 100 000 habitants à Saguenay, plus que le double de la moyenne au pays, qui se chiffre à 194 cas/100 000 h.

ÉDITORIAUX

Matière à réflexion

ÉDITORIAL / Quoi qu’il ait accompli au cours de sa carrière, quel que soit son legs politique, c’est d’abord à partir de son éthique qu’un élu est évalué dans l’histoire. Réjean Bouchard a dirigé Saint-Bruno pendant près de deux décennies, avant de s’avouer vaincu lors des élections municipales de 2017. Il a été préfet de Lac-Saint-Jean-Est et a été conférencier invité au Gabon, pour parler de la gestion des matières résiduelles. En l’espace d’une soirée, lundi, son œuvre a été ternie. Tout ça pour des dépenses injustifiées qui totaliseraient près de 10 000 $, entre 2012 et 2016. Car, s’ils sont prêts à pardonner un écart verbal ou une mauvaise décision, les contribuables sont beaucoup plus enclins au goudron et aux plumes lorsqu’il est question de factures irrecevables.

Sans doute, ce dossier fera encore l’objet d’articles, au fur et à mesure que les vérifications d’usage seront effectuées et que les explications de l’ancien maire seront rapportées. Mais rapidement, la nouvelle administration municipale de Saint-Bruno tournera la page pour regarder vers l’avant. Déjà, le conseil a confirmé qu’il n’a pas l’intention de réclamer les sommes dues.

Éditoriaux

L’environnement ?

ÉDITORIAL / Avez-vous remarqué, vous aussi, que l’environnement prend une place de plus en plus importante dans les débats publics ; que le sujet est devenu une figure imposée dans tous les débats ? Là n’est pas une critique de l’importance à accorder aux pratiques écoresponsables, bien au contraire, mais se peut-il que l’argumentaire environnemental ne soit pas compatible à toutes les sauces et qu’à trop vouloir en faire, on finisse par nuire à l’essentiel de la cause ? La question se pose.

La quête au développement durable s’inscrit dans un courant de société qui gagne de l’ampleur. Le nombre de personnes qui adhèrent à ce concept augmente de jour en jour. Admettons-le, il était grand temps que la population fasse preuve d’une conscience collective. Les mentalités ont évolué lentement, mais de façon naturelle, au rythme des études sur les changements climatiques.

Pierre Jury

Amanda Simard, l'indépendante

ÉDITORIAL / Les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas. Alors que la jeune députée Amanda Simard était isolée par les rangs du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, mercredi, elle a pris la douloureuse mais courageuse décision de siéger comme indépendante à l’Assemblée législative.

Mme Simard continue de surprendre par son aplomb et la colonne dont elle fait preuve dans sa carrière... de quatre mois à Queen’s Park. Elle étonne par la force de caractère dont elle fait montre, et qui lui vaut l’estime de ses électeurs de Glengarry-Prescott-Russell... et d’ailleurs ! Au lieu de s’écraser en répétant la position du gouvernement, elle s’est tenue debout et a dit haut et fort qu’elle n’acceptait pas la décision du gouvernement de Doug Ford de couper l’Université de l’Ontario français et le Commissariat aux services en français.

Le gouvernement a bien tenté de se tirer d’affaire, clamant que les employés du Commissariat seraient tous intégrés au Bureau de l’ombudsman, le commissaire François Boileau également. Il a laissé entendre que l’Université de l’Ontario français serait créée dès que les finances publiques le permettraient. Le premier ministre Ford est même allé jusqu’à redonner aux Franco-Ontariens le ministère des Affaires francophones qu’il avait relégué au niveau d’un ministère délégué, en juin.

C’est bien beau, mais rien n’y fait.

Les Franco-Ontariens sont galvanisés par une rancœur évocatrice de celle de l’hôpital Montfort, en 1997, contre un autre gouvernement conservateur, celui de Mike Harris. Ils sont réunis sous l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui n’existait pas au tournant des années 2000, et qui démontre aujourd’hui la valeur de son action. 

L’AFO pilote le dossier face au gouvernement, et elle a rencontré M. Ford, hier. La rencontre, d’une vingtaine de minutes, s’est vite soldée par un échec. M. Ford a répété ses engagements face à la communauté franco-ontarienne. Mais il s’agissait d’un dialogue de sourds et le président de l’AFO, Carol Jolin, est vite ressorti bredouille de l’entretien. 

Il fait bien : il ne doit pas s’éterniser lorsque M. Ford tourne en rond avec ses promesses passées. 

Doug Ford s’est d’ailleurs enlisé un peu davantage, hier, devant l’Assemblée législative. Vantant la contribution des Franco-Ontariens « au plan culturel, historique et financier », il a lancé au passage qu’ils ne constituaient « que 3 % » de la population de l’Ontario. Cette erreur, petite en apparence, prend de l’ampleur lorsque les susceptibilités sont à fleur de peau. Le vrai chiffre, et c’est Caroline Mulroney qui l’a corrigé, est « entre 4 et 5 % ». Il s’agit de 4,1 % si vous calculez la population au sens strict, c’est-à-dire ceux qui ont le français comme langue maternelle ou le parlent à la maison. Mais c’est 4,7 % dans son sens plus large, si l’on utilise la définition inclusive du gouvernement de l’Ontario.  

Tout cela laisse Mme Mulroney, la ministre des Affaires francophones, dans de beaux draps. Si elle se range derrière les Franco-Ontariens, elle trahit son gouvernement. Alors, elle essaie de sauver la chèvre et le chou, restant fidèle à Doug Ford et ses conservateurs, espérant que la crise s’apaise. Mais comme ce n’est pas ça qui arrive, elle passe pour celle qui exécute les basses œuvres d’un gouvernement qui refuse d’entendre les récriminations d’une partie de l’électorat qui n’a même pas voté pour lui. À force que les Franco-Ontariens crient, cela fait mal paraître Caroline Mulroney et Doug Ford. Cela ne tempérera pas avec les 40 manifestations que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario organise aux quatre coins de la province, samedi, Amanda Simard en tête.

Éditorial

Chapeau, madame Simard

ÉDITORIAL / Une semaine après s’être prononcée contre les compressions de son gouvernement dans les services francophones, la députée franco-ontarienne Amanda Simard a franchi jeudi le seuil qui était devenu inévitable. En claquant la porte de son parti, elle a posé un geste courageux, inspirant et symboliquement très fort.