Éditorial

La sangsue et le crocodile

ÉDITORIAL / Le règne d’un dictateur s’achève. Le Zimbabwe pourra-t-il maintenant éviter de tomber dans les griffes d’un autre dictateur? Le contraire serait plus que surprenant.

Robert Mugabe aura régné au-delà de toute espérance, et au défi de la logique. Après avoir saccagé — et vampirisé — l’économie de son pays pendant des décennies, l’homme qui se déclarait encore récemment «prêt à mourir pour faire ce qui est juste» a finalement accepté de tirer sa révérence, quand il a réalisé que ses concitoyens eux aussi s’étaient faits à l’idée de le voir partir pour un monde meilleur.

S’il y a une chose que les dictateurs ont en commun, c’est bien l’instinct de survie. Lorsqu’on se donne autant de mal que lui pour accumuler la fortune que Mugabe a volée aux Zimbabwéens, on est rarement pressé de quitter ce monde matériel.

Le président voulait maintenir son emprise sur le pouvoir même après son départ, en manœuvrant pour que son épouse, Grace, assume sa succession. C’est cette guérilla interne, entre elle et les partisans de la première heure du dictateur, qui aura finalement eu raison de lui. 

Comme c’est presque toujours le cas avec les dictatures, celles-ci s’appuient sur un parrain extérieur, plus riche et plus puissant, pour survivre. Dans le cas du Zimbabwe, ce parrain est la Chine. 

Il serait surprenant que tout ce qui s’est produit au cours de ces derniers jours, le coup d’État militaire et le retour du successeur, Emmerson Mnangagwa, aurait réussi sans la bénédiction de Beijing. Et cela n’est pas nécessairement de bon augure pour le peuple du Zimbabwe.

La Chine investit des ressources considérables pour créer des liens avec le continent africain, et l’alliance du futur président, Mnangagwa, avec le gouvernement chinois remonte aux années 60. La tentation sera forte pour lui de reproduire dans son pays un système semblable au parti unique comme c’est le cas en Chine, déguisé en une démocratie de façade. 

Celui qu’on surnomme « le crocodile», en raison de la peur que ses crimes ont inspirée, cherchera sans doute à se présenter comme un réformateur pour plaire à la jeune génération qui manifeste depuis un an son ras-le-bol du vieux régime. Et peut-être y aura-t-il en effet des réformes, mais l’ADN du parti au pouvoir n’est pas prêt de muter pour autant. La corruption prendra de nouvelles formes, elle profitera à d’autres joueurs, mais rien dans les bouleversements qui secouent le pays n’annonce une fin de la kleptocratie. 

Et quels seront les rapports entre le nouveau leader et l’armée, sans laquelle il aurait été incapable de tirer son épingle du jeu? Pour l’instant le peuple se réjouit du rôle joué par les militaires pour mettre fin à un régime déchu, mais une fois que les gradés goûtent au pouvoir politique, ils ont du mal à s’en passer.

Les élections de 2013 lors desquelles Mugabe avait été reporté au pouvoir avaient été entachées d’irrégularité, jugées frauduleuses par plusieurs acteurs. Le pays devra peut-être se résoudre à un processus plus équitable s’il espère obtenir l’appui financier financier du FMI ou d’autres bailleurs de fonds, dont il a désespérément besoin pour soutenir son économie. 

C’est un levier dont le Fonds monétaire devra se servir pour assurer que les mécanismes démocratiques jouent leur rôle. La véritable lueur d’espoir dans le mouvement auquel on assiste, c’est qu’il se déroule sans violence. Le pays a déjà payé assez cher comme ça sans en plus verser son sang.

Éditorial

À l’école du Dr Barrette

ÉDITORIAL / Si des vies n’étaient pas en jeu, la situation serait pour le moins cocasse. Gaétan Barrette, le ministre de la Santé, se plaint des techniciens ambulanciers paramédics qui discréditent l’organisation des soins et inquiètent la population. Pourtant, à la tête de la puissante Fédération des médecins spécialistes, M. Barrette ne se gênait pas pour utiliser ce genre de stratégie lorsqu’un gouvernement tardait à prendre des actions.

Ce qui était bon pour les spécialistes ne l’est pas pour les techniciens ambulanciers?

Les ambulanciers de Québec, en négociation pour le renouvellement de leur contrat de travail, soutiennent que trois décès en quatre jours s’expliqueraient en partie par le manque d’effectifs sur le territoire.

Pour le ministre, il s’agit d’une «dynamique de relations publiques» qu’il qualifie «d’inappropriée» et de «déplorable». «On instrumentalise des situations et on dramatise à des fins de négociations syndicales», a-t-il déclaré au Soleil

Le Dr Barrette vient de se faire servir la médecine qu’il réservait au ministre de la Santé lorsqu’il représentait les médecins spécialistes.

En 2009, M. Barrette et le président de l’Association des pathologistes, Louis Gaboury, alléguaient à partir d’une étude que des femmes atteintes du cancer du sein pouvaient ne pas recevoir le traitement approprié à cause de tests erronés. 

Ce n’était pas anodin. Ce n’était pas sans susciter des inquiétudes chez les femmes ayant reçu un tel diagnostic. Le ministre libéral Yves Bolduc déplorait la façon des spécialistes d’utiliser les médias. Le Collège des médecins aussi. 

Le président Barrette admettait que le dossier pouvait susciter de l’inquiétude mais soutenait que c’était un mal nécessaire pour améliorer la qualité dans les laboratoires. Un objectif à la fois favorable aux pathologistes et aux malades. Le gouvernement était resté sourd trop d’années aux doléances des pathologistes.

Les techniciens ambulanciers suivent aujourd’hui une logique similaire en liant décès, temps d’attente allongé, manque d’effectifs et d’ambulances. Simple tactique syndicale ou problème réel?

«Il faut revoir la façon de calculer la desserte ambulancière. Malheureusement, on le fait encore de façon historique. On ne tient pas compte de la hausse de la population, du vieillissement de la population et de l’augmentation de la congestion routière», notait la semaine dernière la députée péquiste Agnès Maltais, en appui aux syndiqués.

En 2013, le ministre Réjean Hébert avait formé un comité national sur les services préhospitaliers d’urgence pour analyser le système «dans le contexte du vieillissement de la population et des demandes récurrentes d’ajouts de services ambulanciers partout au Québec».

Le président du comité, Marc Ouellet, a remis son rapport et 116 recommandations en juin 2014, au ministre Barrette. Ce dernier a par la suite mis sur pied un comité de mise en œuvre. 

Tout ne tourne pas rond cependant. Des techniciens ambulanciers mécontents des négociations avec les propriétaires d’ambulances se tournent vers le ministère, et certains de ces mêmes propriétaires blâment aussi le gouvernement et le contrat de services qu’il a imposé par décret ce printemps.

La Corporation des services d’ambulance du Québec estime que le ministre a coupé 121 millions $ sur trois ans. Le groupe conteste d’ailleurs le décret devant les tribunaux. 

Le cabinet de M. Barrette indique pour sa part que le nouveau contrat de services répond en partie aux recommandations du comité Ouellet. Cela reste à voir. Ces derniers jours, on a plutôt l’impression que ce sont des malades qui risquent de payer les frais des différents litiges. 

Éditoriaux

La politique dans la peau

ÉDITORIAL / Les gens connaissent Richard Hébert pour le rôle de maire qu’il a occupé au cours des quatre dernières années à Dolbeau-Mistassini. Ils le connaissent également comme candidat élu à l’élection partielle dans Lac-Saint-Jean, représentant du Parti libéral du Canada. Or, ce qu’ils connaissent du nouveau député n’est qu’un papillon encore bien enveloppé dans son cocon. Richard Hébert est très ambitieux, stratège, et à peine vient-il de franchir la porte de la Chambre des Communes que déjà, il commence à déployer ses ailes. Comme elle l’a fait en appuyant Denis Lebel, la circonscription de Lac-Saint-Jean s’est donné un homme qui aspire à des fonctions influentes au sein du gouvernement. Et sans aucun doute, il caresse dorénavant un seul et unique rêve : celui de devenir ministre.

Le député Hébert connaît par cœur le petit guide du parfait politicien. Affable, souriant, confiant sans être arrogant, élégamment vêtu en toutes circonstances, il ponctue ses réponses d’anecdotes bien pesées et de références à l’histoire, sans jamais dévier du sujet abordé. Il est habile en politique, comme il devait sûrement l’être pour son entreprise funéraire. Le bon mot pour chaque occasion ; pour chaque discussion. 

Son prédécesseur avait ce même talent, et regardez jusqu’où son éloquence l’a mené. 

Il y a des années, le père de Richard Hébert lui a dit : « Si tu te lances en politique un jour, arrange-toi pour gagner. La défaite colle à la peau d’un politicien comme une tache sur un vêtement. » À cette époque, des personnes l’avaient convaincu d’affronter le conservateur Benoît Bouchard, un monument dans sa circonscription sous l’ère de Brian Mulroney. Après cet entretien avec son paternel, il a reculé d’un pas. 

Il a placé son projet sur la glace, mais n’a jamais cessé de le nourrir jusqu’à cette soirée de novembre 2016 où, par hasard, il a croisé un stratège du parti de Justin Trudeau. « Lebel ne finira pas son mandat et je suis votre homme pour le remplacer », a-t-il dit à son interlocuteur. Il avait prédit cette démission des mois à l’avance. Comme il avait prédit qu’il remporterait l’investiture, puis l’élection partielle. La graine était semée, et l’aventure débutait. 

Richard Hébert a joué « all in », comme il se plaît à dire. Il a tourné le dos à la politique municipale, puis s’est lancé corps et âme dans ce nouveau défi. Son intuition ne l’a pas encore trahi à ce jour. 

Le politicien est comme un boxeur, dit-il. Il doit se peser en «bobettes » devant tout le monde. L’image est saisissante, mais elle illustre parfaitement ce à quoi un élu s’expose lorsqu’il devient une personnalité publique. C’est l’une des raisons pour lesquelles si peu de gens briguent les suffrages. Richard Hébert, lui, évolue dans cet univers tel un poisson dans l’eau. Et s’il nageait dans un aquarium jusqu’ici, c’est maintenant l’océan qui s’offre à lui. 

Il a remporté une circonscription convoitée par les libéraux fédéraux depuis 37 ans, tel que le soulignait la journaliste Laura Lévesque dans notre édition de vendredi. Il a été accueilli en héros par ses pairs pour cette victoire improbable, et tous sont conscients de l’importance de rendre à César ce qui appartient à César, le premier ministre Justin Trudeau au premier chef. Aussi serait-il d’usage qu’on le récompense de responsabilités équivalentes à son exploit. Et tant qu’à spéculer, pourquoi ne pas lui confier les commandes de l’Agence de développement économique Canada pour les régions du Québec, un outil qui a déjà démontré sa grande utilité pour les territoires éloignés et qui est actuellement dilué au sein du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique ?

Il s’agirait d’un message fort et potentiellement rentable pour le gouvernement, à l’aube d’une autre élection partielle au Saguenay-Lac-Saint-Jean, conséquence de la démission inattendue du député Denis Lemieux dans Chicoutimi-Le Fjord.

Éditoriaux

La Semaine sur pause

La Semaine sur pause vous est proposée par l'équipe éditoriale.

Maréchal-ferrant | Mot de la semaine: Artisan dont le métier consiste à ferrer les  chevaux. Le maire nouvellement élu de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, Gérald Duchesne, a fait carrière de ce métier traditionnel. 

40 M$ | Le chiffre de la semaine: Rio Tinto investit 40 millions $ dans son Usine Grande-Baie, afin d’augmenter sa production annuelle de 9000 tonnes.

Citation de la semaine:  « Beaucoup de choses vont changer dans cet hôtel de ville au cours des prochaines semaines, mois et années. » —La mairesse de Saguenay, Josée Néron, en marge de son assermentation.

Événements marquants de la semaine

Vert: Au producteur jeannois Christian Larouche, qui a réalisé son rêve de produire un long métrage dans sa région natale avec les Saguenéens de Chicoutimi. Le film Junior Majeur a été présenté en avant-première cette semaine, à Saguenay.

 Jaune: La collection de crèches de Rivière-Éternité a trouvé preneur et sera déménagée à La Pulperie de Chicoutimi. Il est toutefois dommage que le village perde cette exposition après près de 20 ans. 

 Rouge: À Promotion Saguenay, qui n’a cessé de s’embourber dans le dossier du contrat de l’ancien président-directeur général Ghislain Harvey.




Éditorial

Cannabis: la santé avant les profits

C’est à la fois rassurant et inquiétant d’entendre la ministre Lucie Charlebois dire que l’encadrement du cannabis proposé avec le projet de loi 157 se veut «évolutif».

Un certain nombre d’inconnus, notamment le partage des revenus avec Ottawa, le comportement des consommateurs à la suite de la légalisation, et l’approbation d’un appareil de détection chez les automobilistes, commandera en effet des ajustements de la part de Québec. 

Un cadre «évolutif» ne doit cependant pas signifier que le gouvernement délaissera ou négligera au fil des ans les objectifs de santé et de sécurité publique qu’il défend aujourd’hui avec vigueur, pour empocher davantage de revenus provenant de la vente de cannabis. Québec évalue à 500 millions $ le marché légal potentiel.

Il faut éviter que l’État développe une dépendance aux revenus du cannabis, comme il en a développé une pour les dividendes provenant de la Société des alcools du Québec (SAQ) et de Loto-Québec au fil des années, si bien que les pratiques et le marketing des sociétés d’État ont été maintes fois critiqués. 

Le projet de loi 157 déposé jeudi par la ministre Charlebois va dans la bonne direction. Au lieu de se tourner vers le privé et Couche-Tard, Québec créé une Société québécoise du cannabis, qui sera une filiale de la SAQ, pour gérer la distribution du produit qui doit être légalisé par Ottawa en juillet prochain.

Les propos de la ministre et de ses confrères Carlos Leitão, André Fortin et Martin Coiteux se veulent également rassurants. Pas question de banaliser la consommation de cannabis.

Mais, les ministres et les gouvernements changent. De même que l’état des finances publiques. En temps de disette, il est parfois tentant pour un ministre des Finances, responsable, de la SAQ et de la Société québécoise du cannabis, de réclamer davantage de ses sociétés d’État et de faire «évoluer» la législation dans le sens désir.

Dans l’opposition, tous les partis réclament plus de prévention et préconisent une approche rigoureuse pour contrer les méfaits du jeu et de la consommation abusive d’alcool ou de drogue. Au pouvoir, le même parti regarde les revenus qu’il peut en tirer pour équilibrer son budget et assumer d’autres missions.

Tant mieux si le cannabis fait exception. Tant mieux si les revenus sont consacrés à la prévention, à la recherche, à la formation, et non pas dirigés vers le fonds consolidé de la province pour payer des routes ou d’autres dépenses dans divers ministères. On ne demande qu’à être convaincu. Tant mieux si la santé et la sécurité du public demeurent la priorité. 

Québec prévoit 25 millions $ pour les cinq prochaines années pour la recherche, la prévention et le traitement des dépendances. Le gouvernement doit avoir la «flexibilité» de hausser rapidement les montants si la légalisation du cannabis réserve des surprises et des besoins plus grands.

Jeudi, l’Association pour la santé publique du Québec, l’Association des intervenants en dépendance du Québec et le Conseil québécois sur le tabac et la santé ont salué le projet de loi 157. Ils y voient une approche prudente et sensée, des mesures qui protégeront adéquatement la santé de la population.

Même s’ils suggèrent des bonifications au projet de loi, ils sont loin de l’analyse de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui le juge trop permissif, trop timide et qui déplore qu’en 2020, on retrouvera plus de succursales de SQC que de rôtisseries St-Hubert au Québec. 

Le Québec et toutes les provinces sont forcés de légiférer pour répondre à la promesse électorale de Justin Trudeau de légaliser le cannabis. La prohibition n’a pas eu les effets escomptés, d’accord, tentons autre chose. Mais faisons les choses correctement, et non dans l’empressement et la partisanerie. 

Éditoriaux

La fin des mandarins

ÉDITORIAL / Nul besoin d’attendre le rapport du comité de transition de Josée Néron pour savoir qu’un grand ménage est nécessaire à Saguenay. La saga entourant le contrat de Ghislain Harvey témoigne d’un régime qui a favorisé l’avènement de petits mandarins, qui ont été trop longtemps considérés comme intouchables. Leur règne aujourd’hui terminé, certains tentent tant bien que mal de s’accrocher à un appareil qu’ils se sont approprié au cours des vingt dernières années. Leurs efforts doivent toutefois demeurer vains, quel que soit le prix à payer.

Comment expliquer que le contrat de l’ancien président-directeur général de Promotion Saguenay soit si difficile à obtenir ? Il existe plusieurs hypothèses, tout aussi plausibles l’une que l’autre. D’entre elles, il serait peu étonnant que cette joute perdure simplement parce que le principal intéressé refuse de se faire dire quoi faire, que ce soit par la nouvelle administration municipale, par la Commission d’accès à l’information ou même par le tribunal. Il est également envisageable que ce contrat soit composé de clauses trop avantageuses. Mais, quelle que soit la motivation de cet acharnement, cette histoire demeure scandaleuse dans son essence. 

L’ex-syndicaliste Jean-Marc Crevier, élu conseiller municipal le 5 novembre dernier, frappe dans le mille lorsqu’il souligne, sous la plume du journaliste Louis Tremblay, qu’« il y a des limites à prendre les citoyens pour des imbéciles ». Sa sortie publique, dans notre édition de mercredi, fait état des multiples contradictions exprimées de ceux et celles qui entouraient Ghislain Harvey jusqu’à sa démission, deux jours avant le scrutin. L’a-t-on perdu ce contrat ? Non. Est-il en fiducie ? Certains juristes en doutent fortement, notamment l’avocat Vincent Gingras, invité à commenter le dossier. Idem pour la prétendue confidentialité du document. 

Et la question qui s’impose devant toute cette cacophonie est celle-ci : pourquoi ces gens, qui ont tout à perdre en défendant l’indéfendable, continuent-ils de servir ainsi les intérêts de leur ancien patron ? N’ont-ils pas encore compris que c’est leur avenir et leur crédibilité qu’ils jouent en ce moment ?

Un « boss » à Saguenay

Josée Néron a obtenu un mandat fort de la population saguenéenne, soit celui d’incarner le changement. Après une dizaine de jours à l’hôtel de ville, force est de constater qu’elle fait bonne impression. 

Lancer un ultimatum de dix jours aux administrateurs de Promotion Saguenay afin qu’ils lui remettent le contrat était davantage qu’une simple demande. Il s’agissait d’un ordre, en réplique aux déclarations de la nouvelle présidente et directrice générale de l’organisme, Priscilla Nemey, qui a promis que le document sera transmis dans les délais prescrits par la Cour. 

Par cet ultimatum, la mairesse Néron réaffirme que c’est elle qui mène et qui contrôle désormais l’agenda. Elle dit aux Priscilla Nemey, Claude Bouchard et autres ténors de l’ancienne garde que dorénavant, c’est elle le « boss » à Saguenay. 

Le président du conseil d’administration de Promotion Saguenay, Éric Larouche, a d’ailleurs compris que sans l’appui de la mairesse, c’est l’organisation tout entière qui pourrait être réduite en cendres. Éric Larouche ne doit rien à Ghislain Harvey ni à l’ex-maire Jean Tremblay. Il a accepté son rôle dans le seul dessein de protéger l’outil de développement qu’est Promotion Saguenay, et il cédera volontiers son siège à Josée Néron lorsqu’elle l’exigera. 

Le rapport de forces a changé ; le Parti des citoyens de Saguenay a été expulsé de l’échiquier politique saguenéen. 

Et les mandarins sont devenus serviteurs. Aussi auraient-ils intérêt à adhérer au vent de changement qui souffle sur Saguenay, ou à quitter s’ils en sont incapables. 

Éditoriaux

Un nouveau départ pour tous

ÉDITORIAL / Josée Néron a opté pour l’expérience, certes, mais elle a surtout fait fi du passé pour identifier ceux qui siégeront, avec elle, sur le comité exécutif de Saguenay.

Elle aurait pu être revancharde à l’égard de Carl Dufour et Jonathan Tremblay, deux conseillers indépendants qui se sont souvent abstenus au cours du dernier mandat, craignant de provoquer la colère du maire Jean Tremblay. Elle aurait également pu favoriser les trois autres membres de sa formation politique, même si ces derniers ont tous été élus dans Chicoutimi. Elle aurait enfin pu choisir des candidats nouvellement élus, moins expérimentés et ainsi, plus malléables. Mais non, elle a décidé de s’entourer des personnes qu’elle croyait les plus aptes à diriger le destin de la ville, et cette façon de faire plus lucide que partisane permet d’espérer un véritable changement de culture à l’hôtel de ville.

C’est ce type de politique que les électeurs souhaitaient, et c’est pourquoi ils se sont manifestés aussi fortement en faveur de Josée Néron le 5 novembre. En tournant la page sur les quatre dernières années, la mairesse réitère sa volonté de repartir à neuf, dans une logique plus transparente et démocratique. 

Josée Néron a même préféré Jonathan Tremblay à Marc Bouchard pour la vice-présidence du comité le plus influent de la Ville. Il aurait pourtant été compréhensible, voire naturel qu’elle favorise le porte-couleurs de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD) pour cette fonction. Néanmoins, Marc Bouchard fera partie de l’exécutif, à l’instar du Baieriverain Raynald Simard. 

Le compteur repart donc à zéro pour ceux qui faisaient partie du conseil, comme pour ceux qui viennent d’y adhérer. C’est un message clair que lance ainsi la mairesse, qui a besoin de tout sauf de guerres internes au sein de son conseil, alors qu’elle s’apprête à changer le visage de Saguenay et de ses nombreuses composantes périphériques. Aussi faut-il croire que tous les élus auront des responsabilités à la hauteur de leurs attentes et de leurs intérêts, via différentes commissions. Personne ne sera laissé pour compte. 

Présidences d’arrondissements

Les nominations de lundi sont un prélude à d’autres qui suivront et qui seront tout aussi significatives quant à l’organigramme décisionnel de Saguenay, à commencer par les présidents d’arrondissements. 

Selon toutes vraisemblances, la conseillère Julie Dufour, qui s’est illustrée à de multiples occasions au cours du dernier mandat, devrait obtenir l’appui de ses pairs pour présider le secteur de Jonquière. Bien qu’elle n’ait jamais épousé la cause de l’Équipe du renouveau démocratique, Julie Dufour a fait preuve d’une détermination au moins égale à celle de Mme Néron lorsqu’elle était en désaccord avec l’administration Tremblay, notamment dans le dossier du vérificateur général qu’elle a porté à bout de bras jusqu’à obtenir gain de cause. 

À Chicoutimi, quelques conseillers sont susceptibles d’hériter de la présidence d’arrondissement. Avec son expérience, l’indépendant Simon-Olivier Côté pourrait assumer un tel rôle. Or, il est également envisageable que les trois membres de l’ERD fassent front commun afin de promouvoir l’un des leurs, soit Brigitte Bergeron ou encore, l’agriculteur Michel Potvin, qui a démontré, à maintes reprises, sa capacité à gérer des dossiers d’importance au sein du Syndicat des producteurs de lait du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Quant à La Baie, le sort se jouera entre les indépendants Éric Simard et Martin Harvey. Un système d’alternance pourrait-il être préconisé afin d’éviter les susceptibilités et permettre à l’un et l’autre de se faire valoir ? L’avenir le dira. 

Mais une chose est sûre, une époque a pris fin pour faire place à une autre, clairement plus démocratique. 

Éditoriaux

Le triumvirat de Mme Néron

ÉDITORIAL / Un comité de transition a été mis sur pied par Josée Néron afin de passer au crible l’organisation municipale et ses composantes périphériques, dans l’optique d’y apporter les améliorations qui s’imposent. Le triumvirat, composé de l’ancien député Stéphane Bédard, de la consultante en développement Isabel Brochu et de l’ancien maire de Shipshaw Réjean Bergeron, possède toutes les compétences requises pour livrer à la nouvelle mairesse un portrait fidèle des structures en place et une évaluation des personnes qui ont été nommées à des postes névralgiques par l’ancienne administration municipale. Cet exercice est essentiel et il deviendra la pierre angulaire du changement promis depuis des années par la chef de l’ERD.

Initialement, le comptable et candidat défait à la mairie Arthur Gobeil devait faire partie de l’équipe, mais il a finalement dû céder sa place afin de ne pas placer sa firme en situation de conflit d’intérêts potentiel. En faisant appel à son rival de campagne, Mme Néron s’était non seulement allié un homme de chiffres aux compétences reconnues, mais également un électorat de quelque 11 000 personnes qui l’ont appuyé dimanche dernier. 

Sa remplaçante, Isabel Brochu, est diplômée universitaire en études régionales et rédactrice de multiples études scientifiques. Elle est reconnue telle une spécialiste en développement local et régional, ce qui cadre parfaitement avec la mission du groupe de consultants.

Stéphane Bédard possède quant à lui une vaste expérience en politique, ayant assumé les fonctions de député de 1998 à 2015. Entre autres faits d’armes, il a présidé le Conseil du trésor du Québec au sein du gouvernement de Pauline Marois et a été leader parlementaire et ministre responsable du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Sa formation de juriste ajoute à la crédibilité du comité de transition. 

De son côté, Réjean Bergeron a occupé le poste de maire de Shisphaw de 1986 jusqu’à la fusion de 2002. Il a aussi présidé le défunt Conseil régional de concertation et de développement (CRCD). Depuis son retrait de la vie publique, M. Bergeron n’a cessé de suivre la politique municipale et ce retour aux sources lui permettra de renouer avec ses vieux amours. 

Par contre, s’il est un dénominateur commun qui unit l’homme de finances, la consultante et l’ancien maire, c’est leur indépendance totale de l’administration de Jean Tremblay. En fait, tous ont eu maille à partir avec l’ancien maire à un moment ou à un autre de son règne. Il est à espérer que leur travail ne sera pas motivé par de vieilles rancœurs, au détriment d’une analyse qui doit nécessairement être objective. 

La mairesse Néron hérite d’une machine imposante, tentaculaire et modelée à l’image de son prédécesseur, qui disait ouvertement préférer les nominations aux appels de candidatures. À l’hôtel de ville comme dans toutes les sphères qui y sont liées, tout est à analyser. La dépolitisation de Promotion Saguenay, à quelques jours du scrutin, fait foi des façons de faire souvent discutables de Jean Tremblay et de sa garde rapprochée. 

Il est dans l’ordre des choses que la mairesse veuille connaître son environnement afin de le forger, elle aussi, à son image. Jean Tremblay n’a-t-il pas congédié illégalement le directeur général Bertrand Girard, imposé par le comité de transition lors de la fusion ? Il avait poussé l’affront jusqu’à inviter les représentants des médias de l’accompagner pour assister, en direct, à la suspension de M. Girard. Cet épisode s’est soldé par une poursuite et Saguenay a été condamnée à verser 583 460 $ à l’ancien fonctionnaire. Avec les intérêts, la somme s’est finalement élevée à 642 690 $. 

Josée Néron a le pouvoir d’agir ainsi avec ceux qui lui sont aujourd’hui imposés. Elle peut aussi tabletter certains individus qu’elle juge indignes de sa confiance. Elle peut même démanteler Promotion Saguenay si elle le désire. Mais, le fera-t-elle ou essaiera-t-elle plutôt de donner une chance à tous de faire leurs preuves ?

Les prochains mois nous diront de quel bois la mairesse se chauffe. 

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La semaine sur pause

La semaine sur pause est rédigée par l'équipe éditoriale.

« Paradise Papers » | Mot de la semaine: Nom de l’enquête sur le nouveau scandale d’évitement fiscal, menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses 96 médias partenaires.

3100 | Le chiffre de la semaine: Nombre d’emplois en plus au Saguenay-Lac-Saint-Jean par rapport à novembre 2016.

Citation de la semaine: « Je ne quitte pas en colon. » - L’ex-conseiller Luc Boivin, qui s’est retiré de la course à l’échevinage une journée avant le jour du vote, y est allé de cette affirmation pour rassurer les électeurs sur la passation des pouvoirs.

Événements marquants de la semaine

  • Vert: À toutes ces femmes qui ont été élues dimanche dernier aux élections municipales et qui contribuent à faire sauter le plafond de verre, avec en tête Josée Néron, mairesse de Saguenay.
  • Jaune: À l’initiative du gouvernement de confier à trois leaders du privé la mission de concevoir l’école du futur. Le milieu de l’éducation doit être absolument partie prenante du projet pour le bien des jeunes.
  • Rouge: Au Camping Jonquière, qui relève de Saguenay et qui a intenté une poursuite contre l’ex-conseillère Christine Boivin pour finalement reconnaître qu’il était en tort.

Éditoriaux

Une occasion inespérée

ÉDITORIAL / La poussière vient à peine de retomber sur une élection partielle dans Lac-Saint-Jean que c’est au tour des citoyens de Chicoutimi-Le Fjord d’être conviés aux urnes. La démission du député libéral Denis Lemieux plonge encore une fois le Saguenay-Lac-Saint-Jean dans une dynamique électorale, mais il faut voir cet événement telle une occasion en or, pour les gens de la circonscription, de se faire entendre auprès des autorités fédérales et d’en retirer, espérons-le, d’importants dividendes.

Pour justifier son retrait précipité de la vie politique, Denis Lemieux a évoqué des raisons de nature familiale. Et bien qu’elle provoque le déclenchement imminent d’une autre partielle, cette décision lui appartient pleinement et nul ne peut lui reprocher de l’avoir prise. Par contre, il est plus qu’à propos d’analyser le bilan de celui qui a occupé les fonctions de député pendant deux ans. 

Maintes fois critiqué pour son manque de flamboyance, Denis Lemieux n’avait rien d’un politicien traditionnel, surtout en ce qui a trait aux médias. Il ne cherchait ni l’attention des caméras ni les présidences d’honneur rentables politiquement. Et jamais il n’a édulcoré son discours afin de plaire. Bref, la politique n’était pas faite pour lui. 

Cependant, nul ne pourra lui reprocher son travail en coulisses et l’énergie déployée à faire avancer les dossiers de sa circonscription, et même ceux des territoires voisins. Ceux qui l’ont côtoyé en seront témoins, Denis Lemieux s’est acquitté de ses responsabilités avec la même ardeur que celle qu’il a démontrée en affaires. 

L’attrait du pouvoir

Tel que mentionné, le départ de Denis Lemieux pave la voie à un important rendez-vous pour Chicoutimi-Le Fjord. Comme ce fut le cas dans Lac-Saint-Jean, tous les chefs de partis fédéraux se feront un devoir de visiter la région afin d’appuyer leur candidat respectif. La capitale régionale doit profiter de cette manne pour rappeler aux décideurs qu’ils existent et que les besoins sont multiples en matière de développement.

C’est lorsque les chefs souhaitent séduire à tout prix qu’ils sont le plus susceptibles d’écouter et d’agir. 

Encore une fois, l’attrait du pouvoir sera au cœur du débat. Dans Lac-Saint-Jean, c’est en grande partie pour cette raison que les électeurs ont offert les clés de la Chambre des communes au libéral Richard Hébert. C’est également parce qu’ils ont senti venir la vague libérale et l’avènement de Justin Trudeau que les gens de Chicoutimi-Le Fjord ont choisi Denis Lemieux en octobre 2015. Aussi peut-on affirmer sans risque que plusieurs se manifesteront au cours des prochaines semaines afin de porter les couleurs du Parti libéral. 

Engagements

Il demeure que l’attrait du pouvoir ne peut garantir à lui seul une victoire électorale. Il faudra des engagements, et il se trouve que dans Chicoutimi-Le Fjord, plusieurs enjeux prioritaires sont sous juridiction fédérale. En tête de lice, l’avenir de la Base militaire de Bagotville sera nécessairement abordé. Une promesse concrète, qu’elle concerne le remplacement des chasseurs CF-18, l’implantation d’un escadron de drones ou même la mise en place d’un radar d’approche de précision, aurait sans doute un effet positif pour le futur candidat libéral. Le gouvernement Trudeau a démontré sa sensibilité aux besoins militaires depuis son élection, l’heure est maintenant venue de procéder à des annonces formelles, notamment pour Bagotville. 

La renégociation de l’ALÉNA, la gestion de l’offre dans l’industrie laitière, l’avenir du Centre des technologies de l’aluminium, une succursale du Conseil national de recherches du Canada, de même que les saines habitudes de vie seront autant de sujets qui seront également discutés au cours de la campagne, avec comme fil conducteur le développement de la région, en particulier celui de Chicoutimi-Le Fjord.

Qui osera se plaindre d’une telle fenêtre d’opportunités ?