Du passé vers l'avenir

Sept années et des poussières se sont écoulées depuis le 14 décembre 2006.
Entourés de représentants de l'État, d'officiers syndicaux et de hauts dirigeants d'Alcan, le premier ministre Jean Charest et le président de la multinationale canadienne, Richard Evans, affichaient une mine victorieuse. Le pacte était scellé et le Saguenay-Lac-Saint-Jean était sacré plaque tournante mondiale de l'aluminium
Le temps a ensuite filé, comme l'eau dans les turbines. Une crise a ankylosé l'économie planétaire, infectant du coup le marché de l'or gris. La multinationale canadienne est devenue anglo-australienne. Le logo bleu s'est métamorphosé en un acronyme écarlate. Le colosse a été ébranlé, allant même jusqu'à poser un genou au sol. Les investissements ont alors été ralentis à leur plus strict essentiel. L'espoir s'est transformé en crainte. Le géant s'est néanmoins relevé et s'est acquitté de ses engagements.
Sept ans et des poussières plus tard, les chefs de 2006 ont cédé la place à deux dames, Pauline Marois et Jacynthe Côté respectivement. Jeudi, leur sourire transpirait le même enthousiasme que celui de leur prédécesseur, lors de l'annonce initiale.
Un pactole pour la région
Qu'elle soit canadienne ou anglo-australienne, Alcan demeure et demeurera synonyme de fierté dans le Royaume.
Des quelque 1,3 milliard de dollars investis pour réaliser cette première phase du projet AP60, on estime à 569 millions les retombées directes pour la communauté. Près de huit entreprises sur dix ayant participé à ce grand chantier sont ancrées au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des équipementiers locaux sont devenus références internationales dans leur domaine. Pendant que l'industrie du métal primaire s'effondrait en Europe, le Québec est resté debout, sans complexe, aux côtés de la Chine, de la Russie et du Moyen-Orient.
Tout ça en misant sur de l'énergie propre.
Demain, lorsque les inventaires baisseront et que nous assisterons au retour du balancier, RTA aura comme pièce maîtresse un joyau nommé AP60.
L'entente de 2006 a maintes fois été décriée.
On a jugé que les syndiqués de l'usine d'Arvida avaient trop sacrifié. On a aussi accusé le gouvernement libéral de Jean Charest d'avoir été trop généreux, de ne pas avoir exigé un plancher d'emplois. L'État a en effet donné beaucoup: il a reconduit le bail de la Péribonka jusqu'en 2058; il a consenti à Alcan un prêt sans intérêt de 400 millions, assortis d'avantages fiscaux de 112 millions $; il a enfin dédié à la compagnie un bloc énergétique de 225 MW, selon les termes du tarif L. Cette puissance s'ajoutait au 342 MW octroyés par Québec lors de la construction de l'aluminerie d'Alma, au début des années 2000. Par contre, ce qu'on mentionne rarement, c'est que le gouvernement de l'époque s'est réservé le droit d'annuler, en partie ou en totalité, les droits alloués à Alcan advenant une offre publique d'achat. L'ex-premier ministre Charest l'a confirmé, en réponse à l'une de mes questions. « Alcan est ici pour toujours », avait-il ajouté.
Cette clause confirme les destins indissociables d'Alcan et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Un laboratoire titanesque
Un autre élément qu'on oublie est le potentiel insoupçonné de la technologie AP60.
Dans un document interne publié il y a quelques mois, la direction de RTA mentionnait qu'une seule ligne de cuves AP60 pourrait produire, dans des conditions optimales, jusqu'à 760 000 tonnes d'aluminium par année.
Quoiqu'impressionnants, ces pronostics demeurent théoriques. Or, c'est justement à l'usine d'Arvida qu'ils seront soumis à la réalité industrielle. Si les phases 2 et 3 du projet AP60 se matérialisent, la vieille usine renaîtra tel un laboratoire titanesque, composé de 272 cuves d'électrolyse, d'une sous-station électrique, de trois centres de traitement des gaz, d'un atelier de scellement des anodes, d'installations de production d'anodes, d'une tour à bain et d'un centre de réfection des cuves.
Un complexe industriel de classe mondiale qui s'imposera tel un pont entre le passé et l'avenir.