Des inspirations pour nous tous

TRIBUNE / Les Jeux olympiques d’hiver s’amorcent dans une semaine. Pour les athlètes, il s’agit de la réalisation d’un rêve caressé depuis toujours. Étienne Hébert est professeur en psychologie et nous parle de façon de voir les choses.

L’important, c’est de participer… vraiment ?

Des athlètes du monde entier s’apprêtent à se réunir à PyeongChang afin de participer aux Jeux olympiques. Cela constitue un point d’exclamation dans tout parcours sportif. Toutefois, chaque discipline n’offre qu’une seule médaille d’or. Que pourrons-nous dire des athlètes qui ne la remporteront pas, qui ne monteront pas sur le podium et qui termineront 4es, 5es ou même derniers ? 

L’expression « l’important c’est de participer » nous aide à réfléchir à cette question. Cette expression, tous l’ont entendue à outrance. D’une part, certains croient que son utilisation contribue à inculquer une attitude complaisante aux athlètes, que cela leur permet d’éviter le fardeau de l’inévitable compétition et ne leur permet pas de devenir résilients. De façon caricaturale, certains affirment même que terminer second, c’est être le premier perdant. D’autre part, son utilisation plus positive encourage l’adoption de saines habitudes de vie. 

Ainsi, elle permet de valoriser la participation sportive pour le pur plaisir et de diminuer voire retirer la pression sociale reliée à la victoire. Poussé à l’extrême, ce point de vue élimine toute notion d’échec et peut convier une obligation morale d’être physiquement actif. Ces deux points de vue font naïvement l’économie de la nuance. 

Par ailleurs, la culture populaire n’a retenu qu’une seule partie de la citation, qui se lit plutôt comme suit : « Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner, mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe, mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu ». En effet, il est faux de dire que l’important c’est uniquement de participer, tout comme il est faux de dire que la victoire doit être définie en fonction d’un adversaire. 

L’important, c’est donc de participer, mais à certaines conditions. Il est aujourd’hui connu que la participation sportive est notamment fonction de ce qu’on y développe et du plaisir associé. Ce plaisir émane de la satisfaction éprouvée à développer et maîtriser de nouvelles habiletés, à continuellement s’améliorer et à avoir l’opportunité de partager. Les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques se sont préparés pendant des années. Les gestes techniques et tactiques ont été appris, répétés, analysés, corrigés, repris dans une boucle sans fin. 

Les sacrifices sont tellement importants sur les plans personnel, familial et social qu’ils en sont venus à définir leur style de vie. Toute cette préparation n’aura pas été que physique, elle aura aussi été mentale. Et tout au cours de ce long voyage, l’athlète aura dû encore et toujours y avoir trouvé du plaisir. En bref et pour reprendre un thème à la mode, l’athlète aura dû bien connaître son « pourquoi ». 

De même, le concept de victoire doit être redéfini. En effet, l’éloge de l’unique vainqueur contribue à la perte de plaisir et, conséquemment, au décrochage sportif. 

Est-ce réellement ce que nous souhaitons alors que ce taux de décrochage est alarmant et que les problèmes de santé reliés à l’inactivité physique explosent ? Définir la victoire, le succès, n’est-ce pas plutôt atteindre ses objectifs, repousser ses propres limites, aller là où nous n’étions pas encore allés ? 

Que pouvons-nous donc conclure à propos de ces athlètes qui ne monteront pas sur le podium ou qui termineront derniers ? Que s’ils ont repoussé leurs limites, partagé leur expérience en cours de route et qu’ils ont toujours eu en tête le plaisir que cela leur apportait, ils sont des athlètes victorieux qui peuvent tous nous inspirer à repousser nous-mêmes nos limites et à poursuivre nos rêves.