Décoiffure, sécurité oblige

OPINION / Dans le pays appelé l’État plurinational de Bolivie, la population est composée majoritairement d’autochtones, qui se définissent dans ce pays comme des « originarios », les peuples d’origine. « Los originarios » comptent pour 80 % de la population du pays et se répartissent en trente-deux nations. Les Aymaras à l’ouest de l’Altiplano et des Quéchuas à l’est, des descendants des Incas, sont en majorité dans un pays qui compte 8 millions d’habitants. Les trente autres petites nations vivant en basse et moyenne altitude, sont composées de populations variant de 1000 à 2000 habitants. Chaque nation a le respect de sa langue, ses coutumes, sa culture. Tous se reconnaissent Boliviens et parlent la langue espagnole, comme les blancs et métis qui forment 20 % de la population. 

Alors vous pouvez imaginer les divers types de coiffures : chapeaux, tuques, foulards et autres. Toutefois, personne ne peut entrer dans une succursale bancaire sans se décoiffer. La plus petite succursale bancaire compte au moins deux agents de sécurité solidement armés et vêtus de gilets pare-balles. Les plus grandes succursales peuvent compter six agents de sécurité en fonction. 

Sécurité oblige ! À deux reprises, j’ai été invité gentiment de me décoiffer de ma casquette. Pourquoi, demandai-je ? « Votre coiffure peut dissimuler une arme », me répondit le garde de sécurité. Alors, je plains la personne qui s’obstinerait à garder son tchador, le niqab ou encore davantage la burqa. Au pays du président Évo Morales, un Aymara de souche, on ne niaise pas avec des banalités qui peuvent dégénérer. Si les Boliviens respectent le règlement, alors pourquoi les migrants auraient-ils un privilège ou même un droit ? C’est une question de sécurité ! Que dites-vous de cela, M. Trudeau ? La sécurité assure la liberté en Bolivie !

Martin Belley

Saint-Nazaire

Le racisme n’existe pas ?

OPINION / L’annonce par le gouvernement Couillard de l’abandon de la consultation publique sur la discrimination et le racisme systémiques au profit d’un forum sur « la valorisation de la diversité » a de quoi inquiéter et susciter plusieurs interrogations. 

Le gouvernement a-t-il exécuté ce virage parce qu’il craint de devoir rendre compte du rôle joué par ses propres politiques d’austérité et d’exclusion ? Le ministre Heurtel reprend-il les rênes de la consultation qui avait été d’abord confiée à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) pour pouvoir décider lui-même des conclusions des travaux ? A-t-on cédé à la peur de confronter les craintes et les résistances d’une population en manque d’information et d’éducation ? 

Même si ce nouveau forum comporte des éléments intéressants sur lesquels nous devons nous pencher, les obstacles systémiques à l’égalité des personnes racisées dépassent largement le nouveau cadre fixé par le gouvernement Couillard. Réduire cet enjeu à l’arrimage de la main-d’œuvre immigrante aux besoins du marché du travail nie l’existence même de la présence de racisme systémique au Québec. Pire encore, on dirait une opération visant à masquer une réalité peu glorieuse, mais que nous avons pourtant le devoir de regarder en face. 

Le racisme systémique pénalise un million de Québécoises et de Québécois dans l’exercice de leurs droits et dans leur accès équitable à un emploi de qualité, à un logement salubre, ainsi qu’à la justice, à la santé, à l’éducation, aux arts et à la culture. 

L’abandon de cette consultation par le gouvernement est ressenti pour plusieurs comme une trahison. Je pense non seulement aux personnes immigrantes résidant au Québec et aux travailleuses et travailleurs migrants temporaires, mais aussi aux membres des Premières Nations et aux citoyennes et aux citoyens nés au Québec, de parents et même de grands-parents souvent nés ici eux aussi, mais dont le nom est à consonance étrangère ou dont la couleur de la peau n’est pas blanche. 

Nous sommes à l’heure d’une nécessaire prise de conscience collective. Des changements s’imposent. L’État québécois et les municipalités, les entreprises, les institutions publiques, nos législateurs, les tribunaux et même nos syndicats doivent être dans le coup. Mais pour cela, il faut faire preuve de volonté politique et se donner de véritables moyens. L’Ontario l’a fait. Elle a adopté une loi et mis en place une stratégie nationale munie d’un plan d’action ambitieux. La Nouvelle-Écosse vient aussi d’entreprendre une première enquête sur la question.

Ce n’est certainement pas avec un vague forum convoqué à la hâte par des ministres en élection que l’on mettra fin au profilage racial des résidants de Saint-Michel par la police, à l’exploitation et aux mauvais traitements dont sont victimes des milliers de travailleuses et de travailleurs migrants temporaires aux mains d’agences crapuleuses, à la pauvreté et au déni des droits à la santé et à l’éducation des Autochtones, ni à l’écart de salaire et de traitement de 19,7 % entre les membres de minorités visibles et les personnes de race blanche nées au Québec – le pire écart de toutes les provinces canadiennes selon Statistique Canada et le Conference Board of Canada. 

Le gouvernement voudrait balayer sous le tapis la réalité bien tangible du racisme systémique au Québec qu’il ne s’y prendrait pas autrement. 

Véronique De Sève

Vice-présidente de la CSN