De l’urgence à la relance

Opinion / Les gouvernements ont été très actifs afin de supporter les entreprises et les travailleurs dès le début de la pandémie avec des mesures comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et son pendant pour les étudiants (PCUE). L’objectif avoué était d’amener l’argent dans les poches des travailleurs le plus rapidement possible, quitte à devoir apporter des ajustements ensuite. Il est maintenant temps d’adapter ces programmes d’urgence afin de favoriser la relance.

 Cette lettre est écrite par Charles Milliard, MBA, président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec

Les chiffres sur l’emploi publiés la semaine dernière nous font saisir à quel point les impacts de la COVID-19 sur l’économie sont immenses : 3 millions d’emplois perdus au Canada depuis le début de la crise et un taux de chômage au Québec qui atteint 17 %, un niveau sans précédent depuis 1976. Dire qu’il n’y a pas si longtemps, on avait en pratique atteint un seuil du plein emploi!

Devant un si grand nombre de personnes sans emploi actuellement, on pourrait croire que les entreprises qui reprennent graduellement leurs activités et les commerces qui commencent à rouvrir bénéficieront de toute la main-d’œuvre nécessaire. Les employeurs sont par ailleurs nombreux à hausser les salaires offerts, à encourager le télétravail et à bonifier substantiellement les conditions de travail, tout en assurant le respect des consignes sanitaires.

Et pourtant, ces mêmes employeurs peinent à recruter ou à convaincre leurs employés de revenir au travail. Cette situation paradoxale est principalement liée au seuil de la PCU et de la PCUE, qui a pour effet d’inciter plusieurs employés et étudiants à rester à la maison.

Est-ce normal qu’une personne qui gagne 1000 $ de revenu de travail dans un mois en ait moins dans ses poches au bout du compte que celle qui ne travaille pas ? Est-ce normal qu’un étudiant qui travaille 40 heures par semaine gagne moins que celui qui en travaille 19 h ? L’enjeu découle du seuil de 1000 $ de revenus d’emploi par mois au-delà duquel les prestataires qui retournent sur le marché du travail ne sont plus admissibles à la PCU ou la PCUE. Par exemple, pour un employé qui gagne le salaire minimum (13,10 $/h), il est simplement plus avantageux de ne pas travailler ou de ne travailler que quelques heures par semaine et de recevoir les 2000 $ mensuels de la PCU (1250 $/mois pour les étudiants).

Il est évident que le travail doit toujours être payant et que les mesures mises en place devraient servir d’incitatifs. Nul besoin de réinventer la roue ou de repartir de zéro, les solutions pour contrer ces effets sont simples et connues. Le gouvernement fédéral pourrait notamment s’inspirer de ce qui se fait avec l’assurance-emploi. Ce programme permet une sortie graduelle aux prestataires réintégrant un emploi en diminuant progressivement les prestations en fonction des revenus de travail.

Particulièrement à l’approche de la période estivale où la contribution des étudiants et des travailleurs saisonniers est essentielle au fonctionnement de nombreuses entreprises et industries, il est urgent que le gouvernement fédéral apporte des ajustements aux programmes de soutien.

Il faut continuer d’épauler adéquatement les personnes affectées financièrement par la crise et qui auront besoin d’aide pour une durée prolongée. Les mesures d’urgence mises en place doivent toutefois être adaptées dès maintenant au contexte de la relance économique pour soutenir les entreprises qui reprennent leurs opérations. Un meilleur équilibre entre soutien d’urgence et incitatifs au travail doit être trouvé rapidement.

POUR UNE RELANCE ÉCONOMIQUE AU SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN

Les projets industriels font partie de l’ADN du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Ils sont, depuis toujours, les succès qui nous caractérisent au Québec et dans le monde. Les expertises développées autour de l’aluminium et de l’industrie forestière sont une des sources de notre proverbiale fierté. 

Notre région se retrouve aujourd’hui à une période charnière de son histoire. Déjà, avant le ralentissement brutal engendré par la pandémie mondiale de COVID-19, nous étions à la croisée des chemins, à la recherche de locomotives économique, réfléchissant la question sensible du développement régional et la recherche d’un nouveau créneau d’excellence mondial à la hauteur de nos succès dans le métal gris. Les conséquences économiques et sociales de la pandémie rendent cette recherche de pistes de développement concrètes incontournables.

Collectivement, nous devons encore, bien sûr, nous assurer de continuer à agir avec vigilance et détermination afin de vaincre la COVID-19. Mais, il est aussi venu le temps de parler de notre relance économique, sociale et environnementale. 

C’est dans cet esprit, que nous demandons au gouvernement du Québec ainsi qu’aux autorités du BAPE, de relancer le plus rapidement et efficacement possible les travaux d’évaluation du projet d’Énergie Saguenay. Ainsi, nous pourrons, travailler de concert avec les acteurs de notre région, à rendre ce projet encore meilleur. 

Nous demandons aussi aux gouvernements du Québec et du Canada de considérer comment, en tout respect de leurs réalités et compétences respectives, ils sont en mesure d’appuyer concrètement nos grands projets industriels. 

Notre soutien envers le projet Énergie Saguenay est loin d’être un chèque en blanc. Il demeure nécessaire que ce dernier complète avec succès les processus d’autorisation. Nous interpellons aussi GNL Québec afin que l’entreprise :

• s’engage à maintenir son siège social dans la région; 

• poursuit ses activités de concertation avec le milieu afin de continuer à améliorer le projet; 

• contribue à l’économie régionale en priorisant l’achat local; 

• que le recours aux expertises régionales demeure une priorité. 

Le projet Énergie Saguenay pourrait bien être la clé de notre reprise économique. De par son envergure, il aurait un rôle similaire même à l’échelle du Québec et du Canada. 

Nous ne pouvons laisser passer cette chance unique. Surtout si l’on tient compte de la possibilité de voir démarrer aussi deux autres projets importants susceptibles de donner un nouveau souffle à notre économie, soit les projets Arianne Phosphate et Métaux Black Rock. 

Une étude réalisée en février 2020 a démontré le fort potentiel des filières industrielles entourant les grands projets. Les filières apporteront dans la région autant d’emplois, sinon plus que les grands projets en eux-mêmes. Si nous prenons l’exemple de GNL Québec, ce sont des emplois hautement technologiques, en lien avec l’intelligence artificielle, qui aideront à garder nos jeunes talents et à ramener nos professionnels qui sont partis. 

Ces projets sont à portée de main. Unissons-nous et travaillons ensemble pour que ceux-ci se concrétisent dans le respect des plus hautes normes environnementales. La COVID-19 a montré que les Saguenéens et les Jeannois savent être solidaires dans l’adversité. Soyons solidaires dans notre reprise économique ! 

Sandra Rossignol 

Vice-présidente exécutive et directrice générale, Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord 

Martial Gauthier 

Président, Chambre de commerce et d’industrie du secteur Normandin 

Bianca Tremblay 

Présidente, Chambre de commerce et d’industrie Lac-Saint-Jean-Est 

Olivier Leroux 

Président, Chambre de commerce et d’industrie de Roberval 

Claude Potvin-Brodeur 

Présidente, Chambre de commerce et d’industrie Secteur Saint-Félicien